lire sa vie

19 juin 2020

279 La joie de vivre III (fin)

 

Et de trois ! Il n’en fallait pas moins pour rendre compte de ce que j’ai ressenti en lisant les souvenirs centenaires d’Edgar Morin. Quand je suis sorti de la religion à 17 ans, je ne doutais pas que la science et le rationalisme allaient assécher les sources de la foi religieuse. Or, je dois bien constater cinquante ans après, que les croyances reviennent en force (à moins qu’elles ne se soient affaiblies que dans mon imagination), et se sont même installées dans ma propre famille. Je me suis dit alors : ce sont les rites dont les gens ont besoin. Les rites organisent leur vie et mettent un terme à leurs doutes. Beaucoup de gens ne supportent pas de douter. Peut-être même la majorité. Cela les angoisse. Alors que le doute m’apparaît comme fondamental. D’autant plus à notre époque de « l’invention » des fake news !

 

Blaise Pascal

(Blaise Pascal)

« Aujourd’hui je comprends ce qui me « pascalisait » (Blaise Pascal) et me « pascalise » à jamais, c’est, dans la même pensée, le lien et le combat formidable entre la foi, la raison et le doute. La culture française est, au cœur de la culture européenne, celle où s’est mené de façon la plus radicale le débat/combat entre foi et raison, foi et doute, et Pascal vit dans son propre esprit ce combat qui oppose les esprits. Ainsi, de façon géniale, il se sert de la raison pour en montrer les limites, pour dévoiler un ordre de réalité supérieur, inaccessible à la raison, cela le conduit à énoncer très rationnellement sa foi « absurde » : credo quia absurdum. En même temps, il a compris qu’il n’y a pas de preuve rationnelle de Dieu, il fonde alors sa foi sur un pari. Certes, à l’époque de ma première lecture, je n’avais pas compris la vérité moderne et fondamentale de cette proposition, je n’avais pas compris que toute foi, toute croyance, non seulement en Dieu, mais aussi en l’homme, en la fraternité, en la liberté, est un pari dont il faut être absolument conscient. »

Edgar Morin, Les souvenirs viennent à ma rencontre, fayard

www.pierreferin-ecrivain.fr 

Posté par Pierre Ferin à 15:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]


04 juin 2020

278 La joie de vivre II

Edgar_Morin,_2011_(cropped)

J’aime beaucoup Edgar Morin. Je n’ai pourtant rien lu de ses écrits sur la pensée complexe. J’ai lu ses souvenirs comme un roman et me suis projeté dans son personnage, ressentant beaucoup d’affinités avec cet homme. Un homme qui a presque un quart de siècle de plus que moi, qui fut résistant et dont les écrits socio-anthropologiques ont été salués dans le monde entier, mais pas tellement en France à sa grande tristesse sinon son étonnement. Tout au long de la lecture, je fus attentif à tous les passages politiques, philosophiques et sociologiques. Tous les portraits d’hommes et de femmes qu’il a fait et aussi les descriptions des villes qu’il a aimées à travers le monde où il est resté à chaque fois plusieurs mois (invité) pour y travailler à ses projets de recherche. Quelle vie ! Ce chercheur a beaucoup lu et déclare sans ambages l’importance primordiale de la lecture dans la vie. Je ne peux que lui donner raison.  Quelques livres ont changé le cours de ma propre vie en changeant ma vision du monde. « Qu’est-ce qu’un livre qui compte dans une vie ? C’est celui qui constitue pour son lecteur une expérience de vérité, cela vaut non seulement pour un livre d’idées, mais aussi, parfois plus profondément pour un poème ou un roman. Voici qu’il nous dévoile et rend intelligible une vérité ignorée, cachée, profonde, informe, que nous portions en nous, et qui nous procure ainsi le ravissement de cette découverte. En faisant surgir une vérité, invisible au départ, ce livre illumine notre esprit, s’y incorpore et devient nôtre. »

manhattan

Une des multiples choses que je partage avec Edgar Morin est l’attirance pour la ville de New York (Manhattan). J’y suis allé maintes fois comme lui, pour des séjours plus ou moins longs, profitant du fait que mon frère y habite depuis plus de cinquante ans !

