lire sa vie

18 mars 2018

220 Gay pas gai !

 

Il fallait bien passer de la vie princière si jolie (chronique précédente) à une vie de cauchemar à graver dans sa mémoire. Je ne l’ai pas fait exprès. C’est mon petit doigt qui s’est mis dessus dans ma librairie préférée. Il m’a dit c’est celui-là point barre. Je n’ai même pas réfléchi. Je lui ai obéis. Je le connais, c’est très rare qu'il se trompe. Cette fois encore, il ne s’est pas trompé. Je ne suis pas gay et je l’ai pris ou peut-être est-ce lui qui m’a pris. Je n’ai jamais lu de livre « gay » jusqu’à celui-ci, je veux dire un roman qui raconte une histoire d’amour entre deux hommes. Cela n'a rien de bizarre, pas de quoi en faire un fromage, l’amour, c’est toujours l’amour, peu importe la configuration. Mais il n’y a pas que ça, il y a même bien plus que cela, toute l’histoire de Klaus et de son homosexualité part de son triangle rose et de ses quatre ans pendant lesquels il fut interné à Buchenwald par les nazis pendant la guerre. Klaus est Allemand et vit à Leipzig. Et cela donne une dimension d’une violence barbare inouïe. On a tendance à l’oublier, en plus des Juifs, les nazis ont programmé aussi la disparition des Tsiganes et des Homos.

 

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Ce matin-là il fut curieux de savoir comment un pédé pouvait avoir connu, lui, un immense amour, apparemment sans nuages. Comment avait-il fait pour réunir l’orgie et l’adoration ? C’était vraiment dégueulasse qu’un pédé puisse réussir ça, et si Dieu le permettait, c’était que Dieu était dégueulasse lui aussi. Il saisit à bras-le-corps Klaus, dans le désir de le pulvériser, mais l’autre se dégagea avec une fureur rare, ce qui amena les sanglots de Golo. Oui, il avait tout eu, dit Klaus, l’amour de Heinz, mais pas que cet amour, j’ai eu aussi les crocs de chien fous à mes mollets, des vers dans une soupe pourrie, la haine en nourriture quotidienne, même la tienne, et j’ai dans mes rêves des morts couchés contre moi, et chaque jour de ces quatre années a été pire que celui qui l’avait précédé, et j’ai baisé avec les kapos pour ne pas crever, et j’ai été la pute de service, et toi, va te faire foutre, disparais, j’ai eu ceci et j’ai cela, et c’est assez, on arrête là, et j’ai eu tes coups et tes insultes, ça m’a préparé à Buchenwald.

Daniel Arsand, Je suis en vie et tu ne m’entends pas, Babel (Actes Sud)

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05 mars 2018

219 Jolie petite histoire !

 

C’est une histoire vraie, ou comme une histoire vraie. C’est une jolie histoire mais pas tout à fait. C’est un coup de foudre comme qui dirait unilatéral, enfin, cela reste en suspension. Je parierais qu’ils vont se retrouver un jour ou l’autre ces deux là !  Enfin peut-être ! Personnellement, cela me rassurerait. Je suis fan des coups de foudre. Et puis non, la vie les sépare trop. Ils auraient dû, ils auraient pu…et puis, ce n’est pas moi, je ne suis pas concerné, il suffit que je regarde cette jolie histoire de l’extérieur, par la fenêtre du livre. Mais je me projette trop facilement. C’est aussi parce que je retrouve toutes les sensations si délicieuses, si vivifiantes, si transcendantes, si délicates, si profondes, d’une relation à deux sans écueil, sans heurt, une complicité quasi fusionnelle, avec aussi des moments de découragement, l’autre n’étant pas tout à fait à soi, il y aurait peut-être même un troisième larron, un compagnon. Le narrateur, mais peut-être le ressent-elle aussi, sait qu’il manque quelque chose, mais il l’avoue, il n’ose pas. Il devrait non ?

 

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Comment m’est parvenue cette jolie petite histoire ? De la plus étrange des façons. Pour moi en tout cas. Par Ruquier figurez-vous. Enfin, de manière détournée. Je ne regarde quasi jamais Ruquier. Tout ce qui est mis en épingle par les cadors de la télé a le don de m’exaspérer, en général, et Ruquier en particulier. Je ne vais pas vous parler d’Hanouna, hein ! Et puis là, par l’intermédiaire de Christine Angot de cette émission qui n’est pas encore allée se coucher, apparaît un écrivain de l’écurie Gallimard, coaché par Philippe Sollers quand même, mes respects, un certain Marc Pautrel, jamais paru à la télé, même locale, et son minuscule (par le nombre de pages) roman. Et bien, il est bien joli. Une étoile brille dans le firmament ensanglanté du monde.

