lire sa vie

06 octobre 2017

206 Descente aux enfers !

Je l’ai trouvé parmi une pile de livres que je n’avais pas encore lus. J’ai déjà lu plusieurs romans de cette écrivaine et ne fus jamais déçu. Elle écrit en français même si ce n’est pas sa langue maternelle. Elle écrit bien et fort. Elle se sert de notre langue (la sienne donc) comme de gants de boxe. Elle nous balance des coups qui nous sonnent et nous mettent à terre. Le genre de claques dont on ne se relève qu’avec des séquelles. D’ailleurs, je suis ko debout. Il s’agit des femmes iraniennes qui devraient nous mener au paradis alors qu’elles vivent l’enfer. Je ne vois rien à ajouter. Ah si ! Le titre ! Pan dans la gueule !

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(Chadortt Djavann)

C’est la religion qui inculque la haine du corps, du plaisir sexuel, l’idée du péché. Pourquoi jouir serait-il un péché ? Pourquoi le sexe serait-il sale ? Je ne considère pas que mon corps se salit au contact d’un autre corps. Avec la jouissance d’un homme. Pourquoi l’éjaculation et le sperme font-ils tant réagir les gens ? Tout ça, c’est à cause des conneries religieuses. Leur morale, qu’ils se la foutent au cul, les mollahs. « Un homme a des besoins », ils n’ont que ça à la bouche ; alors que les femmes ont plus de besoin sexuels que les hommes. Et les hommes le savent, et c’est pour ça qu’ils répriment et oppriment les femmes depuis la nuit des temps. Ils sont plus forts physiquement, mais sexuellement, ils n’arrivent pas à la cheville des femmes. Les femmes sont trop lâches et hypocrites pour revendiquer leur droit au sexe. La plupart préfèrent vendre leurs services sexuels à un mari contre une assurance matérielle à vie. Assumer son désir exige du courage.

Chadortt Djavann, Les putes voilées n’iront jamais au paradis !, le livre de poche. 

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30 septembre 2017

205 : A lire absolument ! (1 recueil de nouvelles et 1 roman policier)

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 « L’Insupportable perfection de l’être »

https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/857158/s/l-insupportable-perfection-de-l-etre-27b3047c2f/

Nouvelle n°1 (p3) : la perfection est de ce monde.

Quand je suis fatigué d’avoir tout raté, je vais voir le couple de hotte Savoie

Nouvelle n°2 (p9) : Petits suicides ratés : sans commentaire

Nouvelle n°3 (p25) : DAB

Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on doit se laisser marcher sur les pieds

Nouvelle n°4 (p37) : La fille de Dieppe

Elle court en jogging rouge sur les quais de Dieppe mais la vie ne lui fait pas de cadeau

Nouvelle n°5 (p65) : V2

Comment la littérature sauve un homme dont la vie a mal commencé

Nouvelle n°6 (p97) : Elvis

Le rockeur et l’islamisme

Nouvelle n°7 (p111) : La faute à Facebook

Tant que ça reste virtuel, ça passe, sinon, ça finit mal, en général

Nouvelle n°8 (p125) : Tango

Le temps qu’il fait à Buenos Aires quand un père cherche sa fille sans la trouver

Nouvelle n°9 (p157) : Les oubliés

Un clebs bi adore sauter sur les passants. Il est en manque comme son maître, un fils d’oublié

Nouvelle n°10 (p171) : Le sexe est perfection

auparadis.com Damien Remercier trouve chaussures à son pied et se retrouve avec plein de souliers, mais toujours sans Amour (avec un grand AAAAAh)

Nouvelle n°11 (p223) : L’écrivaine

Amélie Nothomb cherche témoin pour se rappeler ce qu’elle a fait la veille ausoir (réservé aux adultes consentants)

Nouvelle n°12 (p235) : Cordobà

La religion m’a rendu fou

 

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A commander chez Publibook (ou ailleurs)

 

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21 septembre 2017

204 La mort, c'est la vie !

 

