lire sa vie

08 février 2018

217 Entretemps

En attendant le secundo, aussi trach que le primo (voir rubrique précédente), je m'offre une petite pub personnelle à propos de ce fameux polar écrit sous l'inspiration de la mosquée-cathédrale de Cordoue et du retour en force de la religion. C'est de la dynamite mes chers frères, mes chères soeurs ! Les intégristes de tout poil veulent imposer leur Dieu unique et néanmoins différent pour chacun d'eux. A en perdre son latin, son arabe et même son hébreu !

La-Mosquée-Cathédrale-de-Cordoue

Carte de visite Pierre Férin recto

Carte de visite Pierre Férin verso

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20 janvier 2018

216 Déstructuration massive !

 

Pour réussir en ce bas-monde, aussi mal en point aujourd’hui qu’hier (avec ses pics et ses gouffres), il faut être soit très bon soit très pervers. Soit une tête brillante en algorithme, en financiarisation de l’économie ou en planification d’attentat comme celui du 11 septembre 2011 à NY, LA référence. C’est ce qu’aurait écrit Machiavel himself (exemples en moins of course), le maître toute catégorie en la matière. Même pas besoin de l’avoir lu pour le savoir. Pas vain non plus d’avaler ce traité de réalisme au vitriol. Une gifle salutaire pour tout humaniste béat. Cela signifie en clair que le pékin lambda c'est-à-dire moi, vous je ne sais pas, échoue en tout ou partie quand il entreprend un projet ou quand les circonstances lui permettent d’entreprendre ce qu’il entrevoyait comme désir.

publishable

 

Et moi le gros naïf, non je ne suis pas gros, et moi le gros bêta, et moi le petit con, non je ne suis pas petit, j’étais loin d’imaginer qu’une guerre, encore plus « civile », pouvait permettre de s’enrichir comme me l’a raconté un jour une connaissance au Liban très bien placée et enrichie. Une découverte et un abîme de déconvenue pour tout idéaliste pétri d’humanisme socialisant et forcément bêlant, ce que bien entendu je ne suis plus depuis ma mue en horrible type ironico-cynique ou cynico-ironique, c’est vous qui voyez. Dans la grande lutte mondiale du Bien contre le Mal, disons le clairement, le bien et le mal ne sont pas souvent là où on les attend, les guerres d’Afghanistan en sont un bel exemple. Le mal colle aux basques du bien et inversement, tant et si bien et si mal qu’on se demande à quoi servent toutes ces politiques agressives, je dirais même plus, destructrices tant en principal qu’en collatéral. Il se pourrait bien que la réponse soit simple mon bon monsieur, à se faire du fric. Comme l’a dit si bien Ibn Khaldoun, ça fait déjà un bail, les sociétés développées, enrichies et alanguies se paient des mercenaires pour faire la guerre à leur place contre les nouveaux barbares. Et perdent. Seuls des individus se bâfrent sur la bête en vomissant leur âme. Les mercenaires sont sans foi ni lois. Mais ce que ne pouvait prévoir l’inventeur arabe de la sociologie, c’est que des machines remplaceraient les mercenaires. De drôles de drones lâchent leurs missiles partout, pilotés par des mères de famille au sein du Pentagone et téléguidés par des espions achetés dans la population locale. Dans cette atmosphère délétère, la baise est à l’image de ces guerres, sauvage, cruelle, violente et sans morale. Mais y a-t-il une morale à l’Histoire ? Et puis brusquement, j’ai hâte de me procurer le tome 2, autrement dit Pukthu secundo.

À la gloire de Dieu, disent-ils, et personne ne l’ouvre. Mais Allah n’est pas dans les regards terrifiés et remplis de colère qui se posent sur Shere Khan lorsque ses yeux sont ailleurs. Allah n’est pas non plus dans les paroles de ses moudjahidines quand, entre deux escarmouches, pensées et mots affranchis, ils évoquent les vrais raisons de leur conflit. Certains disent défendre une vallée, un clan, un village, une famille, le peu qu’ils possèdent de culturee et de bêtes, des femelles, contre l’envahisseur étranger ou le pouvoir central apostat, pilleur et violeur. D’autres, plus jeunes et plus pauvres encore, aspirent à une existence meilleure et veulent gagner de quoi faire vivre leurs proches, ou plus généralement s’acheter ou s’arroger de force une gamine à engrosser et un lopin à travailler. Et quand le sang coule à flots, au cœur de la bataille, quand les corps sont percés, déchirés, mutilés, quand seules hurlent les explosions, les souffrances et les rages libérées, et qu’il ne reste plus que la peur viscérale, et la survie, et l’agonie, et l’anéantissement de la vie, Dieu s’efface à nouveau. Derrière la mère, derrière l’épouse, derrière la maison ou la terre. Dans les derniers instants, le mourant n’a que faire des prières, des sourates, des aspirations démesurées et des divins paradis, son esprit retourne chez lui et appelle celle de ses femmes dont il veut se souvenir à la fin de toutes choses.

