lire sa vie

14 février 2019

243 Ignorance !

 Je n’avais jusque-là jamais rencontré un Juif, en tout cas de manière consciente. Je ne parle pas de ceux du sanhédrin que je fréquentais à la messe chaque matin. C’est dire dans quel pétrin, mon ignorant enseignement dans ce domaine me propulsait. Je le découvris par petites doses. Pendant les cours d’art dramatique, entre deux déclamations, descendues de scène, elles se moquaient de mon Jésus, me faisant malicieusement remarquer que lui aussi était Juif. Une vérité tellement criante que je n’y avais pas prété attention. Ce fait n’avait aucune importance dans mon univers. C’était même habilement occulté. Jésus était donc Juif jusqu’au bout des ongles et engraissé à la Torah. Esther Grindberg me le déclamait de son sourire désarmant de soubrette, le même dont elle usait dans la scène où je lui donnais la réplique en valet balourd. J’encaissais sans comprendre le sens profond de cette scène, sans aucun rapport avec la pièce que nous répétions. Jésus était même circoncis, appris-je un soir, en quittant le cours, au moment de nous dire au revoir. Mon ignorance me fit honte. Je revois son sourire ingénu face à mon visage interrogatif. Circoncis ? Nous avions dix-sept ans. Et le trouble s’empara autant de mon esprit que de mon corps. J’avais toute la vie pour découvrir des abymes d’émois et ce que circoncire voulait dire. Nous nous aimâmes Esther et moi. J’allai souvent chez ses parents. J’y découvris une ambiance à mes yeux exotique qui m’enthousiasma. Ce nouveau monde m’éblouit. Il était tout ce que je n’étais pas. L’altérité était multipliée par deux, la femme et la judéité, deux en un. C’est alors qu’une explosion atomique assombrit mon ciel et me dévasta. Rien ne m’y avait préparé. L’ampleur du bruit de l’explosion couvrit le silence assourdissant que le milieu d’où je venais entretenait à mauvais escient. Le mauvais coup survint d’une banale question. Je demandai un jour à Esther pourquoi sa tante avait un numéro tatoué sur le bras. Elle me regarda droit dans les yeux, stupéfaite. Je compris instantanément que j’avais mis le doigt dans une béance sans fond. C’était un soir d’hiver 1962, devant le bâtiment qui abritait la salle de théâtre où nous répétions. C’est ainsi que je me « heurtai » de plein fouet à la « solution finale ». Ce fut comme un viol manifeste de mon ingénuité. Jamais je n’aurais imaginé un seul instant que le monde magique dans lequel je venais de me réveiller, recelait une ignominie aussi…je ne trouvai aucun mot pour la qualifier. Il n’y en avait pas encore de cette dimension et il était quasi impensable d’en inventer. Je n’avais plus qu’une seule envie : quitter ce monde, ou bien le transformer. Pour ne pas avoir à le quitter, je me résolus à tenter de le transformer. De l’apprendre de la bouche même d’Esther fut sans doute le plus douloureux. Ce n’était pas normal. Quelque chose ne tournait pas rond dans mon univers. Il sentait soudain le pourri, et c’est peu dire. Ce fut, je crois, la deuxième fracture irréparable dans mon existence. Je ne pouvais plus croire à la société qui m’était promise. Celle dans laquelle j’étais appelé à m’insérer. Cela devenait tout d’un coup mission impossible. L’enseignement que j’avais reçu reposait donc sur un soi-disant humanisme chrétien (européen) et je ne comprenais plus rien. Tout ceci allait bien au-delà de tout ce qu’on m’avait raconté. Les histoires d’amour (christique) et de péché (catholique), même originel, n’avaient plus aucune importance. Je découvrais cette monstruosité que les ecclésiastiques occultaient, et sur laquelle, je ne pouvais même pas poser de dénomination.