Mon cerveau crispé par le temps pourri de cet automne normand vient de pondre ce titre sans que j’esquisse le moindre mouvement de sauve-qui-peut. Peut-être aurais-je dû l’effacer aussitôt. Or aussitôt pondu, aussitôt affiché au chapiteau de cette 204ème chronique. Je connais bien l’auteur qui vient et qui m’a inspiré ce titre, pour l’avoir lu à plusieurs reprises. Avec ce temps pourri, mon cerveau ne fut pas le seul reclus à la maison. Même en mal de bouquins, je négligeai ainsi de courir vers ma librairie préférée. Trop de froid trop de pluie. Je me contentai de fouiller dans les affaires (littéraires) de ma femme et tombai raide devant ce recueil de nouvelles corses. Raide. À la bonne heure ! Il en est beaucoup question dans ces nouvelles. Je m’y lançai pourtant habité de la sensation lancinante de l’avoir déjà lu, balayée illico par l’attrait de ce que je (re)lisais. J’aimais et je n’aimais pas, parfois. Il n’est question que de cul morbide bridé par le manque d’amour, l’impossibilité d’amour, et la violence puis la mort y surgit très tôt, trop tôt ? Non, à point nommé issue de la stupidité humaine. Je n’avais pas du tout goûté le prix Goncourt de ce Corse morbide mais je me soupçonne grandement de n’avoir pas tout compris au roman primé ou d’avoir jalousé son prix. Les deux à la fois ? Ma foi peut-être ! Et puis si vous le dites ! On devient fou quand on écrit. Un philosophe corse prix Goncourt ! Comme il l’écrirait lui-même, pourquoi pas un Noir, une femme ou un Arabe ?  Hein ! On aura tout vu ! J’avoue dans ce cas précis avoir été plus  attiré par le nom de l’auteur que par le titre de son recueil : « Variétés de la mort ». Franchement, il faut être à la fois Corse et philosophe pour pondre un titre pareil. Mais la mort, c’est la vie, non ? Si j’ai bien tout compris. S’il faut bien regarder les choses en face telles qu’elles sont. Ce livre est bourré d’ironie (en plus d’alcool et de cocaïne), en même temps (j’adore cette liaison) notre Corse philosophe vient d’une île tragique où tout est farces et tragédies à commencer par les groupes violents et nationalistes. À poursuivre par les bandes de jeunes cons violents et nihilistes. Il fait le tour de la question :

Il suffit que le temps passe et plus personne n’en a rien à branler du contenu de sa mémoire : c’est fini, et c’est bien suffisant pour susciter le tiède regret plein d’attendrissement sur soi-même qu’on appelle la nostalgie. Je ne sais pas s’il est illusoire de dissoudre toutes ses peines dans la nostalgie, comme si l’on était soudain incapable d’en comprendre l’importance – ou si, au contraire, nous ne pouvons nous libérer de l’illusion que par la nostalgie. Dans la compréhension de ces mots affreux, « c’est fini », peut-être nos tristesses perdent-elles ce caractère monstrueusement hypertrophié qui caractérise toute affection présente, peut-être reprennent-elles a posteriori leur modeste place réelle et dévoilent-elles enfin ce qu’elles sont : les éléments dérisoires et incontournables – parmi les millions d’autres éléments dérisoires et incontournables d’un monde qui ne cesse de disparaître.

Jérôme Ferrari, Variétés de la mort (nouvelles), Babel

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06 septembre 2017

203 N'être que soi !

 

J’ai lu presque tous les romans de Mohamed Moulessehoul. Depuis ses premiers romans « policiers » pendant la montée de l’islamisme en Algérie jusqu’à aujourd’hui. J’ai été bouleversé quand il a failli être jeté par son éditeur Julliard parce que celui-ci n’acceptait pas que son écrivain soutînt l’armée algérienne pendant la guerre civile, quand en France la suspicion régnait (parmi les gens mal informés ou de mauvaise foi) et que certains se demandaient « qui tue qui » ? Julliard lui avait adressé un ultimatum. Moulessehoul n’a pas cédé et en a même fait un livre magnifique « l’imposture des mots ». L’écrivain est toujours édité par Julliard. Le livre qui vient est juste incroyable. Il dérange notre vérité « occidentale », notre bien-pensance confortable et paresseuse, notre pensée unique qui recouvre des intérêts économiques de puissance dominatrice, etc. Mon but n’est pas de vous faire un cours de sociologie politique. Même si je le désirais, je n’y arriverais pas. Moulessehoul se met dans la peau d’un dictateur, le Raïs, dont la vie a commencé dans une peau très pauvre. Il commence par dire cette phrase qui sonne si bien et juste qu’on soit couvert de guenilles ou de soie, on n’est jamais que soi. Et c’est parti ! Mohamed Moulessehoul vraiment, n’a pas froid aux yeux. Moulessehoul encore et toujours !