DOA, Pukhtu, folio policier, Primo

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04 janvier 2018

215 Fractures

 

Il est comme ça. Rien ne le prédestinait à nicher dans les fractures de la société, sauf peut-être la fracture de sa famille de naissance. Mais est-ce une raison suffisante ? Les unes après les autres. Y-a-pas-za-dire, elles l’attirent. Toutes. Il leur donne le bâton pour se faire battre. On dirait que tel est son destin. Mais voilà, il y a le destin et ce qu’on en fait. Il a cru choisir la voie de la justice sociale. Il a souffert pour cela de mille manières toutes inattendues. Et cela n’a servi à rien. Aux autres c’est sûr, mais à lui ? Lui, au bout d’un moment, il a fallu qu’il comprenne. Qu’il se comprenne. Question de continuer sa vie ou de se donner la mort. Même la mort-vivant, pas forcément la mort définitive irréversible salvatrice. Ce fut dur mais il a finit par comprendre. C’était même limpide. C’était surtout surprenant. Il pouvait dès lors continuer de vivre comme vivant. Pour se trouver plus tard devant de nouvelles interrogations. Comme tout un chacun. Celles du vieillissement. Mais là, c’est tout autre chose. Ce n’est que du normal. Du général. La vie quoi. Avant, c’était de l’irréfléchi.

