lire sa vie

05 décembre 2017

211 Western

 

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai toujours été du côté des Indiens d’Amérique. Une position instinctive, sans rien y connaître. Or, la plupart des westerns que je voyais, montraient la supériorité écrasante des cow-boys et des blancs, de la civilisation sur la barbarie. En nombre de colons, c’était la plus stricte réalité. Et je me trimballais une tendance irrépressible qui me poussait du côté du plus faible, du battu, de la victime, donc des Indiens, qui étaient présentés comme des sauvages. Cette présentation me révoltait. Je prenais la notion de sauvage dans un sens péjoratif.

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Il a fallu le génial Little Big Man (Arthur Penn – 1970) pour que je commence à comprendre un peu la mentalité de ces « sauvages », avec Faye Dunaway et Dustin Hoffman dont l’incroyable destin dans le film n’arrête pas de les projeter successivement du camp des Blancs à celui des Indiens et inversement, et toujours dans des circonstances rocambolesques. Le choc des civilisations ne laissait aucune chance aux indigènes amérindiens écrasés par la modernité conquérante et submergeante. Il ne leur restait qu’à se contenter de vivre, selon leur vision du monde, une fois la paix signée, parqués dans des réserves. Le livre qui vient – basé sur des faits réels - traite justement les Apaches de sauvages barbares en révolte contre la domination blanche, échappés de leur réserve pour guerroyer à feu et à sang, dans un paysage somptueux, terrifiant pour les blancs incapables d’y survivre (à de rares exceptions près), alors que les Indiens y vaquent comme des poissons dans l’eau si j’ose la métaphore. Il n’y avait pas plus de 6.000 Apaches seulement nous dit l’auteur qui ajoute aussitôt que s’ils avaient été 200.000, jamais les Blancs n’auraient réussi à pénétrer dans leur territoire. J’ai lu ce roman, l’aventure d’un éclaireur travaillant pour l’armée des Blancs et le gouvernement, d’un bout à l’autre sans jamais pratiquement le lâcher.

Les Apaches aussi ont un code. Le voici : le plus fort, c’est celui qui tue le plus de monde. Après lui vient le plus grand voleur. Et en troisième – mais c’est aussi une force -, le plus grand menteur. Vous me suivez ? Comment voulez-vous qu’un homme comme Busby puisse traiter avec des gens pareils ? Son indulgence, ils en rient. Ils la voient comme une faiblesse. Ils ne comprennent qu’une seul chose, la force.

W.R. Burnett, Terreur apache, Babel, traduit par Fabienne Duvigneau (postface par Bertrand Tavernier)

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29 novembre 2017

210 Pourquoi l'écriture ?

 

Voilà un livre qui m’a passionné. Je sens une proximité aussi épatante qu’étrange avec celui qui l’a écrit. Étrange parce que trop de choses nous séparent bien sûr. Par exemple, il est né à New-York, dix ans après ma date de naissance certifiée conforme par un document en attestant la vérité absolue. C’est peut-être la ville de New-York elle-même, qui m’a tant chamboulé en la découvrant à vingt ans, qui crée ce lien. Il n’est pourtant pas trop question de cette ville dans ce livre sauf quand l’auteur parle de sa prime jeunesse puisqu’il s’est sauvé très tôt vers d’autres cieux. Il a fui une famille impossible. Encore un point de ressemblance. Mais pourquoi chercher ces points de ressemblance avec un écrivain reconnu et tête de gondole ? C’est simple, enfin je crois, c’est comme avoir un ami et le rencontrer chaque fois que l’on ouvre son livre. C’est tellement agréable même quand ce qu’on apprend est d’une tristesse affligeante, les misères et les drames de la vie. Les divorces, autre exemple, moi tout pareil. Vous aussi ? Un écrivain riche de ses ventes (par millions) qui a les mêmes malheurs que vous et moi et qui ne sait pas plus que vous ou moi à quel saint se vouer, ni à quel sein. Un véritable globe-trotter cet auteur qui, avec le succès de plus en plus affirmé de ses romans, a pu s’acheter des appartements dans toutes les villes européennes qu’il fréquente et aime : Londres, Paris, Berlin, en plus de sa maison dans le Maine aux USA près de l’océan. Autre exemple qui nous sépare, j’hésite là encore : Le plus grand mystère de l’existence, c’est soi-même. On croit se connaître, mais non, jamais, jamais pour de bon. Dans mon roman « vous saurez tout sur Marc Dubois, sans l’avoir jamais demandé » (qui ne m’a pas encore permis d’acheter ma maison), j’ai cru découvrir tous les ressorts de ma jeunesse. Mais au fond Douglas (mon ami) a raison, il y a toujours une part irréductible à la lumière. C’est étrange ! Je comprends mieux pourquoi j’ai tant aimé plusieurs de ses romans. Jusqu’à son attirance pour la musique sacrée avec chœur (Bach, Mozart…) que je partage sans réserve (rien ne m’élève plus que la voix humaine) le choral se déployait jusqu’à des sommets de béatitude. C’était comme si le monde extérieur avait cessé d’exister, lui et son cortège de futilités qui monopolisent trop souvent nos pensées et nous empêchent d’embrasser l’émerveillement de vivre, ou encore Léonard Bernstein, et aussi la fugue de l’enfermement de sa famille dès l’enfance vers les livres, moi tout pareil.