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(Mohamed Moulessehoul alias Yasmina Khadra)

-Mon grand-père était berger. Il n’avait pas d’instruction, mais il avait une belle philosophie de la vie. Je n’ai jamais connu quelqu’un d’aussi à l’aise dans la pauvreté. Un rien suffisait à son bonheur. Si le hasard faisait bien les choses, pour mon grand-père, toutes les choses étaient bien faites. Il s’agissait de les voir telles qu’elles étaient, et non telles qu’on voudrait qu’elles soient. Selon lui, être en vie est une chance formidable, aucune peine ne devrait la supplanter. Je me souviens, il végétait n’importe comment et portait les mêmes hardes en hiver comme en été. Lorsque j’allais le trouver pour lui proposer de venir vivre avec ma petite famille à Ajdabiya dans une belle villa qui donnait sur la mer, il avait fait non de la tête. Pour rien au monde il ne voulait s’éloigner de sa tente montée au milieu de nulle part.

-Il avait tort.

Peut-être, mais il était ainsi, mon grand-père. Il avait choisi d’être bien dans sa peau, de ne pas se prendre la tête. Il était heureux et riche des joies qu’il partageait avec les gens qu’il aimait. Chaque matin, il se levait aux aurores pour regarder le ciel s’embraser. Il disait qu’il n’avait besoin de rien de plus…C’est l’exploit que j’aurais souhaité accomplir, monsieur. Être comme mon grand-père.

Yasmina Khadra, La dernière nuit du Raïs, Pocket

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29 août 2017

202 Vieillesse !

 

Pas vraiment un titre accrocheur. Mais il faut bien un jour en passer par là ! Je parle de la vieillesse. Cette vieillesse qu’on dit ennemie. Je parle pour ceux qui y arrivent ou qui surnagent déjà dedans. Pour les autres, ceux qui sont partis trop tôt, ils n’y auront pas droit par définition. Je ne sais pas encore s’il faut les plaindre.

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Question romans, puisqu’il s’agit de cela ici, je préfère bien sûr lire des livres dont les héros sont jeunes, au moins plus jeunes que moi (ça devient très facile et de plus en plus courant, sinon la règle). Ça me rappelle des souvenirs et ça m’enchante. Mais cette fois-ci, figurez-vous, j’ai choisi de lire un livre sur l’histoire d’une vieille à l’article de la mort comme on dit en une expressive expression à mourir d’horreur. Je ne m’identifie pas encore à cette Mary qui vit en Tasmanie (j’ai dû aller fouiller où ça se trouvait exactement – les voyages forment la vieillesse aussi) mais je voulais en savoir plus avant d’aborder cette rive encore inconnue (je parle de la mort et non de la Tasmanie que je ne découvrirai sans doute jamais – au-delà de quatre heures de vol, je hais l’avion). L’effet est contrasté, pour l’instant, et heureusement d’autres héros du roman bien plus jeunes n’arrêtent pas de faire l’amour sur des plages désertes. La Tasmanie n’est pas très peuplée. Et même très au large, en Antarctique figurez-vous. Puisqu’il s’agit aussi de l’antarctique. Et bien cette courageuse Mary arrive à imposer à toute sa famille de mourir là où elle le désire, dans un chalet au bord d’une plage déserte, plutôt qu’à l’hôpital ou dans une maison de vieux. Bien sûr parmi ses enfants, il y en a un qui la comprend, une (très autoritaire) qui ne le supporte pas et le troisième qui ne sait pas, on dirait qu’il ne sait rien mais finalement c’est peut-être celui qui l’a le mieux comprise. Et moi me direz-vous ? Et bien franchement, je suis d’accord avec Mary.

Mais la vue, elle, toujours aussi splendide, n’avait connu aucune altération. C’était la même que la dernière fois où Mary s’était tenue sur ce promontoire. L’île Courts était invisible – pour l’apercevoir, il fallait descendre la piste, un exploit dont elle ne se sentait plus capable. Impossible de distinguer les aiguilles de pierre au sud, visibles seulement par temps très clair. La houle, elle, la miraculeuse houle, était éternelle. La couleur de la mer, les remous à sa surface, la direction des rouleaux aux crêtes blanches d’écume, tout cela pouvait changer, mais pas le mouvement perpétuel, le déferlement sans fin des vagues. Cela la rassurait de penser à l’océan à travers les âges : la prévisibilité des marées, le renouvellement incessant. Lorsqu’elle ne serait plus là, la mer resterait telle qu’elle était et la terre continuerait à s’avancer dans les flots.