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J’atteins le troisième étage hors d’haleine, affligé d’une dette d’oxygène phénoménale et je m’enfonce en titubant dans un couloir obscur où se succèdent des portes fermées. J’en ouvre une au hasard et je distingue gisant dans la pénombre un bureau métallique gris, sous lequel, sans réfléchir davantage, je me glisse, non sans avoir précautionneusement refermé la porte derrière moi. La rumeur de la horde barbare lancée à notre poursuite qui monte des étages inférieurs, enfle, portes fracassées, hurlements perçus comme sauvages, horribles mots dévastateurs qui s’enfoncent en vrille dans nos cerveaux, “balançons ces rats par la fenêtre”. Je me recroqueville à l’abri de la plaque métallique grise, m’efforçant sans grand succès d’étouffer mon halètement, tremblant comme une feuille dans la brise du matin. Je me dis que je suis fait comme un rat, celui précisément qui ne va pas tarder à se faire défenestrer du troisième étage. Le bruit de la fureur et des portes qui claquent se rapproche inexorablement. Il n’y a plus d’autres solutions que d’accepter son triste sort en priant. Je vais clamser tel un couard pour une cause qui me paraît juste, sans avoir jamais pour autant mesuré toute la portée de ma solidarité. Je n’aurai même pas eu le temps de m’établir. Où se niche la justice en ce bas-monde ? Les guerriers vociférant ne sont guère qu’à quelques portes. Je m’en remets à dieu sait qui, les mains jointes comme les abbés me l’ont appris, tu vois comment à l’heure fatidique on en revient toujours à ce qu’on nous a appris quand on était petit. L’heure des comptes sonne déjà à mon cadran et comme un gros bourdon cognent les remords tandis que suinte sur mes tempes la sueur des regrets éternels et que la peur se répand tièdement dans mon pantalon. La porte s’ouvre avec fracas comme si elle s’arrachait de ses gonds. Je serre les dents, les fesses, je rentre la tête dans les épaules et je garde les mains jointes, susurrant des paroles inaudibles, humant une odeur nauséabonde de sueur mêlée à l’urine, tandis que la porte se referme en claquant et que les vitupérateurs hurlant s’éloignent à grands pas, le bruit s’atténuant petit à petit. Un miracle s’est produit par la grâce de je ne sais qui. Oui, bien sûr, je te vois hocher la tête, tu n’es pas d’accord avec moi. Ce n’est sûrement pas à cet instant que je vais me remettre à croire et promettre d’aller brûler des cierges à Lourdes dans un pèlerinage de remerciements. Je demeure cloîtré dans mon antre malodorant, les yeux clos, les mains jointes avec les extrémités des doigts qui effleurent mes lèvres comme si j’invoquais ou remerciais une quelconque divinité, le Dieu de mes ancêtres pourquoi pas ou celui des marxistes car il semblerait bien qu’il m’accordera l’opportunité de m’établir. Des crampes me torturent les jambes repliées et écrasées sous le poids de mon corps crispé. Je suis trempé de la tête aux pieds. Parfois la vie ne tient qu’à un fil, et ce fil, on ne le tient même pas entre ses mains, sauf à se dire qu’il ne faut jamais prendre de risque de quelque nature que ce soit. Mais tu vois, la vie, c’est quand même et toujours une prise de risques sans que l’on en soit nécessairement conscient. A titre d’exemple, tu vois bien que j’ai failli être anéanti par un danger mortel dont j’ignorais jusque-là l’existence même. Je ne pouvais donc en évaluer la gravité, comme une fourmi ne comprend pas le bruit de la tondeuse qui vient la faucher. Je peine à m’extraire de ma tanière tant mes jambes sont ankylosées et une fois debout, je vacille comme si j’étais ivre. Mais je suis toujours en vie, je suis encore en vie. Je glisse un œil circonspect par la porte entrebâillée, à l’affût du moindre bruit. Longuement, j’ausculte la qualité du silence revenu prendre possession des lieux. Enfin rasséréné, je me faufile à pas de loup le long du sombre couloir qui faillit être celui de la mort, jusqu’à l’escalier. Je suis d’accord avec toi, j’en fais un peu trop. Et puis non, tu sais, je crois sincèrement qu’ils étaient capables de n’importe quoi. Là, j’aperçois une silhouette devant moi au milieu de l’escalier en laquelle je reconnais la démarche hésitante de Flaco. Je le hèle dans un souffle. Il me raconte qu’il s’est planqué dans un réduit de rangement de seaux et de balais caché derrière un rideau de serpillères en train de sécher sur un fil. Ils n’ont vu que le fil, ces scélérats. De toute façon, ils estiment avoir atteint leur but principal en ayant envoyé cet infortuné Élie à l’hôpital. Nous nous regardons longuement Flaco et moi, nous l’avons échappé belle.

Pierre Ferin, Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l’avoir jamais demandé, Edilivre.

À commander sur le site www.edilivre.com/doc/871791

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28 décembre 2017

214 Grosse déprime !

 

Je voulais passer les fêtes de fin d’année en compagnie de polars haletants. Voulais me laver le cerveau par les actions trépidantes et dans le sang. Ça peut paraître étrange mais ça marche comme ça avec moi. Mais là, me demande si mon petit doigt ne se l’est pas foutu dans l’œil. Jusqu’ou vous voulez. Me suis retrouvé avec un bouquin qui m’immisce une déprime plus que sournoise.

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Même s’il n’est pas dépourvu d’humour, d’ironie plutôt, il faut avoir un mental au beau fixe pour ne pas succomber à la déprime, comme une tentation. C’est pourtant un vrai polar avec des cadavres en série, mais des cadavres bizarres issus d’une malédiction, et dont on ne perçoit même pas les bouts de chairs ensanglantées collés aux murs des appartements où ils se sont fait trucider. Et puis comprendre brusquement vers la fin qu’il reste encore des choses à vivre et pour lesquelles on continue de vivre, pour ma part, j’ai arrêté mentalement le livre à cet endroit là même si je l’ai quand même terminé. Après, on fonce dans le cynisme dont se repaissent les vrais éditeurs contemporains. Si t’es pas cynique coco, t’es pas publié.