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Ce qui est passionnant dans son livre, c’est que ce romancier à succès, qui vend des millions de romans sur tous les continents, dont on peut envier la réussite, parle de ses moments difficiles, voire très difficiles, comme avec son fils autiste, en essayant d’en tirer des leçons pour lui-même. Et parfois il les relie à ses romans. Il raconte aussi des évènements qui sont arrivés à des amis pour les relier à la vie, à toutes ces grandes questions sans réponse. Le titre de son livre. Il fait appel à Philip Roth pour dire que la biologie a trouvé le moyen de la mort pour nous aider à évoluer.

La mort, toujours déterminée à nous rappeler notre irrévocable fragilité, et son suprême désintérêt pour les nuances et particularités de nos existences.

Tu peux prétendre être le fils de pute le plus positif qui soit, tu es quand même tenté par la tragédie. Et c’est pas qu’elle te tombe dessus ; la plupart des fois, c’est toi qui la cherche.

L’on en revient au fameux morceau de glace dans le cœur de tout écrivain dont parle Graham Greene,(mon écrivain de jeunesse préféré) cette froideur qui vous permet de prendre du recul vis-à-vis des horreurs de l’existence et de tout considérer comme un matériau littéraire potentiel.

Nous sommes les principaux artisans des impasses dans lesquelles nous aboutissons. Nous ne sommes jamais responsables du bonheur d’autrui.

Mais pour moi, la plus grande force de ce récit réside dans sa fin sublime sur la notion du pardon. Et là, je le rejoins complètement : dans les Noces de Figaro, la scène finale, en choisissant la mansuétude, la comtesse ne répare pas le tort qui lui a été fait, la blessure qui lui a été infligée ne disparaît pas, mais le génie dramaturgique de Da Ponte, ainsi que les sublimes accents de la composition de Mozart, est de nous faire comprendre que son besoin de pardonner répond aussi au désir de trouver la paix en elle-même.

Douglas Kennedy, Toutes ces grandes questions sans réponses, Pocket, traduit par Bernard Cohen

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20 novembre 2017

209 Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé !

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Je vous présente mon dernier roman qui vient de sortir chez Edilivre !

Il s'agit d'un roman basé sur des faits réels (vécus par l'auteur) entre l'année 1960 et aujourd'hui. Parmi ces évènements importants, citons la guerre des 6 jours, Mai 68, et des mouvements tels que la révolution prolétarienne, le maoïsme et, plus près de nous le salafisme. Le roman se présente comme une enquête sur un personnage, Marc Dubois, à travers plusieurs questionnements aussi divers que : qu'est-ce que l'amour ?, qu'est-ce que la vérité ?, comment surgit la radicalisation politique, religieuse, comportementale ?, comment lutter contre les inégalités ?

Vous pouvez facilement le commander auprès du site Edilivre.com

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05 novembre 2017

208 Délire égotiste !

 