Chaque seconde de ce dîner sera pour moi sacrée, jusqu’à la dernière, celle qui nous séparera puisque toujours je finis par être séparé des femmes dont je tombe amoureux. La séparation est devenue une constante de mon existence qui m’a forcé à changer de vie, et c’est pour ça que je me suis retrouvé romancier : je veux tout transformer en légende, créer une boucle continue, doubler l’éternité.

Marc Pautrel, La vie princière, Gallimard 

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26 février 2018

218 Guerre totale : tout le monde descend (ou est descendu) !

Si j’ai bien tout compris et j’ai bien peur que ce soit le cas, la guerre mondiale 1914-18 fut une boucherie vaine et multimillionnaire en destruction de vies humaines, une guerre de machos pour savoir qui c’est qu’était le plus fort ; la guerre mondiale de 1939-45, la guerre du monde fascisant contre le monde libéral ; et la guerre actuelle contre Al Quaeda-Talibans-Daech-X en Afghanistan, Irak, Syrie et Cie serait celle du fric et du cynisme, la guerre hypocrite avec les civils innocents en chair à canon, la guerre des profits parallèles drogues armes en trafics serrés, milices privées adoubées par les services secrets et vice-versa, restons sur le vice, la guerre du chaos au Levant qui libère toutes les énergies destructrices, et plus on fouille, plus on en trouve. Le primo avait le pire en crête, le secundo est le pire du pire même si ce n’est pas possible, et bien si, il n’y a pas de limites au chaos, à la boucherie, à la trahison, au machisme, aux combats sanguinaires, aux drones incendiaires, aux familles déchiquetées, aux amours héroïnés, aux espions corrompus. Qui ne tue pas est tué.

Se servir dans le chaos. Meurtrièrement époustouflant.

Fox est venu écouter cette colère en jouant, avec la précieuse caution de Dilouar, à l’envoyé du gouverneur, dans l’espoir de capter un renseignement utile ou d’identifier une source potentielle. Une version afghane de l’enquête de voisinage. Les résultats ne sont guère concluants, il se prend surtout dans la gueule le désespoir de paysans coincés entre le marteau fondamentaliste et l’enclume étrangère, soutien d’un pouvoir corrompu qui a promis beaucoup et donné peu. Il encaisse la peur ressentie après chaque shabnameh, chaque exécution sommaire, la crainte permanente de sauter sur une mine ou de voir son enfant déchiqueté par la bombe d’un avion, l’angoisse d’être racketté par les agents de l’État ou emprisonné de façon arbitraire, l’absolu dénuement, l’absence d’espoir et le ras-le-bol de cette occupation –ainsi est-elle perçue – devenue, plus que la religion, le principal moteur de la rébellion.

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08 février 2018

217 Entretemps

En attendant le secundo, aussi trach que le primo (voir rubrique précédente), je m'offre une petite pub personnelle à propos de ce fameux polar écrit sous l'inspiration de la mosquée-cathédrale de Cordoue et du retour en force de la religion. C'est de la dynamite mes chers frères, mes chères soeurs ! Les intégristes de tout poil veulent imposer leur Dieu unique et néanmoins différent pour chacun d'eux. A en perdre son latin, son arabe et même son hébreu !

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Carte de visite Pierre Férin recto

Carte de visite Pierre Férin verso

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20 janvier 2018

216 Déstructuration massive !

 

Pour réussir en ce bas-monde, aussi mal en point aujourd’hui qu’hier (avec ses pics et ses gouffres), il faut être soit très bon soit très pervers. Soit une tête brillante en algorithme, en financiarisation de l’économie ou en planification d’attentat comme celui du 11 septembre 2011 à NY, LA référence. C’est ce qu’aurait écrit Machiavel himself (exemples en moins of course), le maître toute catégorie en la matière. Même pas besoin de l’avoir lu pour le savoir. Pas vain non plus d’avaler ce traité de réalisme au vitriol. Une gifle salutaire pour tout humaniste béat. Cela signifie en clair que le pékin lambda c'est-à-dire moi, vous je ne sais pas, échoue en tout ou partie quand il entreprend un projet ou quand les circonstances lui permettent d’entreprendre ce qu’il entrevoyait comme désir.