On a vécu six ans ensemble, elle m'a apporté beaucoup de bonheur au début, puis énormément de monotonie par la suite. Ce que je trouvais singulier chez elle les premiers mois l'a rendue insupportable les années suivantes. Je me suis donc peu à peu réfugié dans le travail, avant d'en revenir déçu, frustré, aigri jusqu'à la dépression. Avec ça un ras-le-bol de mes amis factices, pleins d'orgueil, de ceux qu'on continue de voir par habitude plus que par réel amour ou passion, et le calice était englouti jusqu'à la lie. J'étais ivre de désillusions, empoisonné par l'amertume. J'ai vu bien des gens de ma génération s'embourber dans les mêmes vicissitudes de l'âge sans s'en sortir autrement qu'en faisant des gamins pour (re/dé)porter les problèmes. Moi j'ai opté pour une soluiton plus radicale. Je me suis enfui de moi-même en quelque sorte. Je me suis offert une toute nouvelle maturité, tout en lucidité.

Maxime Chattam, Le coma des mortels, Pocket

 

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22 décembre 2017

213 Ma petite librairie

Petit récapitilatif de mes derniers romans que vous pouvez vous procurer sur le site Edilivre.com (pour les deux premiers) et sur Publibook (pour le troisième). Vous pouvez y lire des extraits également. Trois livres très différents les uns des autres. Le premier est une sorte de recherche biographique romancée, le deuxième un recueil de nouvelles (imaginaires ou réelles) et le troisième est un polar à la fois historique et contemporain.

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tout en part tout y revient

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20 décembre 2017

212 Cicatrices

 

Ça commence en Islande. Sacré pays. Avec des volcans qui peuvent empêcher les avions européens de voler. Un pays glacial avec des geysers brûlants.

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Mais pour moi, le voyage dans l’étrange commence avec les noms propres. Impossible à lire et à prononcer. Je ne peux même pas les transcrire car je n’ai pas le clavier adéquat. Il y a des lettres bizarres à mes yeux latins, même habitués au grec, transpercées de traits ou surmontées d’accents inédits. Ce n’est pas un alphabet complètement différent comme l’arabe ou l’hébreu, ou un système à la japonaise ou chinoise, c’est quand même l’alphabet latin avec des extensions particulières. Tout cela est bien sûr fascinant mais n’a rien de commun avec ce roman, d’ailleurs j’arrête car je m’égare. Et puis quelle importance. J’ai déjà perdu le nom du narrateur. Je l’appellerai donc « je ». « Je » a la cinquantaine. « Je » a l’intention de se suicider en raison de la vacuité de sa vie. Il ne veut pas le faire au pays. Il part donc en voyage sur terre avant de s’envoyer dans les airs. Il a même emprunté le fusil de son voisin mais ne l’a pas emporté dans ses bagages. Il choisit un pays où la guerre a fait rage et vient de finir. Tout est détruit, il y a des mines partout. « Je » se met à réparer en même temps qu’il se répare lui-même. C’est une métamorphose. Ör, le titre, signifie cicatrices. C’est le roman d’une écrivaine.

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Le plus court chemin pour rejoindre la maison de retraite passe par le cimetière. Je me suis toujours dit que le cinquième mois de l’année serait le dernier mois de ma vie et que le chiffre cinq figurerait même plus d’une fois dans la date ultime, sinon le 05/05, alors le 15/05, ou encore le 25/05. Ce sera le mois de mon anniversaire. Les canards, qui auront fini de s’accoupler, ne seront pas seuls sur l’étang, il y aura aussi des huîtriers pie et des bécasseaux violets. On entendra des chants d’oiseaux et le monde sera printanier et sans nuit lorsque je cesserai d’exister. Est-ce que je manquerai au monde ? Non. Sera-t-il pire sans moi ? Non plus. Continuera-t-il de tourner sans moi ? Oui. Est-il meilleur maintenant que lorsque j’y ai fait mon entrée ? Non. Qu’ai-je fait pour améliorer le monde ? Rien.

Audur Ava Olafsdottir (sans les traits et les accents), Ör, Zulma, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson (sans l’accent)

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05 décembre 2017

211 Western

 

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai toujours été du côté des Indiens d’Amérique. Une position instinctive, sans rien y connaître. Or, la plupart des westerns que je voyais, montraient la supériorité écrasante des cow-boys et des blancs, de la civilisation sur la barbarie. En nombre de colons, c’était la plus stricte réalité. Et je me trimballais une tendance irrépressible qui me poussait du côté du plus faible, du battu, de la victime, donc des Indiens, qui étaient présentés comme des sauvages. Cette présentation me révoltait. Je prenais la notion de sauvage dans un sens péjoratif.