« Rien ne parle d’éternité dans cette ville. Rien n’a de racine dans le passé. Rien ne semble devoir défier le temps. Tout périt. Tout renaît. Tout vit dans le temps, ce temps. La beauté de New York est une beauté mortelle. Cette ville a été construite pour sa fonction, pour le profit, pour l’économie ; toute l’édification a été guidée par seulement la géométrie et le hasard. Et c’est cela le chef-d’œuvre. Manhattan sous quelque angle qu’il apparaisse. Le véritable art new-yorkais n’est pas dans les musées, les concerts, expositions, et. Tout cet art mondial a été attiré, acheté, consommé, entretenu (fondations etc.) à New York. Mais le véritable art de New York est dans sa surréalité, dans l’auto-création/destruction permanente, dans son caractère incroyable, évident, délirant. » « La matière de New York, c’est l’énergie ».

Ce recueil de souvenirs fait plus de six cents pages sans compter les textes en annexes. Je pourrais piocher des centaines de passages intéressants, formidables ou importants. Je vous enjoins à le découvrir.

Edgar Morin, les souvenirs viennent à ma rencontre, Fayard

www.pierreferin-ecrivain.fr   

Posté par Pierre Ferin à 16:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 mai 2020

277 La joie de vivre ! (I)

 

Certains s’imagineront que c’est la perspective du déconfinement qui me rend la joie de vivre. Ils se trompent. Je suis content c’est sûr. Mais la situation n’a pas beaucoup évolué et le conardvirus invisible (sauf dans ses œuvres) est toujours à l’affût. Il fallait relancer l’économie avant de se retrouver avec les bêtes sauvages alanguies au soleil sur les places publiques de nos villes et villages. C’est vrai que le système concocté par les autorités d’ici et d’ailleurs a permis d’après les scientifiques autorisés à s’exprimer, d’éviter des centaines de milliers de morts. C’est ce qu’ils ont calculé. Cela semble ahurissant mais pas tant si on se réfère à la grippe « espagnole » qui a becqueté des millions d’humains. Non, il s’agit ici de la joie de vivre qui éclate à la figure du lecteur.trice tout au long des pages du livre « les souvenirs viennent à ma rencontre ». Et il y en a tellement chez cet homme quasi centenaire de la joie de vivre, lui qui s’est baladé sur tous les continents et qui commence sa jeunesse en France comme résistant. Je dis en France mais il s’en est fallu de peu que ce soit en Italie.

 

 parti communiste français

Je suis encore loin d’avoir cent ans et encore plus loin d’être un sociologue reconnu mais je ne puis m’empêcher de me projeter sur l’auteur qui vient. Je me trouve tellement d’accointances avec lui, tenez, pour commencer, il a été exclu comme traître du parti communiste français en 1956. (p 213) « Elle révéla sa nature le soir de mon exclusion du Parti. Elle tint à avertir les participants qu’il fallait cesser toute relation avec un exclu, que l’exclu était le pire ennemi du Parti. De fait, et pas seulement pour les staliniens mais aussi pour les « progressistes » et compagnons de route, l’exclu était porteur d’une tare indélébile ». Et pourtant le communisme dans sa jeunesse l’attirait (p106) malgré « le langage grossier et manichéen des tracts du Parti, l’absence de toute complexité, les thèmes cocardiers et antiallemand (à bas le Boche exécré), c’était l’apocalypse de la révolution mondiale, le mythe du salut historique de l’humanité par l’efficacité bolchevique. » Vingt ans plus tard, dans les années 70, je me suis reconnu dans les mêmes phrases sur le communisme (il s’agissait alors pour moi du maoïsme) et le même penchant libertaire fit que je fus exclu aussi du Parti comme traître, dans un remake grotesque en balbutiement de l’histoire ! Le mouvement maoïste d’après Mai 68 n’avait rien à voir avec l’ampleur et la place du Parti communiste dans l’après-guerre en France. Par contre, la situation économique actuelle du monde, de l’Europe et de la France a quelque chose à voir avec la grande dépression de l’entre-deux-guerres qui amena le nazisme au pouvoir. Notre auteur observa ces intellectuels qui succombaient au triomphe du nazisme en Allemagne en 1933 avec une « exaltation fanatique associée à une féroce répression, aussi bien qu’à « l’exaltation stalinienne tout aussi fanatique et les atroces procès de Moscou qui ont suivi, tout cela entraîna bien des esprits à trouver dans le nazisme l’antidote au communisme et dans le stalinisme l’antidote au nazisme » (p233) Une des dérives les plus étonnantes « est la transformation d’esprits au départ généreux et souhaitant œuvrer à l’émancipation de l’humanité en fanatiques, non seulement sectaires et obtus, mais cruels et venimeux. Le Parti (communiste) a été une force énorme, terrifiante, de broyage des consciences, de sélections des pires et d’élimination des meilleurs. » (P 235)