Pourquoi je suis un écrivain ? En voilà une excellente question. Je me remercie de me l’avoir posée. Enfin peut-être car il me faut maintenant y répondre. Non, ce n’est pas du délire égotiste. Je suis affirmatif. Et je voudrais le prouver en dévoilant ici-même les raisons valables qui font de moi un écrivain. Je ne compte pas dans ces raisons le fait indéniable que j’ai publié trois livres dont j’essaie actuellement de faire la promotion. Envisageons donc la première de ces raisons. Depuis mon adolescence, je me promène seul dehors la nuit. Il y a une trentaine d’années, et ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres, j’ai hanté les rues de Dijon plusieurs nuits de suite sans rencontrer âme qui y déambule comme moi. Et pourquoi j’y déambulais en pleine nuit ? Parce que je n’arrivais pas à dormir dans ma chambre d’hôtel et qu’une pulsion irrésistible m’en faisait sortir. Et pourquoi je n’arrivais pas à dormir ? Toutes les questions sont bonnes. Comme Charles Dickens sans doute, je souffrais de terribles insomnies qui le jetaient lui aussi la nuit dans les rues de Londres. Comme si j’étais chassé de chez moi, dépersonnalisé, sans logement (houselessness), obligé à marcher compulsivement, sans fin, dans la nuit et sous la pluie crépitante. Il ne pleuvait pas sur Dijon ces nuits-là. Je n’aime pas la pluie. Ceci donc me semble déjà une excellente preuve de mon état d’écrivain. La première.

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(Charles Dickens)

Pourquoi je suis un écrivain ? Je poursuis. Parce qu’un roman peut déclencher en moi une réaction profonde, irrésistible, qui peut changer ma vie, en cela, l’art de lire ne diffère guère de l’art d’écrire. Nous tombons amoureux de certaines œuvres d’art comme nous tombons amoureux de certaines personnes, sans raisons très claires. Et de deux ! Deux raisons valent mieux qu’une. C’est l’évidence. Mais il y a aussi jamais deux sans trois. Ainsi, dans la famille James (Henry James), un échec intéressant avait plus de valeur qu’un succès trop évident. Même si je ne vois pas très bien ce qu’est un échec intéressant, je suis pour, en tout cas bien plus pour que pour un succès évident, cela, on voit très bien ce que c’est, et je me dis tout de suite que, quand cela arrive, forcément à un autre que moi, c’est surfait et cela me fait passer l’envie de le lire. Quant à moi, au regard du nombre de livres que je vends, je suis dans l’échec, mais forcément un échec intéressant. Et de trois raisons, même si je ne sais toujours pas ce que cela veut dire précisément.

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(Henry James)

Mais ce n’est pas fini mes ami.e.s…je crois que si je prends l’habitude d’écrire quelques mots sur ce qui se passe, ou plutôt sur ce qui ne se passe pas, je perdrai peut-être un peu ce sentiment de solitude et d’isolement qui m’habite…a écrit Virginia Woolf, exprimant par là-même exactement ce que je ressens. Étonnant, non ?

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(Virginia Woolf)

J’en suis déjà à quatre raisons et n’en reviens pas, car soudain, tout me devient clair, petit bout de phrase tirée d’un récit de Tchekhov, affichée par Raymond Carver sur le mur à côté de sa machine à écrire (c’est lui-même qui l’écrit).

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(Raymond Carver)

Alors vient ce coup de grâce infligé par Ernest Heminghay dans une interview : à partir de ce qui est arrivé, de tout ce que vous savez et de tout ce que vous ne pouvez pas savoir, vous inventez quelque chose qui n’est pas une représentation mais quelque chose d’entièrement nouveau, plus vrai que tout ce qui est vrai et vivant, et vous lui donnez vie, et si vous le faites bien, vous lui donnez l’immortalité. C’est pour cette raison que l’on écrit, et pour aucune autre…ce qui pose immédiatement la question de savoir si je le fais bien.

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(Ernest Hemingway)

Et en guise de conclusion sinon de justification, Ibsen parle du « mensonge vital », l’illusion nécessaire qui rend la vie possible, nous donne de l’espoir (même si c’est un espoir déraisonnable).

Pour toutes ces raisons précitées, je peux croire que je suis un écrivain. Et je veux surtout croire que ce n’est pas une illusion. Ce qui était à démontrer. A vous de juger.

Pour avoir une opinion sur soi digne de confiance, il faut connaître le sujet, et peut-être est-ce impossible. Nous savons ce que nous éprouvons sur nous-mêmes, mais seulement d’heure en heure ; nos humeurs changent, comme l’intensité de la lumière à l’extérieur de nos fenêtres. Et éprouver n’est pas savoir ; les émotions fortes bloquent le savoir. Il me semble n’avoir quasiment pas d’opinion sur moi-même. Je publie lorsqu’il me semble que je suis arrivée à ce que je pouvais faire de mieux, et il m’est impossible de porter d’autres jugements que celui-là.  

Joyce Carol Oates, La foi d’un écrivain, Philippe Rey, traduit de l’anglais (USA) par Claude Seban.