Pierre Ferin, Vous saurez tout sur Marc Dubois sans jamais l'avoir demandé

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21 janvier 2019

242 Coup de foudre !

 Je divise le monde en deux groupes de personnes : celles-ceux qui ont succombé un jour ou une nuit à un coup de foudre et les autres. Je suppose que la catégorie des autres est bien plus nombreuse. Je ne fais que supposer, je n’en sais rien au fond. Je poursuis en prétendant que la catégorie de celles-ceux qui ont connu le coup de foudre et y ont succombé se divise également en deux : celles-ceux qui vivent leur vie avec leur « coup de foudre » et celles-ceux qui l’ont laissé s’échapper. Je pense que la partie des gens qui ont laissé filer le coup de foudre est plus importante. Ce n’est qu’une supposition.

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Pour cette dernière catégorie, d’avoir laissé s’échapper la femme ou l’homme de sa vie est un drame qu’elles-ils traîneront jusqu’à la mort, se demandant pourquoi elles-ils n’ont pas saisi cette chance inouïe et gratuite que leur présentait la vie, sans jamais trouver de réponse satisfaisante et apaisante. Je pense qu’il n’y en a pas, elles-ils regretteront toujours. Pour être exhaustif si c’est possible, il faudrait aussi interroger celles-ceux qui sont restés toute leur vie avec leur coup de foudre pour savoir si ce choix s’est trouvé conforté par le temps qui passe ou non tout au cours de leur relation et concomitamment savoir quelle est la part de celles-ceux qui se sont séparés de leur coup de foudre des années plus tard. Tout ceci m’amène au roman qui vient. L’auteure centre son suspens sur un coup de foudre vieux de trente ans qui réapparaît soudainement dans la vie des deux anciens amants. L’idée est vraiment formidable. L'auteure en profite pour dérouler et déballer toute une vie de famille normale ou funeste, ça dépend des jours et des humeurs, vie qui se voit bouleversée par ce coup de foudre réapparu miraculeusement et aussitôt revécu. C’est de la pure fiction mais comme si elle était vécue et je n’ai pas manqué m’y projeter corps et âme. Non !, même si vous insistez, je ne vous dévoilerai pas à quel personnage je me suis le plus identifié !

et elle, ici et maintenant, frémissante d’émotion, passe la main sur ces lèvres qui ont été embrassées, sur ce visage qui a été caressé, se rassied à la même place, pose les pieds sur l’autre siège et ferme les yeux. Le visage de l’adolescent qu’il était se fait de plus en plus proche, bouche entrouverte, cils drus ombrageant les yeux, joues rosies par le soleil comme des joues de bébé, si elle rouvrait les yeux, elle verrait la cime du mûrier au-dessus d’eux. Ils étaient descendus dans le vallon, derrière l’immeuble d’Ethan, jusqu’à la source protégée par l’arbre, c’était la plus belle journée de l’année, la plus dorée, celle qui se glisse dans l’étroite fente d’après la froidure et d’avant la chaleur. La floraison de la fin de l’hiver était à son apogée, l’air gorgé de miel, peut-être que cela fut le seul jour où ils s’étaient vraiment autorisés à se comporter en amoureux, sans rien chercher d’autre, et ce fut aussi, Iris doit se l’avouer, le jour le plus heureux de sa vie (…) le contact du sol chaud et rocailleux sous son dos, le bel adolescent qui lui caressait les seins au bout desquels se dressaient des mamelons tout roses, elle qui s’accrochait à lui dans cet antique paysage en terrasses, forte de la certitude que rien, jamais, ne les séparerait.

Zeruya Shalev, Douleur, Gallimard (folio), traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

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06 janvier 2019

241 La librairie

 

 Librairie, j’écris ton nom !

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(librairie les vraies richesses)