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Et moi le gros naïf, non je ne suis pas gros, et moi le gros bêta, et moi le petit con, non je ne suis pas petit, j’étais loin d’imaginer qu’une guerre, encore plus « civile », pouvait permettre de s’enrichir comme me l’a raconté un jour une connaissance au Liban très bien placée et enrichie. Une découverte et un abîme de déconvenue pour tout idéaliste pétri d’humanisme socialisant et forcément bêlant, ce que bien entendu je ne suis plus depuis ma mue en horrible type ironico-cynique ou cynico-ironique, c’est vous qui voyez. Dans la grande lutte mondiale du Bien contre le Mal, disons le clairement, le bien et le mal ne sont pas souvent là où on les attend, les guerres d’Afghanistan en sont un bel exemple. Le mal colle aux basques du bien et inversement, tant et si bien et si mal qu’on se demande à quoi servent toutes ces politiques agressives, je dirais même plus, destructrices tant en principal qu’en collatéral. Il se pourrait bien que la réponse soit simple mon bon monsieur, à se faire du fric. Comme l’a dit si bien Ibn Khaldoun, ça fait déjà un bail, les sociétés développées, enrichies et alanguies se paient des mercenaires pour faire la guerre à leur place contre les nouveaux barbares. Et perdent. Seuls des individus se bâfrent sur la bête en vomissant leur âme. Les mercenaires sont sans foi ni lois. Mais ce que ne pouvait prévoir l’inventeur arabe de la sociologie, c’est que des machines remplaceraient les mercenaires. De drôles de drones lâchent leurs missiles partout, pilotés par des mères de famille au sein du Pentagone et téléguidés par des espions achetés dans la population locale. Dans cette atmosphère délétère, la baise est à l’image de ces guerres, sauvage, cruelle, violente et sans morale. Mais y a-t-il une morale à l’Histoire ? Et puis brusquement, j’ai hâte de me procurer le tome 2, autrement dit Pukthu secundo.

À la gloire de Dieu, disent-ils, et personne ne l’ouvre. Mais Allah n’est pas dans les regards terrifiés et remplis de colère qui se posent sur Shere Khan lorsque ses yeux sont ailleurs. Allah n’est pas non plus dans les paroles de ses moudjahidines quand, entre deux escarmouches, pensées et mots affranchis, ils évoquent les vrais raisons de leur conflit. Certains disent défendre une vallée, un clan, un village, une famille, le peu qu’ils possèdent de culturee et de bêtes, des femelles, contre l’envahisseur étranger ou le pouvoir central apostat, pilleur et violeur. D’autres, plus jeunes et plus pauvres encore, aspirent à une existence meilleure et veulent gagner de quoi faire vivre leurs proches, ou plus généralement s’acheter ou s’arroger de force une gamine à engrosser et un lopin à travailler. Et quand le sang coule à flots, au cœur de la bataille, quand les corps sont percés, déchirés, mutilés, quand seules hurlent les explosions, les souffrances et les rages libérées, et qu’il ne reste plus que la peur viscérale, et la survie, et l’agonie, et l’anéantissement de la vie, Dieu s’efface à nouveau. Derrière la mère, derrière l’épouse, derrière la maison ou la terre. Dans les derniers instants, le mourant n’a que faire des prières, des sourates, des aspirations démesurées et des divins paradis, son esprit retourne chez lui et appelle celle de ses femmes dont il veut se souvenir à la fin de toutes choses.

DOA, Pukhtu, folio policier, Primo

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04 janvier 2018

215 Fractures

 

Il est comme ça. Rien ne le prédestinait à nicher dans les fractures de la société, sauf peut-être la fracture de sa famille de naissance. Mais est-ce une raison suffisante ? Les unes après les autres. Y-a-pas-za-dire, elles l’attirent. Toutes. Il leur donne le bâton pour se faire battre. On dirait que tel est son destin. Mais voilà, il y a le destin et ce qu’on en fait. Il a cru choisir la voie de la justice sociale. Il a souffert pour cela de mille manières toutes inattendues. Et cela n’a servi à rien. Aux autres c’est sûr, mais à lui ? Lui, au bout d’un moment, il a fallu qu’il comprenne. Qu’il se comprenne. Question de continuer sa vie ou de se donner la mort. Même la mort-vivant, pas forcément la mort définitive irréversible salvatrice. Ce fut dur mais il a finit par comprendre. C’était même limpide. C’était surtout surprenant. Il pouvait dès lors continuer de vivre comme vivant. Pour se trouver plus tard devant de nouvelles interrogations. Comme tout un chacun. Celles du vieillissement. Mais là, c’est tout autre chose. Ce n’est que du normal. Du général. La vie quoi. Avant, c’était de l’irréfléchi.