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26 octobre 2017

207 Esprit, as-tu du corps ?

 

Franchement, je n’y peux rien ; j’ai traversé la vie en luttant de mon corps contre un esprit retors, le sien, le mien donc aussi. Pourtant, c’est quand même le corps qui a les deux pieds sur terre, non ? Le monde qui pénètre par les yeux, les pieds, les doigts, le toucher.  Que ce soit le sien d’esprit ne souffre d’aucun doute puisque que celui-ci s’exprime sans arrêt dans son for intérieur quelque part au milieu du cerveau, le mien de cerveau donc (j’en suis à peu près certain), sans que cette pauvre victime de corps ait pu trouver jusqu’ici le bouton d’arrêt. D’ailleurs, c’est sûr, il ne le trouvera jamais puisqu’il n’y en a pas. Le seul bouton d’arrêt prévu (mais personne ne connaît la réponse avec certitude) est celui de l’interruption mortelle. Panne de courant. Pfff…alors en route pour le repos éternel. Certains, que je ne nommerai pas, disent aussi qu'ils entendent des voix, traduction, étrangères à eux et qui leur dictent ce qu'ils doivent faire. C'est aussi une hypothèse. Mais revenons à notre roman car nous nous égarons (je ne sais pas qui est ce nous !).

Me lavai rapidement entre les jambes, et le ventre, où son sperme était encore humide et collant ; un dépôt transparent et gluant ; je le touchai avec émerveillement et crainte ; ce sperme qui jaillit du corps de l’homme comme s’il devait franchir un abîme ;

 

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Je n’ai eu aucun mal à me fondre dans l’esprit de ce cette jeune fille, l’héroïne du roman qui vient, cette-fois-ci, non pas que je m’identifie à une fille (et pourquoi pas après tout), mais tout à fait complètement absolument résolument à son esprit. L’esprit de mon corps a reconnu son esprit-sœur. Parmi mes amis et mes connaissances, j’étais connue pour mon indépendance et ma non-présence, par quoi ils entendaient sans doute mon inaccessibilité. Une jeune étudiante en philosophie de dix-neuf ans, qui se fait appeler Anellia, c’est emballant, complètement à côté des pompes de ses consœurs étudiantes bourgeoises et autres filles de riches. Elle n’est qu’une fille de paysans.  Ne me déteste pas, nos vies ne sont que hasard, tel semble être son mantra, elle cherche l’amour, par l’esprit, mais aussi par le corps, ce corps que son esprit accepte avec difficulté, ce corps qu’elle croit devoir déguiser pour le rendre sexuellement attirant, son esprit ne croit pas à ce corps.

Comme dans la passion sexuelle nous sommes emportés par des courants qui battent en nous de façon impersonnelle ; en nous utilisant et en nous rejetant comme des enveloppes vides.

 

Jouissif !

Joyce Carol Oates, Je vous emmène, Points, traduit (de l’anglais – USA) par Claude Seban.

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06 octobre 2017

206 Descente aux enfers !

Je l’ai trouvé parmi une pile de livres que je n’avais pas encore lus. J’ai déjà lu plusieurs romans de cette écrivaine et ne fus jamais déçu. Elle écrit en français même si ce n’est pas sa langue maternelle. Elle écrit bien et fort. Elle se sert de notre langue (la sienne donc) comme de gants de boxe. Elle nous balance des coups qui nous sonnent et nous mettent à terre. Le genre de claques dont on ne se relève qu’avec des séquelles. D’ailleurs, je suis ko debout. Il s’agit des femmes iraniennes qui devraient nous mener au paradis alors qu’elles vivent l’enfer. Je ne vois rien à ajouter. Ah si ! Le titre ! Pan dans la gueule !

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(Chadortt Djavann)

C’est la religion qui inculque la haine du corps, du plaisir sexuel, l’idée du péché. Pourquoi jouir serait-il un péché ? Pourquoi le sexe serait-il sale ? Je ne considère pas que mon corps se salit au contact d’un autre corps. Avec la jouissance d’un homme. Pourquoi l’éjaculation et le sperme font-ils tant réagir les gens ? Tout ça, c’est à cause des conneries religieuses. Leur morale, qu’ils se la foutent au cul, les mollahs. « Un homme a des besoins », ils n’ont que ça à la bouche ; alors que les femmes ont plus de besoin sexuels que les hommes. Et les hommes le savent, et c’est pour ça qu’ils répriment et oppriment les femmes depuis la nuit des temps. Ils sont plus forts physiquement, mais sexuellement, ils n’arrivent pas à la cheville des femmes. Les femmes sont trop lâches et hypocrites pour revendiquer leur droit au sexe. La plupart préfèrent vendre leurs services sexuels à un mari contre une assurance matérielle à vie. Assumer son désir exige du courage.