On peut sauver le monde avec des livres dit Kamel Daoud dans une interview car en défendant la lecture, on défend le droit d’avoir des avis différents, on défend le vivre ensemble et la tolérance. On comprend en lisant que le monde est plus vaste que ses propres certitudes. Libraire, je découvre ton nom ! Édouard Charlot, libraire et premier éditeur à Alger d’Albert Camus, l’écrivain qui a hanté mes premières lectures de jeune homme, que ce soit ses romans, l’Étranger (auquel je me suis toujours identifié), la Peste ou ses essais « le mythe de Sisyphe » (décisif), « l’homme révolté » (d’actualité) etc., et cela m’a touché de découvrir tout au long du roman qui vient son premier éditeur algérois. Edmond Charlot, en plus d’éditer des revues et des romanciers, a tenu une minuscule librairie à Alger, baptisée « les vraies richesses », dénomination tirée d’un livre de Jean Giono, un autre auteur que j’ai dévoré dans ma jeunesse. Il a publié aussi Henri Bosco cher à mon cœur d’adolescent. Et tout se mêle d’un seul coup, la colonisation, la guerre de 1939-45, la guerre d’indépendance, au travers du regard d’un jeune écrivain algérien (vivant en France).

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Mais la France a besoin des indigènes dans ses troupes. « La Mère Patrie n’oubliera pas au jour de la victoire ce qu’elle doit à ses enfants de l’Afrique du Nord. » Nous sommes des cireurs de chaussures, de petits commerçants, des vendeurs de légumes que nous cultivons sur de minuscules lopins de terre, des gardiens de chèvres et de moutons. Nous ne sommes pas encore des adultes. Nous n’avons jamais été vraiment des enfants. Nous détestons l’Europe dont les usines engloutissent nos pères que nous voyons revenir brisés par les privations et la fatigue. Nous nous enrôlons dans l’armée. On nous donne des uniformes et on nous assène de grands discours. Nous devenons un peu français mais pas vraiment. Nous sommes surtout des tirailleurs, de la chair à canon. On nous impose de combattre pour une nation dont nous ne faisons pas vraiment partie. On ne cesse de nous répéter les mots patrie courage honneur…mais en vérité, sur le front, nous pensons surtout à la faim, au froid, à notre incompréhension face à cette guerre, aux morts sur lesquels nous récitons quelques versets du Coran avant de les recouvrir d’un linceul de fortune. Nous gravons dans notre mémoire la date du décès, le lieu et jusqu’au paysage pour être capables de tout raconter à la veuve, la mère, ou l’enfant.

Kaouther Adimi, Nos richesses, Seuil

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26 décembre 2018

240 Etre Arabe (ou ne pas l'être) ?

 

Il y a deux raisons irrémédiables qui ont fait que je n’ai pas été « appelé » pour la guerre d’Algérie au sein de l’armée française, la première étant que j’étais juste un poil trop jeune à l’époque, la deuxième résidant dans le fait indéniable que je n’étais pas encore naturalisé Français ; grands biens me fassent. J’ignore comment j’aurais réagi dans le cas contraire, mais me connaissant, je pense que j’aurais trouvé moyen de n’y point aller.

 

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(Emir Abd El Kader)

Beaucoup d’eau depuis et de pluies ont coulé sous les ponts de Paris et d’ailleurs, sauf en Algérie, et il s’est passé dans ma vie par mon fait et par le fait d’autres membres de ma famille qu’une branche familiale s’est incontestablement arabisée (et aussi kabylisée, c’est selon). Voyez-vous ça, la belle affaire ! Je me suis donc intéressé depuis belle lurette à ces guerres, à commencer par celle de conquête de ce pays (1830-1840 et plus) à travers la sublime « lettre aux Français » de l’Émir Abd El Kader (écrite en 1858 – Phébus / Libretto) jusqu’à celle pour l’indépendance en lisant le formidable roman « Ce que le jour doit à la nuit » (quel titre magnifique !) de Yasmina Khadra alias Mohamed Moulesehoul édité en 2008 chez Julliard.

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(Yasmina Khadra)

Mais on peut dire qu’il manquait une case à ma connaissance (mais restons humbles d’autres m’ont certainement échappé), qui concerne ceux et celles que l’Histoire a surnommé « les Harkis » (aspirez le h). Et bien, c’est chose faite mon général de par le magistral roman pourvu de ce titre si juste « l’art de perdre ». Je ne suis pas un grand fan des prix Goncourt, mais celui-là, pardon, je l’ai dévoré, aussi bien pour son style que par la manière dont il est construit et, cerise sur le gâteau, la finesse de ses analyses, la noblesse de ses sentiments, sur, il ne faudrait pas l’oublier, un sujet aussi épineux et casse gueule pour revenir sur terre et dire les choses telles qu’elles sont.