Comme je l’ai écrit, j’ai moi-même vécu cela vingt ans plus tard, en une échelle beaucoup moins grande, dans une période beaucoup moins dramatique, mais avec des effets au niveau de l’individu tout aussi dévastateurs. Je le raconte et l’analyse dans un livre « vous saurez tout sur Marc Dubois sans l’avoir jamais demandé » paru aux éditions Edilivre

Edgar Morin, Les souvenirs viennent à ma rencontre, Fayard

edgar morin

 

www.pierreferin-ecrivain.fr

Posté par Pierre Ferin à 16:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 avril 2020

276 Le Djihadiste !

Il fallait (peut-être) le faire et il l’a fait. Qui d’autre que lui aurait pu l’écrire, ce roman selon le point de vue du tueur islamiste qui en est le narrateur, participant aux attentats du Bataclan, Stade de France et dans le métro de Bruxelles. Il fallait bien le talent et l’expérience de Mohamed Moulessehoul pour tenter cette audacieuse fiction insérée dans la plus horrible réalité. Il a osé et mieux encore, il a réussi, comme tout ce qu’il écrit depuis ses premiers romans policiers sur la décennie noire algérienne. La dérive idéologique du meurtrier devient compréhensible (ce qui n’excuse rien). De son insertion ratée dans la vie sociale de Molenbeek (Belgique) au milieu de ses amis et copains d’enfance, Arabes ou non, musulmans, chrétiens ou athées, et ses relations difficiles avec sa propre famille, mais aussi la belle relation avec sa soeur jumelle, l’auteur ne s’épargne rien de ces descriptions. Il s’oblige aussi à narrer la « participation » de son jihadiste aux attentats de Paris. Le tueur évolue au milieu de ses frères qu’il adule et qui le protègent tandis que ses amis d’enfance et parents le rejettent dès que naissent les doutes sur ce qu’il pense et ce qu’il est : un meurtrier par idéologie. Un roman très court en coup de poing.

 

Molenbeek%202014%20Logo

 

Tu es en train de regarder un film de guerre en grignotant du pop-corn avec tes copains au fond d’une salle de projection quand tu entends : « Pour qui meurent ces pauvres bougres de trouffions ? Pour des multinationales ? Qu’auront-elles à leur offrir ? Une minute de silence, une médaille, une stèle que les pigeons couvriront de leurs fientes ? » Tu ne fais pas attention à ces propos et tu replonges la main dans ton pop-corn en haussant les épaules. Mais les propos s’incrustent par une porte dérobée de ton cerveau. Tu es loin de te douter que tu viens d’héberger en toi de terribles agents dormants. Comme beaucoup d’autres interceptés çà et là. Jusqu’au jour où, en suivant un reportage sur le djihad, tu entends : « Les mercenaires meurent pour leurs commanditaires. Les soldats pour des intérêts qui ne leur apportent rien. Les gangsters pour des prunes…Mais le chahid, lui, il ne meurt jamais ; il se prélasse dans le jardin du Seigneur, entouré de houris et d’arcs-en-ciel éblouissants. » Au début, ça te passe par-dessus la tête. Tu estimes que tu as d’autres chats à fouetter plutôt que prêter l’oreille à ces affabulations. Puis un soir, un voisin, un copain ou quelqu’un que tu connais à peine se met à te vanter les prêches de l’imam du coin. Tu l’écoutes pour ne pas le froisser car tu n’en a rien à cirer de la bonne parole. Mais le frère revient à la charge chaque fois qu’il te croise sur son chemin.

Yasmina Khadra, Khalil, Pocket.   