Karen Viggers, La mémoire des embruns, le livre de poche, traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Chapman

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23 août 2017

201 L'insupportable perfection de l'être

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Bonjour Pierre,
Je viens de terminer ton recueil de nouvelles "l'insupportable perfection de l'être". J'ai lu une nouvelle par jour, pour me détendre de mes ...travaux de jardinage.
J'ai beaucoup aimé.  C'est joliment écrit, et les nouvelles sont diversifiées, avec cependant un fil directeur qui leur donne une cohérence d'ensemble.
C'est propice à  une réflexion philosophique sur l'existence.
Au plaisir d'en discuter prochainement.
Amitiés.
Jean-Pierre Leconte.

 

Vous pouvez vous procurez mon livre à partir du lien suivant :

https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/857158/s/l-insupportable-perfection-de-l-etre-27b3047c2f/#.WZ3hYTGQxMs

 

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22 août 2017

200 Machiavélique bien sûr !

 

Et bien non ! Justement. Si j’en crois l’auteur qui vient, Machiavel n’est pas machiavélique, sa caractéristique est plutôt de s’être spécialisé dans les questions déplaisantes, celles qui cernent au plus près la réalité politique, du genre « ou bien ou bien » et qui s’échappent finalement dans une troisième voie. Ça ne vous rappelle rien ? « ou bien », « en même temps »

Machiavel écrit : « J’espère, et l’espoir accroît mon tourment, je pleure, et mes pleurs nourrissent mon cœur affligé, je ris, et mes rires ne peuvent me pénétrer, je brûle et la brûlure ne paraît pas au-dehors, je crains ce que je vois et entends, toutes les choses m’apportent une douleur nouvelle. Espérant, je pleure, ris et brûle, et j’ai peur de ce que j’écoute et regarde. »

Et Patrick Boucheron écrit « un été avec Machiavel »

Machiavel est implacable comme un soleil d’été. C’est l’astre qui rend sa prose cinglante, jetant sur toutes choses une lumière si crue qu’elle rend les arêtes plus vives.

Patrick Boucheron, Équateurs.  

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17 août 2017

199 Drôle de vies !

Avec cet auteur, il y a toujours des addictions. Les siennes d’abord. Dans le roman que j’ai lu il y a quelques années (Cet instant-là), tous ses héros fument comme des pompiers. Tout le temps, forcément. Son écrivain, héros principal, ne peut pas aligner deux lignes sur sa machine à écrire (c’était avant l’ordinateur) sans avoir d’abord roulé plusieurs cigarettes. La deuxième héroïne fume encore plus, si c’était possible, que ce soit en RDA ou en RFA. Je n’arrêtais pas de tousser à chaque page ou presque.

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Cette fois, oublié le tabac ou quasi, remplacé par l’alcool. Ça coule à flots. Le vin et le whisky principalement, si j’ai bien suivi. J’en avais mal à la tête. Mais surtout, une fois passée la moitié de la bouteille ou du bouquin si vous préférez, c’est comme avec l’alcool, impossible de lâcher, je ne pouvais plus m’arrêter. Mes yeux se fermaient que je les obligeais à continuer, lisez, je leur disais, c’est un ordre. L’histoire est à peine croyable si on la considère la tête froide sous le robinet d’eau glacée mais c’est raconté avec tant de justesse dans le ton et les situations qu’on ne peut s’empêcher de se faire embarquer. Un gros malin cet écrivain ! C’est l’histoire du destin. Une vie, c’est toujours un destin. On le voit venir gros comme un camion, on le sent venir lourd comme un poids sur l’estomac, étant donné les circonstances qui l’accompagnent, et il vient tel qu’on le pressentait mais c’est tellement bien conté qu’on y adhère. Mais le destin ne se fait pas tout seul s’il n’y a pas l’action de l’homme à la base ou à un moment donné, je veux parler de l’erreur humaine. C’est l’histoire d’un type qui tombe chaque fois qu’il arrive au sommet. Une seule erreur et tout fout le camp à chaque fois en un enchaînant diabolique. Haletant. Sacré Kennedy (Douglas) !