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(Alice Zeniter)

Il se pourrait – elle n’en est pas sûre, elle ne veut pas l’être – que Lalla ait dit vrai et qu’elle participe depuis des années à une fumisterie qui la dépasse et vise à créer un stéréotype du « bon Arabe » (sérieux, travailleur et couronné de succès, athée, dépourvu de tout accent, européanisé, moderne, en un mot : rassurant, en d’autres mots : le moins arabe possible) que l’on puisse opposer aux autres (qu’elle oppose elle-même aux autres). Mais si elle s’est engagée elle-même dans cette voie, c’était pour éviter ce que son père lui présentait comme le chemin le plus sûr vers la catastrophe : ressembler au « mauvais Arabe » (paresseux, fourbe voire violent, parlant un français aiguisé de « i », religieux, archaïque, et d’un exotisme confinant à la barbarie, en un mot : effrayant) Et elle enrage de se sentir ainsi coincée entre deux stéréotypes, l’un qui trahirait, comme le pense Lalla, la cause des immigrés pauvres et moins chanceux qu’elle, l’autre qui l’exclurait de la société française. Par moments – comme là, comme maintenant – elle trouve profondément injuste de ne pas pouvoir être simplement Naïma et de devoir se penser comme un point sur une représentation graphique de l’intégration, au bas de laquelle figurerait le repoussoir du mauvais Arabe et en haut le modèle du bon. 

Alice Zeniter, L'Art de perdre, Flammarion

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06 décembre 2018

239 Ça me désole !

Ça me désole mais quelques mois avant l’élection d'Emmanuel Macron, j’ai décrit à ma manière ce qui se passe aujourd’hui, les révoltes et les exactions extrémistes, dans mon livre « vous saurez tout sur Marc Dubois… " et Marc Dubois prédit même l’avènement de l’extrême droite au pouvoir. Je m’en sortais par une pirouette en disant que Marc Dubois s’était souvent trompé dans sa vie.

Et bien nous y voilà ! Je suis bien conscient que le Président Macron a laissé se rompre la corde qui relie les premiers de cordée aux derniers, et j’ignore, mais je l’espère, s’il parviendra à rattraper cette corde, mais la tâche s’annonce redoutable pour lui et pour le pays. Il va falloir qu’il change beaucoup. Mais ce qui me désole encore plus, si c’était possible, ce sont les « intellectuels de gauche » qui encensent cette révolte populaire, spontanée et violente sous prétexte que « s’y tissent des sympathies, des affections neuves, un sentiment d’être ensemble… » comme si n’importe quelle lutte ne procurait pas les mêmes sensations à celles et ceux qui les mènent. Ce n’est pas suffisant pour dire l’essence (sans jeu de mot) même de la lutte, son sens, et la direction qu’elle prend, et c’est criminel d’en minimiser ou justifier les exactions et autres extrêmes violences. Ce qui me désole, c’est le comportement dangereux des femmes et hommes politiques de gauche qui ne dénoncent pas la violence ou seulement du bout des lèvres en lui opposant la violence de la classe au pouvoir.

Pour ma part, ce que je défends, c’est la démocratie et l’État de droit (même si je sais bien qu’ils sont liés au capitalisme inégalitaire), le moins mauvais des systèmes à l’échelle de la planète, face à la montée des totalitarismes sous quelque bannière qu’ils se présentent.

J’espère que nous sommes nombreuses et nombreux.