 

Khalil

www.pierreferin-ecrivain.fr

Posté par Pierre Ferin à 10:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 avril 2020

275 Le mutilé !

philippe lançon

C’est le roman d’un mutilé. Le roman sans fiction d’un rescapé. Un journaliste écrivain démandibulé lors de l'attentat contre Charlie hebdo. Une balle lui a traversé la mâchoire, une autre s’est fichée dans le bras et une troisième (ou une première) dans la main. S’ensuit une traversée longue et tellement douloureuse, non pas du désert, mais de l’hôpital. Des dizaines d’opération, de greffes, avec sondes gastriques pour nourrir le corps et toutes sortes de tuyaux traversant le ventre ou se faufilant par l’œsophage. Heureusement, il lui reste les yeux pour les nourritures de l’âme. Des tas d’espoirs déçus, puis retrouvés, tout au long de mois interminables. Ne plus pouvoir ni boire ni manger ni parler normalement. Un visage reconstitué par petites touches, qui fuit sous toutes les coutures. Et pourtant il se refait péniblement une santé en vivant dans un autre monde, celui des survivants, très loin de celui souvent insignifiant et sans cervelle des vivants. Un monde en soi, qui vit sur soi, comme un cocon, l’hôpital, avec toutes ses composantes, depuis le chirurgien qui ne sait pas où il va, qui tâtonne, chaque cas à opérer est unique, jusqu’à la femme de ménage dévouée et silencieuse. Le mutilé a des mots et de belles descriptions pour chacun des acteurs de ce monde à part. Pas mal de mots durs aussi contre le dénuement dans lequel les laissent les gouvernements successifs depuis tant de temps. Et aussi pour les policiers qui sont désormais dédiés à sa garde jour et nuit. Et puis il y a les parents et le frère, et aussi les amis et aussi l’aimée source de bien des soucis. Tout se passe par l’intermédiaire d’un tableau qui alimente la conversation.

L’écriture est forte et magnifique aussi bien dans l’horreur (décrite de la manière la plus minutieuse) que dans le réconfort et l’espérance. Quel livre imposant ! Je me suis rarement senti autant en symbiose avec un écrivain. Formidable Philippe Lançon. Le courage, la réflexion, l'amitié, l'amour, la joie, malgré la souffrance, transfigurent de bout en bout ce roman où tout est mis à nu, où rien n'est caché. Bouleversant. 

Depuis quatre jours, je ne pouvais plus parler. Non seulement j’ai eu très vite l’impression de n’avoir jamais parlé, mais le commençais à croire que, pour l’avoir fait si longtemps, mon châtiment était mérité. Tu ne crois pas en Dieu, me disais-je, mais quelque chose te punit d’avoir trop parlé, tant écrit pour rien. Quelque chose te punit de tes bavardages,de tes articles, de tes tirades, de tes jugements, de tes numéros auprès des femmes, de tout le bruit que tu as alimenté. Si tu le décides, ce bruit restera enfin derrière la porte, avec celui des voix et des radios des policiers et du chariot des infirmières. Oui tu es puni par où tu as péché, même si tu ne crois pas au péché ni à la rédemption, et même si ceux qui t’ont puni l’ont fait pour des raisons tout autres. Profite du silence que ces tueurs stupides t’ont imposé.

Philippe Lançon, Le lambeau, folio.

le lambeau

www.pierreferin-ecrivain.fr    

Posté par Pierre Ferin à 14:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]


12 avril 2020

274 Critique !

De Jean Piérard, critique littéraire et auteur :  

   Quand une œuvre de fiction me plaît, qu’elle soit littéraire ou cinématographique, j’aime marcher sur les chemins de la création pour y dénicher quelques détails furtifs, redécouvrir les dialogues, les subtilités du récit et de l’écriture, y étudier de plus près les caractères des personnages et revoir les milieux où ils évoluent. Alors, je me délecte à nouveau des rimes intérieures, des thèmes musicaux qui subliment les images, comme dans ce dernier roman de Pierre Ferin, agrémenté de quelques titres et extraits de chansons, ouvrage très original que je viens de relire. On ne traverse pas un livre en prenant ses jambes à son cou, on s’y attarde, comme dans un pays de cocagne,  pour en sortir avec un collier de perles autour du cou !