Les quelques jours qui ont suivi m’ont permis de mesurer la force redoutable de l’un des plus puissants truismes à l’œuvre dans la société américaine : une fois que vous êtes lancé, tout le monde vous veut. Dans notre culture, l’image de celui qui lutte pour y arriver est intrinsèquement négative. D’emblée, on le catalogue comme un rien du tout, un raté s’exténuant à convaincre éditeurs, patrons de presse, producteurs, directeurs de galerie, agents et imprésarios qu’il aurait son mot à dire, si seulement on lui donnait la chance de s’exprimer. Mais personne n’a la moindre envie de lui accorder cette chance, pour une raison bien simple : à quoi bon aider un minable à émerger de son anonymat mérité ? Quand bien même on lui reconnaîtrait un certain talent, la réaction habituelle est la peur : peur de faire confiance à son propre jugement, peur de se compromettre aux côtés d’une quantité négligeable. Dans ce système donc, le type inconnu est voué à rester inconnu.

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12 août 2017

198 Le diable est dans les détails !

 

Un bouquin que j’aimais bien de par sa construction intelligente et sa justesse, dont j’ai parlé ici (La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker), a été considéré comme quantité négligeable par une bloggeuse, ce qui est son droit le plus strict. Je n’aime pas cependant le procédé qui consiste à balancer un livre aux orties, sauf si on est critique professionnel, et encore. Je trouve qu’il faut respecter un minimum le travail d’un écrivain. Je ne suis pas critique professionnel et je résous ce dilemme en ne parlant que des bouquins que j’ai aimé et pas du tout de ceux qui me sont tombés des mains ou m’ont franchement déplu. Je trouve le silence plus juste que le mépris.

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(?)

Toute cette introduction pour je ne sais quelle raison. Enfin si ! Sans doute parce que le roman que je finis, que je n’ai jamais lâché (825 pages), ne m’a jamais ennuyé, mais devant lequel je suis tout au long resté perplexe. Je ne me l’explique que parce que je ne suis pas arrivé à m’identifier aux personnages, d’ailleurs, à aucun des personnages qui sont nombreux, apparaissent, disparaissent et que je retrouvais quand j’avais déjà oublié leur nom. Cette façon de lire, est-ce une force ou une faiblesse ?, en m’identifiant au personnage du héros. Dans ces cas-là, je me retrouve en immersion totale dans le roman. Cette identification que je ressens peut se révéler positive ou négative d’ailleurs, je ressens ce qu’il ressent ou me répugne ce qu’il fait. C’est ma façon de vivre mille vies en plus de la mienne et d’apprendre. C’est fou ce qu’on apprend avec les romans. Purity est le nom de la première héroïne. C’est la raison pour laquelle je parle de diable. Mais tout dans ce roman traite de dépravation, cyberespionnage et meurtre noyé dans une chronique familiale à tiroirs et sur plusieurs continents.

Le soleil était devenu agressif. Pip s'écroula sur le côté, comme poussée par la force de la chaleur de l'astre ; la tête lui tournait. Elle avait l'impression que pendant un moment, on lui avait ouvert le crâne et remué vigoureusement le cerveau avec une cuiller en bois. Elle était encore loin de se soumettre à lui, de le laisser faire d'elle ce qu'il voulait, mais pendant un moment, il était entré assez profondément dans sa tête pour qu'elle sente comment cela pourrait se produire - comment Willow pouvait changer de sentiments comme une pieuvre change de couleur, uniquement parce qu'il le lui demandait, et comment Colleen pouvait rester prisonnière d'un endroit quelle détestait car elle voulait une chose qu'elle savait impossible à obtenir de la part d'un homme qu'elle tenait pour un salaud. Pendant un moment, un effroyable fossé s'était ouvert en Pip. D'un côté, son bon sens et son scepticisme. De l'autre, une sensibilité aiguë de tout son corps, d'une catégorie différente de ce qu'elle avait connu jusque-là. Même au plus fort de son obsession pour Stephen, elle n'avait jamais voulu être son objet ; elle n'avait jamais eu de fantasme de soumission et d'obéissance.