Ce jour-là, à peine étions-nous assis côte à côte face à la fenêtre sur des chaises surélevées, qu’il m’annonça avec solennité que sa mort était proche et qu’il espérait mourir dans son sommeil par « les mains de la mélancolie qui l’achèvent », selon la magnifique expression de Sancho à Alonso Quijano (Don Quichotte), m’a-t-il précisé.  Et pourquoi es-tu si pressé de mourir ?, lui ai-je demandé, t’as l’air en pleine forme physique ! Je ne dirais pas la même chose de ton mental depuis que tu es obsédé par la possible victoire de la Blonde Carnassière à la Présidentielle de 2017 ! C’est sûr, ça te perturbe. Il me répondit en posant sa main sur mon avant-bras et en contractant toutes les rides de son visage, « vois-tu Joël, tel que tu me connais, tu sais que je suis sorti de la religion très jeune alors que j’y étais en immersion totale, que j’ai été viscéralement attaché tout au long de ma vie à la construction européenne, que je suis pour une société métissée jusqu’à m’y impliquer moi-même dans ma propre famille, mais voilà que ce monde s’écroule, les temps changent, du tout au tout et les idéologies avec, tout est bouleversé, c’est la fin d’un monde, et bien, je n’ai aucune envie de vivre cette élection de 2017 et les temps sombres qui s’annoncent. 

Et en effet, qui aurait pensé qu’un retour des religions serait aussi fort en France qu’une vague de marée montante ? À un point tel que Brel, Brassens et Ferré appartiennent désormais à un lointain passé révolu. Ils sont mis au rencard. Les paroles de leurs chansons ont pris un sacré coup de vieux. L’heure est à la fermeture des frontières, à la montée des nationalismes agressifs (un nationalisme est toujours agressif mon vieux, m’aurait-il retoqué), à la déstabilisation de l’Europe et à l’émergence d’une France que je trouve mesquine où la discrimination s’imposerait comme la règle absolue. Après avoir un temps observé par la fenêtre la Garonne et le pont Saint Pierre qui l’enjambe, je lui demandai s’il n’avait pas le sentiment d’exagérer, mais il persévéra au contraire : « tu n’as pas compris, mon vieux Joël, la Blonde Carnassière et son parti que j’honnis vont prendre le pouvoir, c’est sûr, et de deux choses l’une, soit leur soi-disant dédiabolisation, c’est du pipeau, et ils vont appliquer à la baguette leur programme pernicieux, soit, peut-être le pire, s’ils ne vont pas assez vite, s’ils se satisfont de leurs postes de pouvoir puisque telle est leur véritable ambition, leur base nationaliste, identitaire, raciste, anti-culture, anti-européenne, etc. va les balayer en imposant par la force leurs convictions, soit encore les deux en même temps et c’est la guerre civile assurée, mon vieux ». Devant ma moue dubitative, il concluait en me disant, « je ne veux vivre ça en aucun cas ». 

Pierre Ferin, Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé !

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04 décembre 2018

238 La femme sacrifiée !

J’adore la Corse depuis que je l’ai découverte enfant, en touriste, avec mes parents. Je parle de l’île, de sa beauté époustouflante, de ses criques naturelles, de ses plages de sable blond, de ses vieux villages perchés et de la montagne sauvage intérieure.

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On peut envier les Corses de vivre dans cet environnement idyllique. On peut leur savoir gré d’avoir su peu ou prou le conserver. Et pourtant l’histoire de la Corse est émaillée de violence et la mentalité de ses habitants.es tend davantage vers la tragédie et le malheur que la sérénité, mais ce n’est peut-être qu’une fausse impression, due à une minorité agissante. Entre le machisme tenace et l’aspiration viriliste à l’indépendance (rappelez-vous les conférences de presse surréalistes des encagoulés armés en plein maquis) un certain nombre de jeunes hommes Corses construisent leur propre malheur. Et la première victime dans ce magma incandescent est la femme corse. C’est la sacrifiée de l’île de beauté. Voilà exactement ce que j’ai ressenti tout au long du roman qui vient, le petit dernier et non des moindres de ce romancier philosophe et corse. Ce roman est écrit d’une plume sublime qui jamais ne faillit ni se dément.