   Le héros de ce roman, le narrateur, se nomme Paul Jean Bérézine, P.J.B., un nom bien choisi par l’auteur qui laisse augurer du destin de son personnage. C’est un être « original », comme tout un chacun, à la recherche de l’essence de sa vie.

P.J.B. n’a pas de montre mais il est né avec une horloge suisse greffée à son estomac. C’est un papa divorcé, addict à l’écriture, un fils qui porte sur le dos une mère parfois lourde ou contrariante. Mais P.J.B. est surtout un chic type, un type bien, un mâle non dominant, sensible aux voix des chanteuses qui s’élèvent vers les sommets. Ça alors ! P.J.B. aime les voix des chanteuses qui.... !  Tout comme moi ! C’est inévitable ! Dans les ouvrages de Pierre Ferin, le lecteur aperçoit souvent son propre reflet dans les introspections profondes et nuancées, les questionnements, la complexité et les contradictions des personnages. Il pourrait aussi  y retrouver ses propres penchants intimes, mais là, je ne vous en dirai pas plus ! Lisez le livre !

   L’auteur prend plaisir à jouer avec les mots, comme dans cette phrase fétiche : Le textile n’est plus un bas de laine. Il va jusqu’à détourner certaines expressions populaires à son profit, comme par exemple : point marre, complètement chamboulniqué. Aussi, il lui arrive d’atteindre des sommets d’originalité dans la description des personnages, un exercice difficile s’il en est... et je sais de quoi je parle. Voici un exemple, extrait d’un portrait de Virginie, une femme aussi attirante que celle qui figure sur la première de couverture du livre:  [...] Elle s’est parée d’une jupe courte et froufroutante multicolore rehaussée par des hauts talons rouges. Elle offre ses longues jambes de faon aux passants qui se retournent sur elle. Un pull de laine angora moule sa poitrine triomphante. Admiratif de ce passage,  je suis ! comme pourrait dire Maître Yoda dans Starwars.

   Nous ne sommes pas dans un roman policier et pourtant le suspense est bien présent de bout en bout. Ce n’est donc pas un criminel que recherche P. J. B.mais le grand Amour parce que, selon lui,  : pour jouir de la beauté des choses, il faut pouvoir le partager avec quelqu’un et il ne faut pas vivre comme un perdu dans un océan de solitude . Va-t-il donc, au prix de sa liberté,finir par le trouver ce grand Amour ? Je ne vais pas, ici, dévoiler la fin, je vous laisse sur votre faim, chers lecteurs ! Et pour votre plaisir encore, sachez aussi que Pierre Ferin excelle dans l’art de distiller un érotisme raffiné, en harmonie avec un romantisme attendrissant.  Son récit, émaillé de rencontres envoûtantes, de rebondissements, d’élans et de turbulences, vous transportera dans le septième ciel, jusqu’au tarmac de l’épilogue, comme si vous étiez dans un avion de ligne, chouchouté par de ravissantes hôtesses .

couverture ne le laisse pas

www.pierreferin-ecrivain.fr

Posté par Pierre Ferin à 16:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 avril 2020

273 Confinements divers !

chat

Dans mon village, il y a un point presse librairie resté ouvert quand toutes les librairies « non-indispensables » ont dû fermer. Un miracle ? Bien que dans les Pyrénées, le village ne se trouve pas près de Lourdes. Il s’agit d’un point presse faisant tabac en même temps. Le tabac étant « indispensable » en ces drôles de temps tout comme « l’alcool », il vient dans ce cas à la rescousse du livre. Mon petit doigt a maintenu son service en troisième ligne de front et m’a concocté un programme de confiné anti-confinement. Tout le monde a le droit de rêver. Mon petit doigt, non, il vit de l’air du temps. Au lieu de me distraire des évènements, il m’y a replongé par des biais divers dont certains tellement durs que mon confinement m’a paru d’une douceur ou presque, n’allons pas trop loin.