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J’atteins le troisième étage hors d’haleine, affligé d’une dette d’oxygène phénoménale et je m’enfonce en titubant dans un couloir obscur où se succèdent des portes fermées. J’en ouvre une au hasard et je distingue gisant dans la pénombre un bureau métallique gris, sous lequel, sans réfléchir davantage, je me glisse, non sans avoir précautionneusement refermé la porte derrière moi. La rumeur de la horde barbare lancée à notre poursuite qui monte des étages inférieurs, enfle, portes fracassées, hurlements perçus comme sauvages, horribles mots dévastateurs qui s’enfoncent en vrille dans nos cerveaux, “balançons ces rats par la fenêtre”. Je me recroqueville à l’abri de la plaque métallique grise, m’efforçant sans grand succès d’étouffer mon halètement, tremblant comme une feuille dans la brise du matin. Je me dis que je suis fait comme un rat, celui précisément qui ne va pas tarder à se faire défenestrer du troisième étage. Le bruit de la fureur et des portes qui claquent se rapproche inexorablement. Il n’y a plus d’autres solutions que d’accepter son triste sort en priant. Je vais clamser tel un couard pour une cause qui me paraît juste, sans avoir jamais pour autant mesuré toute la portée de ma solidarité. Je n’aurai même pas eu le temps de m’établir. Où se niche la justice en ce bas-monde ? Les guerriers vociférant ne sont guère qu’à quelques portes. Je m’en remets à dieu sait qui, les mains jointes comme les abbés me l’ont appris, tu vois comment à l’heure fatidique on en revient toujours à ce qu’on nous a appris quand on était petit. L’heure des comptes sonne déjà à mon cadran et comme un gros bourdon cognent les remords tandis que suinte sur mes tempes la sueur des regrets éternels et que la peur se répand tièdement dans mon pantalon. La porte s’ouvre avec fracas comme si elle s’arrachait de ses gonds. Je serre les dents, les fesses, je rentre la tête dans les épaules et je garde les mains jointes, susurrant des paroles inaudibles, humant une odeur nauséabonde de sueur mêlée à l’urine, tandis que la porte se referme en claquant et que les vitupérateurs hurlant s’éloignent à grands pas, le bruit s’atténuant petit à petit. Un miracle s’est produit par la grâce de je ne sais qui. Oui, bien sûr, je te vois hocher la tête, tu n’es pas d’accord avec moi. Ce n’est sûrement pas à cet instant que je vais me remettre à croire et promettre d’aller brûler des cierges à Lourdes dans un pèlerinage de remerciements. Je demeure cloîtré dans mon antre malodorant, les yeux clos, les mains jointes avec les extrémités des doigts qui effleurent mes lèvres comme si j’invoquais ou remerciais une quelconque divinité, le Dieu de mes ancêtres pourquoi pas ou celui des marxistes car il semblerait bien qu’il m’accordera l’opportunité de m’établir. Des crampes me torturent les jambes repliées et écrasées sous le poids de mon corps crispé. Je suis trempé de la tête aux pieds. Parfois la vie ne tient qu’à un fil, et ce fil, on ne le tient même pas entre ses mains, sauf à se dire qu’il ne faut jamais prendre de risque de quelque nature que ce soit. Mais tu vois, la vie, c’est quand même et toujours une prise de risques sans que l’on en soit nécessairement conscient. A titre d’exemple, tu vois bien que j’ai failli être anéanti par un danger mortel dont j’ignorais jusque-là l’existence même. Je ne pouvais donc en évaluer la gravité, comme une fourmi ne comprend pas le bruit de la tondeuse qui vient la faucher. Je peine à m’extraire de ma tanière tant mes jambes sont ankylosées et une fois debout, je vacille comme si j’étais ivre. Mais je suis toujours en vie, je suis encore en vie. Je glisse un œil circonspect par la porte entrebâillée, à l’affût du moindre bruit. Longuement, j’ausculte la qualité du silence revenu prendre possession des lieux. Enfin rasséréné, je me faufile à pas de loup le long du sombre couloir qui faillit être celui de la mort, jusqu’à l’escalier. Je suis d’accord avec toi, j’en fais un peu trop. Et puis non, tu sais, je crois sincèrement qu’ils étaient capables de n’importe quoi. Là, j’aperçois une silhouette devant moi au milieu de l’escalier en laquelle je reconnais la démarche hésitante de Flaco. Je le hèle dans un souffle. Il me raconte qu’il s’est planqué dans un réduit de rangement de seaux et de balais caché derrière un rideau de serpillères en train de sécher sur un fil. Ils n’ont vu que le fil, ces scélérats. De toute façon, ils estiment avoir atteint leur but principal en ayant envoyé cet infortuné Élie à l’hôpital. Nous nous regardons longuement Flaco et moi, nous l’avons échappé belle.