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17 juillet 2017

197 Les bras m'en tombent !

Les bras m’en tombent (une de ses expressions favorites) et mon petit doigt avec (je garde la mienne aussi), j’ai commandé sur FB un de ses romans, je ne prenais pas trop de risque (oh que si), vu l’écriture du gars dans ses courtes (pas toujours) chroniques sur FB, elle est forte et regorge de trouvailles en veux-tu en voilà, mais surtout tape en plein là où ça fait mal, et toujours juste, tellement bien son écriture qu’elle me met misérable quand je retourne à la mienne propre (finalement plus si propre). Pas moyen de m’empêcher de la trouver fade en comparaison. Alors je me dis (comme lui, je me parle à moi-même, même que ça m’arrive tout le temps) comparaison n’est pas raison. Je me raisonne car c’est un drame (pour moi), ce ne devrait pas être permis, aussi pourquoi suis-je allé me fourrer dans ce guêpier, en payant en plus. Horreur, malheur ! J’ai donné le bâton et je me fais battre, à plate couture. Mais je suis un gars qui a de la ressource, genre résilience.

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(vue de Cambrai)

Bon, c’est pas tout, parlons aussi de l’histoire. Je me suis de suite senti en terre connue, le Nord du roman, suis né pas très loin outre Quiévrain, la pluie, le froid humide, les friches, et surtout les briques à la couleur indéfinissable à se faire pendre un canal, etc., même si c’est l’hiver, c’est pas une raison. La relation père-fils aussi ça me connaît, froide, formaliste, et puis non, plutôt en dedans, rentrée quoi, à deviner sans doute, mais on sait pas, et puis des garçons ça ne pleurent pas, et puis un militaire, même un père, ça reste pour toujours un garçon, non ? Et les copains d’enfance, de la primaire et plus, ça c’est du Nord, ça peut rester soudés en vieillissant, y a rien d’autre à faire que continuer les conneries ensemble, et les conneries ça finit toujours mal, pas la peine de faire un dessin, et puis y a l’abbé, moi aussi je l’ai connu l’abbé, chez les louveteaux,

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(vue sur Férin)

et puis tout ça dérape en hiver dans le monde moderne du chomdû, de la drogue et des petits boulots, voilà, c’est un polar, du cousu main, du polar humain avec des sentiments enfouis sous des couches de problèmes, qui peinent à se dévoiler, qui arrivent pas à s’extirper, et s'ils y arrivent, c’est pire encore, et puis tout au long il y a Gabrielle, mais c’est trop tard. Mais attention, y a pas de flics dans ce polar, y a que des petits voyous de barres hlm et des voyous qui se voient plus grands que leur trou du cul de province et au milieu, un intello prof de littérature avec dans sa tête ch’tarbée des tas de musiques et aussi des bouts de poèmes qui s’entrechoquent. Pauvre William, c'est lui, pas du tout envie d’être dans sa peau. C’est diablement prenant. C'est le diable qui rafle la mise. Voilà, c’est Denis Parent et c’est beaucoup dire.

William contemple les bouleaux frêles et frissonnants qui, sur le remblai, dominent des fossés boueux et des armées d'orties, les mêmes qui lui mettaient le feu aux jambes trente ans auparavant. Au-delà on distingue les faubourgs de la ville. Denciennes, ville moyenne du Nord de la France, très moyenne même. Il y est né, il en est parti, il y est revenu souvent, avant d'admettre qu'il allait y rester. Les bâtiments sont en pierres rouges ou ocres, il ne saurait pas nommer cette couleur, c'est la brique de par chez nous, la brique de nos maisons froides. Ce pays l'a souvent désespéré, d'un lent et long désespoir qui se transformait parfois en joie subite, sans réelle cause, jubilation soudaine d'être là, dans cette plaine immuable dont la longévité compense l'absence de splendeurs. Ici le temps s'économise et laisse passer d'autres jours, d'autres semaines sans que cela se sache. Ici on est encore hier, ou cette autre matinée dont on ne sait plus la date. Certains jours on croit vivre dans un éternel lundi. C'est à cause aussi des ciels de traîne qui s'effilochent, se détricotent et n'en finissent jamais de partir.

Denis Parent, Un chien qui hurle, édition Louisiane

 

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Pour vous le procurer, cherchez Denis Parent sur Facebook (la suite en mp)

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