Nous avons gentiment commencé par le tombeau d’Olivier. Quoi de plus confiné qu’un macchabée ! En général, je ne partage ni les opinions ni les analyses de son auteur même si je fus un jour maoïste et que lui se prétend toujours marxisant et maoïsant (à ma connaissance). Son dernier livre (très court) est en quelque sorte un éloge funèbre pour une vie interrompue trop vite comme il le dit lui-même, laquelle de vie fut celle de son fils. Son fils adoptif. Ce fils, Noir, adopté à dix mois, originaire du Congo, dont la mère est morte du sida en France, décédé lui-même accidentellement (l’auteur n’en est pas persuadé) à trente ans dans la neige des Alpes. Alain Badiou retrace dans une belle écriture cette vie singulière et le rapport qu’elle a entretenu avec le père adoptif, lui-même. Il rappelle et insiste en passant sur la souffrance générée par les contrôles intempestifs au faciès qui pèsent d’une manière insupportable sur ces jeunes, dont son fils, Noir. Un philosophe face à la mort prématurée d’un très proche. Beau et fort. (Alain Badiou, le tombeau d’Olivier, Fayard)

Pour changer de genre, nous sommes passés (mon petit doigt et moi) à la recluse. Quoi de plus confiné qu’une recluse, n’est-il pas vrai ? Il s’agit d’abord d’une araignée ainsi nommée parce que toujours cachée. Et il vaut mieux car elle est venimeuse. Pour obtenir une dose mortelle pour l’homme, il faudrait être mordu plus de vingt fois en même temps, mais quand même, il peut se trouver un homme ou une femme très malchanceux.se. Et il s’en trouve ! Alors le détective rêveur Adamsberg est arrivé, a mené cette enquête jusqu’à sa solution, presque malgré lui. (Fred Vargas, Quand sort la recluse, j’ai lu)

Là, je crois que mon petit doigt n’y est pour rien. J’ai retrouvé dans ma bibliothèque (mais c’est bien lui qui m’y a amené) une bande dessinée d’un auteur canadien confiné à Jérusalem-est (arabe) pendant un an. Il a suivi sa femme employée par MSF (médecins sans frontière). C’est lui qui garde leurs deux jeunes enfants à la maison. Quand ils sont à l’école ou en garderie, il en profite pour sortir faire des croquis de la vieille ville, de la ville juive, de la ville arabe, des colonies juives, des villes arabes des alentours (Naplouse, Ramallah et rarement Gaza), jusqu’à une ou deux fois Tel-Aviv et Jaffa. Il en fait des petites chroniques en dessins subtils d’une honnêteté bienvenue. Il croque ce qu’il voit ou vit. Il y en a pour toutes les croyances, chrétienne, musulmane et juive et pour tous les nationalismes, israélien et palestinien. Bien sûr, par la vertu de la réalité, c’est plus féroce pour les colons israéliens. Formidable (Guy Delisle, Chroniques de Jérusalem, éditions Delcourt 2012) 

Chroniques-de-Jerusalem_4208

www.pierreferin-ecrivain.fr  

Posté par Pierre Ferin à 17:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 mars 2020

272 Du bon Dubois (Dubonnet) !

 

(Restons à la maison et pensons à autre chose) J’aime bien Dubois, Jean-Paul, mais je n’ai pu m’empêcher de faire cette blague de potache qui rappelle ce très ancien slogan publicitaire. Cela fixe tout de suite l’âge du potache ! Malgré tout, comme je l’ai écrit, je me suis ennuyé dans son roman couronné par le Goncourt. La gloire tue ! Elle tue en tout cas mon appétence pour un roman et pour un auteur, c’est sûr. On sait que les prix ne sont qu'un coup publicitaire ! Je l’ai trouvé mièvre - tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon - le titre déjà, d'un humanisme de grande surface et consensuel à souhait (attention je n'engage que moi et ma façon de penser à côté de la plaque), je ne reviens pas sur ma chronique n°270 (Feel good !). Mais soudain, le remords m’a surpris en plein sommeil (de la sieste) et aussitôt réveillé j’ai couru vers la librairie de mon village (avant la promulgation du confinement) pour me procurer un roman précédent du même écrivain, que je n’avais pas lu (évidement). Et ô miracle (de qui?, je n'ai pas pu le déterminer), dans celui-ci j’ai retrouvé mon auteur bien aimé en pleine forme. Aucun prix ne l’avait altéré. J’ai dégusté son écriture ironico-sarcastique avec ce qu’il convient de profondeur (sur la vie, sur la mort, et tout le bazar) pour justifier la lecture et le statut d’écrivain. Je me suis délecté de toutes les miettes lentement, laissant les fragrances, les goûts et les couleurs m’envahir pleinement. Ah sacré Dubois, quel plaisir !