Pierre Ferin, Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l’avoir jamais demandé, Edilivre.

À commander sur le site www.edilivre.com/doc/871791

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28 décembre 2017

214 Grosse déprime !

 

Je voulais passer les fêtes de fin d’année en compagnie de polars haletants. Voulais me laver le cerveau par les actions trépidantes et dans le sang. Ça peut paraître étrange mais ça marche comme ça avec moi. Mais là, me demande si mon petit doigt ne se l’est pas foutu dans l’œil. Jusqu’ou vous voulez. Me suis retrouvé avec un bouquin qui m’immisce une déprime plus que sournoise.

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Même s’il n’est pas dépourvu d’humour, d’ironie plutôt, il faut avoir un mental au beau fixe pour ne pas succomber à la déprime, comme une tentation. C’est pourtant un vrai polar avec des cadavres en série, mais des cadavres bizarres issus d’une malédiction, et dont on ne perçoit même pas les bouts de chairs ensanglantées collés aux murs des appartements où ils se sont fait trucider. Et puis comprendre brusquement vers la fin qu’il reste encore des choses à vivre et pour lesquelles on continue de vivre, pour ma part, j’ai arrêté mentalement le livre à cet endroit là même si je l’ai quand même terminé. Après, on fonce dans le cynisme dont se repaissent les vrais éditeurs contemporains. Si t’es pas cynique coco, t’es pas publié.

On a vécu six ans ensemble, elle m'a apporté beaucoup de bonheur au début, puis énormément de monotonie par la suite. Ce que je trouvais singulier chez elle les premiers mois l'a rendue insupportable les années suivantes. Je me suis donc peu à peu réfugié dans le travail, avant d'en revenir déçu, frustré, aigri jusqu'à la dépression. Avec ça un ras-le-bol de mes amis factices, pleins d'orgueil, de ceux qu'on continue de voir par habitude plus que par réel amour ou passion, et le calice était englouti jusqu'à la lie. J'étais ivre de désillusions, empoisonné par l'amertume. J'ai vu bien des gens de ma génération s'embourber dans les mêmes vicissitudes de l'âge sans s'en sortir autrement qu'en faisant des gamins pour (re/dé)porter les problèmes. Moi j'ai opté pour une soluiton plus radicale. Je me suis enfui de moi-même en quelque sorte. Je me suis offert une toute nouvelle maturité, tout en lucidité.

Maxime Chattam, Le coma des mortels, Pocket

 

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22 décembre 2017

213 Ma petite librairie

Petit récapitilatif de mes derniers romans que vous pouvez vous procurer sur le site Edilivre.com (pour les deux premiers) et sur Publibook (pour le troisième). Vous pouvez y lire des extraits également. Trois livres très différents les uns des autres. Le premier est une sorte de recherche biographique romancée, le deuxième un recueil de nouvelles (imaginaires ou réelles) et le troisième est un polar à la fois historique et contemporain.

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tout en part tout y revient

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20 décembre 2017

212 Cicatrices

 

Ça commence en Islande. Sacré pays. Avec des volcans qui peuvent empêcher les avions européens de voler. Un pays glacial avec des geysers brûlants.