Au village, ils se sont frayé un chemin au milieu de la foule assemblée au soleil devant la maison. A leur passage, les discussions enjouées cessaient un instant, des mains se tendaient vers eux, les agrippaient, ils avançaient péniblement, d'étreinte en étreinte, Marc-Aurèle s'est remis à pleurer sur une épaule inconnue et le prêtre a continué d'avancer seul dans la fournaise, aveuglé par la sueur qui ruisselait sur son front, tandis qu'on l'interpellait de toute part, par son prénom ou en criant "mon père"!, il n'avait pas le temps de reconnaître ceux qui le serraient dans leurs bras et ne le libéraient qu'après avoir déposé sur ses joues des baisers brûlants, et il finit par franchir le seuil de la maison à l'intérieur de laquelle les conversations se poursuivaient dans la cuisine et la salle à manger, à voix basses, autour des cafetières fumantes, des bouteilles d'eau déjà tièdes et des gâteaux, et la pénombre ne dispensait aucune fraîcheur, des grains de poussière s'agitaient dans les raies horizontales de la lumière d'été filtrée par les persiennes, sur le mur de crépi blanc, un thermomètre en forme de Corse indiquait trente-huit degrés, et il est arrivé dans la chambre où reposait Antonia, dans un silence presque parfait que troublait seulement le bourdonnement des mouches. Régulièrement des gens entraient d'un pas lent et craintif, comme s'ils avaient peur de réveiller un enfant, ils se signaient au-dessus du corps, se recueillaient un instant et ressortaient avec les mêmes précautions.

Jérôme Ferrari, A son image, Actes Sud

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28 novembre 2018

Mon site internet !

 Je vous annonce la naissance de mon site internet :

 

www.pierreferin-ecrivain.fr

 

 

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dédié à la promotion de mes livres, au recueil de vos commentaires ainsi que la possibilité de prendre contact avec l'auteur ! 

Vous trouverez aussi des informations utiles ou intéressantes sur la genèse de chaque roman et une rubrique "actualité" qui suit l'auteur à la trace.

 

 

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25 novembre 2018

237 Saxophone

À la troisième édition de l’automne du livre dans le charmant patelin de Saint Paul de Fenouillet (66) où je m’étais convié, suis arrivé matutinalement, pas le premier, certes, on trouve toujours mieux que soi, mais presque. J’ai aussitôt fait le tour de la salle pour repérer la place mienne, celle qui m’était dévolue par la foi d’un carton de présentation avec mon nom, mais, ne trouvant pas cette place à ma convenance, ni vu ni connu, j’ai chapardé toute honte bue ledit carton pour me placer mieux, comme je l’imaginais. Je suis sorti chercher mon panier de livres et me suis installé. Satisfait de mon mini forfait, je suis allé faire un tour dehors pour passer le temps avant l’ouverture des portes, l’air innocent. En revenant, quelle ne fut ma surprise de trouver que mes voisins arrivés après moi, s’étaient débrouillés pour se mettre en avant, me rejetant dans la noirceur d’un coin sans déambulation. Tel est pris qui croyait prendre. Ma place attribuée était mille fois meilleure. Je suis alors aller me plaindre auprès de madame l'élue à la culture, responsable de la manifestation, pour implorer humblement de me changer de place, me faisant morigéner au passage puisqu’elle avait observé mon manège depuis le début. Tout ceci pour dire que je me retrouvai à l’autre bout de la salle et que la journée fut belle. Ma table jouxtait celle d’un écrivain, ce qui est la norme dans ce genre de manifestations, je suis bien d'accord avec vous, mais pas n’importe lequel.

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Nous engageâmes la conversation en attendant le chaland. Je lui découvris un accent pas tellement catalan. En fait un accent du lointain pays de ma naissance, et de la sienne aussi, puisqu’il venait de la bonne ville où fut inventé le saxophone par monsieur Saxe, si vous ne le savez pas, la pittoresque Dinant sur la Meuse.

Comme le chaland ne se pressait guère, de fil en aiguille, nous échangeâmes notre recueil de nouvelles, car Jean écrit surtout des nouvelles.

Je peux vous assurer que ce coquin d’écrivain, professeur de français et d’histoire à la retraite, poète et saxophoniste de jazz, eh oui, manie la plume avec dextérité et humour et n’a pas son pareil pour décrire les nombreux et variés déboires qui agrémentent la vie quotidienne du couple. L’amour est une drôle de garce, savez-vous, et puis, il faut bien s’occuper !