 chien à la laisse

Watson ne me quittait pas. Sur le sable, il marchait dans mes pas, calquant son rythme sur mon allure. Nous sommes restés assis l’un près de l’autre, face à l’océan, pendant une bonne heure. Il a posé son museau sur ma cuisse, écouté le bruit des vagues dans la douceur de la nuit, puis s’est endormi, laissant aux hommes le soin de régler des soucis qu’il n’avait pas à subir, comme cet étrange sentiment d’impuissance face à l’écroulement d’une famille. La présence de ce petit animal fut pour moi, cette nuit-là, une bénédiction. Il incarnait à mes yeux la persévérance, l’obstination à s’accrocher à la surface, à lutter pour voir la lumière, n’importe laquelle, car une lueur vaut mieux que l’obscurité. Ce chien avait plus d’élan vital que tous les Katrakilis réunis. Aucun d’eux n’aurait flotté, nagé, brassé, bataillé comme il l’avait fait. Tout simplement parce qu’ils n’avaient jamais su comment se tenir sur la terre ou dans l’eau.

Jean-Paul Dubois, La succession, points  

La-succession_8209

 

www.pierreferin-ecrivain.fr

Posté par Pierre Ferin à 17:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 mars 2020

271 Mâle non dominant !

N'en déplaise à V. Despentes et consoeurs, Paul-Jean Bérézine, le narrateur du roman  "ne le laisse pas tomber, il est si fragile", est un mâle non dominant. Elle n'en ferait qu'une bouchée, la fulgurante autrice de "king kong théorie", qui passe son précieux temps à saper les fondements du patriarcat qu'elle assimile au capitalisme. Au fond, en réfléchissant bien, PJ Bérézine aussi est incompatible avec le patriarcat, il en est le maillon faible. Il n'en est pour autant pas prêt à subir une quelconque autre domination. Quand au capitalisme...ma foi...tant qu'il y a la liberté...

 Moi, le naïf, le candide, l’ingénu, n’en jetez plus, le chic type mâle non-dominant (ce qui commence à se révéler à mon entendement), je ne connais rien à la dépendance, en dehors de mon addiction sexuelle-affective.
Comme j’en ignore tout, je me suis avancé aveuglé par la brillance de la féminitude dans le labyrinthe de la domination, ou  son succédané la possession.
N’ayant rien d’un dominant, je ne reconnais pas le paysage escarpé de la domination. Je ne suis pas davantage un dominé en puissance, mais cela n’avait pas encore effleuré ma conscience que j’étais en réalité un adepte de l’autonomie et de l’égalité. Je me suis baladé pendant dix ans au pays de la domination et plus encore depuis mon enfance au pays de la possession, persuadé depuis toujours d’être dans celui de l’égalité, le mien en vérité, je vous le dis en toute sincérité. Je dois alors m’avouer que je suis un peu dur de la comprenure. Cette fois, je me pose la question de la relation entre domination
et possessivité ? En fait, l’un n’a pas l’air d’exister sans l’autre. Ils sont copains comme coquins. Survint une drôle de boule au ventre qui ne me lâcha plus, qui me somma de couper ces entraves si visibles et intolérables. Oui, une boule au ventre. Une matière compacte lourde et pénible irradiant des ondes angoissantes. Je me trompe de chemin. Je suis en train de rater ma vie. Je vais devenir trop vieux sans avoir connu la vraie vie. Il faut toujours s’inquiéter d’une boule au ventre. Même si elle ne cause pas, elle signifie beaucoup à condition d’arriver à la décrypter. J’ai vécu pendant dix ans en aveugle irréfléchi. Je suis condamné pour ce méfait. Je me réveillais brutalement au milieu d’une histoire qui ne pouvait être la mienne. Ce n’était pas un mauvais rêve, c’était mon histoire. Même en écarquillant les yeux puis en les refermant, je ne pouvais m’en extraire. Je m’étais fourvoyé. Un autre que moi m’avait guidé, une espèce de chic type débile et condescendant faisant la loi en moi. Mais cette fois, mon vrai moi affranchi reprenait les rênes. Cette  boule au ventre venait en messager du vrai moi. Il n’est jamais trop tard pour bien faire dit la sagesse populaire. Et comment pouvais-je savoir qu’elle était plus vraie que vrai, qu’elle était plus moi que moi ? Parce que je n’avais rien à dire. Parce qu’il n’y avait rien à dire. Elle m’obligeait à faire. Je ne pouvais m’en défaire. Je ne pouvais l’éteindre, ni l’atteindre pour lui couper la parole. Elle sourdait et j’exécutais. Il faut le prendre tel quel, telle qu’elle était en moi-même. La conscience a une étrange consistance.