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Mais pour moi, le voyage dans l’étrange commence avec les noms propres. Impossible à lire et à prononcer. Je ne peux même pas les transcrire car je n’ai pas le clavier adéquat. Il y a des lettres bizarres à mes yeux latins, même habitués au grec, transpercées de traits ou surmontées d’accents inédits. Ce n’est pas un alphabet complètement différent comme l’arabe ou l’hébreu, ou un système à la japonaise ou chinoise, c’est quand même l’alphabet latin avec des extensions particulières. Tout cela est bien sûr fascinant mais n’a rien de commun avec ce roman, d’ailleurs j’arrête car je m’égare. Et puis quelle importance. J’ai déjà perdu le nom du narrateur. Je l’appellerai donc « je ». « Je » a la cinquantaine. « Je » a l’intention de se suicider en raison de la vacuité de sa vie. Il ne veut pas le faire au pays. Il part donc en voyage sur terre avant de s’envoyer dans les airs. Il a même emprunté le fusil de son voisin mais ne l’a pas emporté dans ses bagages. Il choisit un pays où la guerre a fait rage et vient de finir. Tout est détruit, il y a des mines partout. « Je » se met à réparer en même temps qu’il se répare lui-même. C’est une métamorphose. Ör, le titre, signifie cicatrices. C’est le roman d’une écrivaine.

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Le plus court chemin pour rejoindre la maison de retraite passe par le cimetière. Je me suis toujours dit que le cinquième mois de l’année serait le dernier mois de ma vie et que le chiffre cinq figurerait même plus d’une fois dans la date ultime, sinon le 05/05, alors le 15/05, ou encore le 25/05. Ce sera le mois de mon anniversaire. Les canards, qui auront fini de s’accoupler, ne seront pas seuls sur l’étang, il y aura aussi des huîtriers pie et des bécasseaux violets. On entendra des chants d’oiseaux et le monde sera printanier et sans nuit lorsque je cesserai d’exister. Est-ce que je manquerai au monde ? Non. Sera-t-il pire sans moi ? Non plus. Continuera-t-il de tourner sans moi ? Oui. Est-il meilleur maintenant que lorsque j’y ai fait mon entrée ? Non. Qu’ai-je fait pour améliorer le monde ? Rien.

Audur Ava Olafsdottir (sans les traits et les accents), Ör, Zulma, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson (sans l’accent)

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05 décembre 2017

211 Western

 

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai toujours été du côté des Indiens d’Amérique. Une position instinctive, sans rien y connaître. Or, la plupart des westerns que je voyais, montraient la supériorité écrasante des cow-boys et des blancs, de la civilisation sur la barbarie. En nombre de colons, c’était la plus stricte réalité. Et je me trimballais une tendance irrépressible qui me poussait du côté du plus faible, du battu, de la victime, donc des Indiens, qui étaient présentés comme des sauvages. Cette présentation me révoltait. Je prenais la notion de sauvage dans un sens péjoratif.

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Il a fallu le génial Little Big Man (Arthur Penn – 1970) pour que je commence à comprendre un peu la mentalité de ces « sauvages », avec Faye Dunaway et Dustin Hoffman dont l’incroyable destin dans le film n’arrête pas de les projeter successivement du camp des Blancs à celui des Indiens et inversement, et toujours dans des circonstances rocambolesques. Le choc des civilisations ne laissait aucune chance aux indigènes amérindiens écrasés par la modernité conquérante et submergeante. Il ne leur restait qu’à se contenter de vivre, selon leur vision du monde, une fois la paix signée, parqués dans des réserves. Le livre qui vient – basé sur des faits réels - traite justement les Apaches de sauvages barbares en révolte contre la domination blanche, échappés de leur réserve pour guerroyer à feu et à sang, dans un paysage somptueux, terrifiant pour les blancs incapables d’y survivre (à de rares exceptions près), alors que les Indiens y vaquent comme des poissons dans l’eau si j’ose la métaphore. Il n’y avait pas plus de 6.000 Apaches seulement nous dit l’auteur qui ajoute aussitôt que s’ils avaient été 200.000, jamais les Blancs n’auraient réussi à pénétrer dans leur territoire. J’ai lu ce roman, l’aventure d’un éclaireur travaillant pour l’armée des Blancs et le gouvernement, d’un bout à l’autre sans jamais pratiquement le lâcher.

Les Apaches aussi ont un code. Le voici : le plus fort, c’est celui qui tue le plus de monde. Après lui vient le plus grand voleur. Et en troisième – mais c’est aussi une force -, le plus grand menteur. Vous me suivez ? Comment voulez-vous qu’un homme comme Busby puisse traiter avec des gens pareils ? Son indulgence, ils en rient. Ils la voient comme une faiblesse. Ils ne comprennent qu’une seul chose, la force.

W.R. Burnett, Terreur apache, Babel, traduit par Fabienne Duvigneau (postface par Bertrand Tavernier)

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