Guilleret, il marchait sur la berge d'un torrent asséché quand son bide manifesta soudain sa présence par une alternance de gargouillis et de spasmes insistants ; une foule grouillante de résidus en surnombre, lasse d'être ballottée trop longtemps dans un tunnel trop étroit et trop long, se bousculait vers la sortie. "Voilà ce qui arrive quand on multiplie, au-delà du raisonnable, les allers-retours entre la table et le buffet! grogna-t-il contre lui-même et sa gourmandise chronique. Je ne suis parti que depuis un quart d'heure et, déjà, je dois interrompre ma marche d'approche ! Tu parles d'un explorateur!" Tout en haut, des visions intempestives de haricots blancs en sauce, de tranches de lard croustillantes, de portions de tortillas dorées et de bêtes chitineuses pourvues d'antennes lui traversaient l'esprit et intensifiaient sa gêne abdominale comme autant de vagues nauséeuses.

Jean Piérard, Le Volcan sous le Robinet (et autres histoires), Editions Alexandra de Saint-Prix

 

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19 novembre 2018

236 C'est tout mélangé !

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Pour comprendre (s’il le fallait) ce que sont nos sociétés (occidentales) devenues, en rire et en pleurer, pas grand-chose de mieux que de se laisser mener par le roman qui vient. Incroyable écriture ! Ne vous attendez pas cependant à de belles phrases bien ciselées à la Proust comme je te pousse, pas du tout, il s’agit d'une prose écervelée, qui court dans tous les sens en suivant des énergumènes en tous genres – comme vous et moi, (tout en sachant parfaitement où elle nous mène – par le bout du nez évidemment et pas vraiment dans le sens du vent) et rend de manière formidablement loufoque et juste (selon moi) les humains venus du monde entier qui peuplent les quartiers périphériques de Londres et sont portés par toutes les idéologies religieuses ou non qui naissent et paissent sur notre encore belle planète (pour combien de temps encore ?). Explosif !

 

Et pourquoi la photo d’une souris me direz-vous ? Et bien…réponse dans le livre.

Dis-moi, s'enquit Samad, irrité de se voir ainsi tiré de sa contemplation, "quel grand défi serais-tu prêt à relever dans les heures précédant ta mort? Eclaircir les mystères du théorème de Fermat, peut-être? Comprendre la philosophie aristotélicienne?

-Quoi? Qui ? Oh, non...C'que j'voudrais, c'est...tu sais bien...faire l'amour...à une dame", dit Archie, que l'inexpérience rendait prude. "Tu comprends, pour la dernière fois.

-Dis plutôt pour la première, dit Samad en éclatant de rire.

-Oh, arrête, j'suis sérieux.

-D'accord, d'accord. Mais supposons qu'il n'y ait pas de "dames" dans les parages?

-Ben, tu peux toujours...", dit Archie, qui, à ce stade devint rouge comme une pivoine, dans la mesure où il s'agissait là de sa manière à lui de cimenter une amitié, "astiquer popol, comme on dit.

-Astiquer, répéta Samad d'un ton méprisant, astiquer popol, c'est bien ça? La dernière chose que tu aimerais faire avant de te débarrasser de ton enveloppe mortelle, ce serait donc "astiquer popol", avoir un orgasme en somme."

Archie, qui venait de Brighton, où personne ne prononçait jamais, mais alors ja-mais, des mots comme "orgasme", se mit à se tortiller tellement il était gêné.

Zadie Smith, Sourires de loup, folio, traduit de l'anglais par Claude Demanuelli

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23 octobre 2018

Salon du livre et du chocolat !

Au salon du livre et du chocolat à Sainte Marie la Mer, je me trouvais juste en face d'un stand de chocolat et j'ai bien sûr craqué et croqué (il est excellent).

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Petit rappel de mes livres :  "tout en part, tout y revient" (www.publibook.com)

Carte de visite Pierre Ferin recto

"L'insupportable perfection de l'être" (www.edilivre.com/doc/857158)

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"Vous saurez tout sur Marc Dubois sans jamais l'avoir demandé" (www.edilivre.com/doc/871791)

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Craquez, croquez et partagez !

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