Pierre Ferin, ne le laisse pas tomber, il est si fragile, Encre Rouge

couverture ne le laisse pas

www.pierreferin-ecrivain.fr

Posté par Pierre Ferin à 16:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 février 2020

270 Feel good ! (même en prison)

 

Là franchement, je suis bien embêté ! Je ne nourris pas une histoire d’amour avec le Goncourt ! Que je le lise dans la foulée du prix tout juste attribué ou beaucoup plus tard quand le roman paraît en édition de poche, le résultat est le même, je m’y ennuie, en général. Le plus souvent, je ne le lis pas. J’ai une exception (qui confirme ma règle), c’est « l’art de perdre » d’Alice Zeniter. Je trouve le titre formidable. Le sujet, les Harkis, beaucoup moins, mais je changeai d’avis en lisant le roman. Bon ! Je m’avise en vérifiant que ce n’était que le prix Goncourt des lycéens de 2017 ! Dont acte ! Tant pis ! Plus fort que les adultes les jeunes ! J’ai déjà fait une chronique sur ce roman, je n’y reviens pas. Avec le Goncourt de cette année 2020, on retombe dans le courant principal qui s’étire tranquillement sans rien bousculer ni bouleverser, en tout cas en ce qui me concerne, les autres je ne sais pas, avec une belle écriture qui finalement m’a endormi. Même pour les prisonniers (les deux protagonistes principaux purgent leur peine de prison dans la même cellule) on peut faire du feel good. Ils y ont droit comme tout le monde non ?

cellule prison

 

Et puis toute l’histoire m’a parue cousue de fils blancs. J’ai peut-être l’imagination trop féconde mais le père pasteur qui se dépasteurise, la mère à la tête d’une petite salle de cinéma art et essai dévergondée par mai 68, et le « gentil » narrateur, en prison parce qu’il a pété les plombs, séquence qu’on pressent depuis le début de son histoire comme intendant de résidence, avec sa femme pilote de vieux coucou de l’année 1947 où l’on devine ce qu’il va lui arriver à un moment ou un autre, (et je ne parle pas du chien qui fera larmoyer les plus coriaces), tout ça, pour moi, c’était couru d’avance ! À cela s’ajoute ce que l’on sait après avoir lu d’autres romans de Dubois (que j'aime bien), c’est qu’il affectionne les moteurs ! Tous les moteurs : de moto, de voiture et d’avion. Son père était garagiste à Toulouse si je ne m’abuse. Ô Toulouse évidement présente dans ce roman. Que dire de plus ! Et bien, je l’ai lu jusqu’au bout figurez-vous !  Dubois est un humaniste qui tourne rond comme ses moteurs. C’est ça le message. Et dans notre monde où les réseaux sociaux se vautrent dans la haine et la destruction, Dubois s’érige en dernier rempart.

Ô que c’est beau !

Il neige depuis une semaine. Près de la fenêtre je regarde la nuit et j’écoute le froid. Ici il fait du bruit. Un bruit particulier, déplaisant, donnant à croire que le bâtiment, pris dans un étau de glace, émet une plainte angoissante comme s’il souffrait et craquait sous l’ »ffet de la rétraction. À cette heure, la prison est endormie. Au bout d’un certain temps, quand on s’est accoutumé à son métabolisme, on peut l’entendre respirer dans le noir comme un gros animal, tousser parfois et même déglutir. La prison nous avale, nous digère et, recroquevillés dans son ventre, tapis dans les plis numérotés de ses boyaux, entre deux spasmes gastriques, nous dormons et vivons comme nous le pouvons.

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, éditions de l’Olivier.

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la meme façon

www.pierreferin-ecrivain.fr

Posté par Pierre Ferin à 16:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]