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Il a fallu le génial Little Big Man (Arthur Penn – 1970) pour que je commence à comprendre un peu la mentalité de ces « sauvages », avec Faye Dunaway et Dustin Hoffman dont l’incroyable destin dans le film n’arrête pas de les projeter successivement du camp des Blancs à celui des Indiens et inversement, et toujours dans des circonstances rocambolesques. Le choc des civilisations ne laissait aucune chance aux indigènes amérindiens écrasés par la modernité conquérante et submergeante. Il ne leur restait qu’à se contenter de vivre, selon leur vision du monde, une fois la paix signée, parqués dans des réserves. Le livre qui vient – basé sur des faits réels - traite justement les Apaches de sauvages barbares en révolte contre la domination blanche, échappés de leur réserve pour guerroyer à feu et à sang, dans un paysage somptueux, terrifiant pour les blancs incapables d’y survivre (à de rares exceptions près), alors que les Indiens y vaquent comme des poissons dans l’eau si j’ose la métaphore. Il n’y avait pas plus de 6.000 Apaches seulement nous dit l’auteur qui ajoute aussitôt que s’ils avaient été 200.000, jamais les Blancs n’auraient réussi à pénétrer dans leur territoire. J’ai lu ce roman, l’aventure d’un éclaireur travaillant pour l’armée des Blancs et le gouvernement, d’un bout à l’autre sans jamais pratiquement le lâcher.

Les Apaches aussi ont un code. Le voici : le plus fort, c’est celui qui tue le plus de monde. Après lui vient le plus grand voleur. Et en troisième – mais c’est aussi une force -, le plus grand menteur. Vous me suivez ? Comment voulez-vous qu’un homme comme Busby puisse traiter avec des gens pareils ? Son indulgence, ils en rient. Ils la voient comme une faiblesse. Ils ne comprennent qu’une seul chose, la force.

W.R. Burnett, Terreur apache, Babel, traduit par Fabienne Duvigneau (postface par Bertrand Tavernier)

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29 novembre 2017

210 Pourquoi l'écriture ?

 

Voilà un livre qui m’a passionné. Je sens une proximité aussi épatante qu’étrange avec celui qui l’a écrit. Étrange parce que trop de choses nous séparent bien sûr. Par exemple, il est né à New-York, dix ans après ma date de naissance certifiée conforme par un document en attestant la vérité absolue. C’est peut-être la ville de New-York elle-même, qui m’a tant chamboulé en la découvrant à vingt ans, qui crée ce lien. Il n’est pourtant pas trop question de cette ville dans ce livre sauf quand l’auteur parle de sa prime jeunesse puisqu’il s’est sauvé très tôt vers d’autres cieux. Il a fui une famille impossible. Encore un point de ressemblance. Mais pourquoi chercher ces points de ressemblance avec un écrivain reconnu et tête de gondole ? C’est simple, enfin je crois, c’est comme avoir un ami et le rencontrer chaque fois que l’on ouvre son livre. C’est tellement agréable même quand ce qu’on apprend est d’une tristesse affligeante, les misères et les drames de la vie. Les divorces, autre exemple, moi tout pareil. Vous aussi ? Un écrivain riche de ses ventes (par millions) qui a les mêmes malheurs que vous et moi et qui ne sait pas plus que vous ou moi à quel saint se vouer, ni à quel sein. Un véritable globe-trotter cet auteur qui, avec le succès de plus en plus affirmé de ses romans, a pu s’acheter des appartements dans toutes les villes européennes qu’il fréquente et aime : Londres, Paris, Berlin, en plus de sa maison dans le Maine aux USA près de l’océan. Autre exemple qui nous sépare, j’hésite là encore : Le plus grand mystère de l’existence, c’est soi-même. On croit se connaître, mais non, jamais, jamais pour de bon. Dans mon roman « vous saurez tout sur Marc Dubois, sans l’avoir jamais demandé » (qui ne m’a pas encore permis d’acheter ma maison), j’ai cru découvrir tous les ressorts de ma jeunesse. Mais au fond Douglas (mon ami) a raison, il y a toujours une part irréductible à la lumière. C’est étrange ! Je comprends mieux pourquoi j’ai tant aimé plusieurs de ses romans. Jusqu’à son attirance pour la musique sacrée avec chœur (Bach, Mozart…) que je partage sans réserve (rien ne m’élève plus que la voix humaine) le choral se déployait jusqu’à des sommets de béatitude. C’était comme si le monde extérieur avait cessé d’exister, lui et son cortège de futilités qui monopolisent trop souvent nos pensées et nous empêchent d’embrasser l’émerveillement de vivre, ou encore Léonard Bernstein, et aussi la fugue de l’enfermement de sa famille dès l’enfance vers les livres, moi tout pareil.

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Ce qui est passionnant dans son livre, c’est que ce romancier à succès, qui vend des millions de romans sur tous les continents, dont on peut envier la réussite, parle de ses moments difficiles, voire très difficiles, comme avec son fils autiste, en essayant d’en tirer des leçons pour lui-même. Et parfois il les relie à ses romans. Il raconte aussi des évènements qui sont arrivés à des amis pour les relier à la vie, à toutes ces grandes questions sans réponse. Le titre de son livre. Il fait appel à Philip Roth pour dire que la biologie a trouvé le moyen de la mort pour nous aider à évoluer.

La mort, toujours déterminée à nous rappeler notre irrévocable fragilité, et son suprême désintérêt pour les nuances et particularités de nos existences.

Tu peux prétendre être le fils de pute le plus positif qui soit, tu es quand même tenté par la tragédie. Et c’est pas qu’elle te tombe dessus ; la plupart des fois, c’est toi qui la cherche.

L’on en revient au fameux morceau de glace dans le cœur de tout écrivain dont parle Graham Greene,(mon écrivain de jeunesse préféré) cette froideur qui vous permet de prendre du recul vis-à-vis des horreurs de l’existence et de tout considérer comme un matériau littéraire potentiel.

Nous sommes les principaux artisans des impasses dans lesquelles nous aboutissons. Nous ne sommes jamais responsables du bonheur d’autrui.

Mais pour moi, la plus grande force de ce récit réside dans sa fin sublime sur la notion du pardon. Et là, je le rejoins complètement : dans les Noces de Figaro, la scène finale, en choisissant la mansuétude, la comtesse ne répare pas le tort qui lui a été fait, la blessure qui lui a été infligée ne disparaît pas, mais le génie dramaturgique de Da Ponte, ainsi que les sublimes accents de la composition de Mozart, est de nous faire comprendre que son besoin de pardonner répond aussi au désir de trouver la paix en elle-même.

Douglas Kennedy, Toutes ces grandes questions sans réponses, Pocket, traduit par Bernard Cohen

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20 novembre 2017

209 Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé !

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Je vous présente mon dernier roman qui vient de sortir chez Edilivre !

Il s'agit d'un roman basé sur des faits réels (vécus par l'auteur) entre l'année 1960 et aujourd'hui. Parmi ces évènements importants, citons la guerre des 6 jours, Mai 68, et des mouvements tels que la révolution prolétarienne, le maoïsme et, plus près de nous le salafisme. Le roman se présente comme une enquête sur un personnage, Marc Dubois, à travers plusieurs questionnements aussi divers que : qu'est-ce que l'amour ?, qu'est-ce que la vérité ?, comment surgit la radicalisation politique, religieuse, comportementale ?, comment lutter contre les inégalités ?

Vous pouvez facilement le commander auprès du site Edilivre.com

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05 novembre 2017

208 Délire égotiste !

 

Pourquoi je suis un écrivain ? En voilà une excellente question. Je me remercie de me l’avoir posée. Enfin peut-être car il me faut maintenant y répondre. Non, ce n’est pas du délire égotiste. Je suis affirmatif. Et je voudrais le prouver en dévoilant ici-même les raisons valables qui font de moi un écrivain. Je ne compte pas dans ces raisons le fait indéniable que j’ai publié trois livres dont j’essaie actuellement de faire la promotion. Envisageons donc la première de ces raisons. Depuis mon adolescence, je me promène seul dehors la nuit. Il y a une trentaine d’années, et ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres, j’ai hanté les rues de Dijon plusieurs nuits de suite sans rencontrer âme qui y déambule comme moi. Et pourquoi j’y déambulais en pleine nuit ? Parce que je n’arrivais pas à dormir dans ma chambre d’hôtel et qu’une pulsion irrésistible m’en faisait sortir. Et pourquoi je n’arrivais pas à dormir ? Toutes les questions sont bonnes. Comme Charles Dickens sans doute, je souffrais de terribles insomnies qui le jetaient lui aussi la nuit dans les rues de Londres. Comme si j’étais chassé de chez moi, dépersonnalisé, sans logement (houselessness), obligé à marcher compulsivement, sans fin, dans la nuit et sous la pluie crépitante. Il ne pleuvait pas sur Dijon ces nuits-là. Je n’aime pas la pluie. Ceci donc me semble déjà une excellente preuve de mon état d’écrivain. La première.

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(Charles Dickens)

Pourquoi je suis un écrivain ? Je poursuis. Parce qu’un roman peut déclencher en moi une réaction profonde, irrésistible, qui peut changer ma vie, en cela, l’art de lire ne diffère guère de l’art d’écrire. Nous tombons amoureux de certaines œuvres d’art comme nous tombons amoureux de certaines personnes, sans raisons très claires. Et de deux ! Deux raisons valent mieux qu’une. C’est l’évidence. Mais il y a aussi jamais deux sans trois. Ainsi, dans la famille James (Henry James), un échec intéressant avait plus de valeur qu’un succès trop évident. Même si je ne vois pas très bien ce qu’est un échec intéressant, je suis pour, en tout cas bien plus pour que pour un succès évident, cela, on voit très bien ce que c’est, et je me dis tout de suite que, quand cela arrive, forcément à un autre que moi, c’est surfait et cela me fait passer l’envie de le lire. Quant à moi, au regard du nombre de livres que je vends, je suis dans l’échec, mais forcément un échec intéressant. Et de trois raisons, même si je ne sais toujours pas ce que cela veut dire précisément.

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(Henry James)

Mais ce n’est pas fini mes ami.e.s…je crois que si je prends l’habitude d’écrire quelques mots sur ce qui se passe, ou plutôt sur ce qui ne se passe pas, je perdrai peut-être un peu ce sentiment de solitude et d’isolement qui m’habite…a écrit Virginia Woolf, exprimant par là-même exactement ce que je ressens. Étonnant, non ?

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(Virginia Woolf)

J’en suis déjà à quatre raisons et n’en reviens pas, car soudain, tout me devient clair, petit bout de phrase tirée d’un récit de Tchekhov, affichée par Raymond Carver sur le mur à côté de sa machine à écrire (c’est lui-même qui l’écrit).

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(Raymond Carver)

Alors vient ce coup de grâce infligé par Ernest Heminghay dans une interview : à partir de ce qui est arrivé, de tout ce que vous savez et de tout ce que vous ne pouvez pas savoir, vous inventez quelque chose qui n’est pas une représentation mais quelque chose d’entièrement nouveau, plus vrai que tout ce qui est vrai et vivant, et vous lui donnez vie, et si vous le faites bien, vous lui donnez l’immortalité. C’est pour cette raison que l’on écrit, et pour aucune autre…ce qui pose immédiatement la question de savoir si je le fais bien.

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(Ernest Hemingway)

Et en guise de conclusion sinon de justification, Ibsen parle du « mensonge vital », l’illusion nécessaire qui rend la vie possible, nous donne de l’espoir (même si c’est un espoir déraisonnable).

Pour toutes ces raisons précitées, je peux croire que je suis un écrivain. Et je veux surtout croire que ce n’est pas une illusion. Ce qui était à démontrer. A vous de juger.

Pour avoir une opinion sur soi digne de confiance, il faut connaître le sujet, et peut-être est-ce impossible. Nous savons ce que nous éprouvons sur nous-mêmes, mais seulement d’heure en heure ; nos humeurs changent, comme l’intensité de la lumière à l’extérieur de nos fenêtres. Et éprouver n’est pas savoir ; les émotions fortes bloquent le savoir. Il me semble n’avoir quasiment pas d’opinion sur moi-même. Je publie lorsqu’il me semble que je suis arrivée à ce que je pouvais faire de mieux, et il m’est impossible de porter d’autres jugements que celui-là.  

Joyce Carol Oates, La foi d’un écrivain, Philippe Rey, traduit de l’anglais (USA) par Claude Seban.

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