Chadortt Djavann, Les putes voilées n’iront jamais au paradis !, le livre de poche. 

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30 septembre 2017

205 : A lire absolument ! (1 recueil de nouvelles et 1 roman policier)

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 « L’Insupportable perfection de l’être »

https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/857158/s/l-insupportable-perfection-de-l-etre-27b3047c2f/

Nouvelle n°1 (p3) : la perfection est de ce monde.

Quand je suis fatigué d’avoir tout raté, je vais voir le couple de hotte Savoie

Nouvelle n°2 (p9) : Petits suicides ratés : sans commentaire

Nouvelle n°3 (p25) : DAB

Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on doit se laisser marcher sur les pieds

Nouvelle n°4 (p37) : La fille de Dieppe

Elle court en jogging rouge sur les quais de Dieppe mais la vie ne lui fait pas de cadeau

Nouvelle n°5 (p65) : V2

Comment la littérature sauve un homme dont la vie a mal commencé

Nouvelle n°6 (p97) : Elvis

Le rockeur et l’islamisme

Nouvelle n°7 (p111) : La faute à Facebook

Tant que ça reste virtuel, ça passe, sinon, ça finit mal, en général

Nouvelle n°8 (p125) : Tango

Le temps qu’il fait à Buenos Aires quand un père cherche sa fille sans la trouver

Nouvelle n°9 (p157) : Les oubliés

Un clebs bi adore sauter sur les passants. Il est en manque comme son maître, un fils d’oublié

Nouvelle n°10 (p171) : Le sexe est perfection

auparadis.com Damien Remercier trouve chaussures à son pied et se retrouve avec plein de souliers, mais toujours sans Amour (avec un grand AAAAAh)

Nouvelle n°11 (p223) : L’écrivaine

Amélie Nothomb cherche témoin pour se rappeler ce qu’elle a fait la veille ausoir (réservé aux adultes consentants)

Nouvelle n°12 (p235) : Cordobà

La religion m’a rendu fou

 

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A commander chez Publibook (ou ailleurs)

 

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21 septembre 2017

204 La mort, c'est la vie !

 

Mon cerveau crispé par le temps pourri de cet automne normand vient de pondre ce titre sans que j’esquisse le moindre mouvement de sauve-qui-peut. Peut-être aurais-je dû l’effacer aussitôt. Or aussitôt pondu, aussitôt affiché au chapiteau de cette 204ème chronique. Je connais bien l’auteur qui vient et qui m’a inspiré ce titre, pour l’avoir lu à plusieurs reprises. Avec ce temps pourri, mon cerveau ne fut pas le seul reclus à la maison. Même en mal de bouquins, je négligeai ainsi de courir vers ma librairie préférée. Trop de froid trop de pluie. Je me contentai de fouiller dans les affaires (littéraires) de ma femme et tombai raide devant ce recueil de nouvelles corses. Raide. À la bonne heure ! Il en est beaucoup question dans ces nouvelles. Je m’y lançai pourtant habité de la sensation lancinante de l’avoir déjà lu, balayée illico par l’attrait de ce que je (re)lisais. J’aimais et je n’aimais pas, parfois. Il n’est question que de cul morbide bridé par le manque d’amour, l’impossibilité d’amour, et la violence puis la mort y surgit très tôt, trop tôt ? Non, à point nommé issue de la stupidité humaine. Je n’avais pas du tout goûté le prix Goncourt de ce Corse morbide mais je me soupçonne grandement de n’avoir pas tout compris au roman primé ou d’avoir jalousé son prix. Les deux à la fois ? Ma foi peut-être ! Et puis si vous le dites ! On devient fou quand on écrit. Un philosophe corse prix Goncourt ! Comme il l’écrirait lui-même, pourquoi pas un Noir, une femme ou un Arabe ?  Hein ! On aura tout vu ! J’avoue dans ce cas précis avoir été plus  attiré par le nom de l’auteur que par le titre de son recueil : « Variétés de la mort ». Franchement, il faut être à la fois Corse et philosophe pour pondre un titre pareil. Mais la mort, c’est la vie, non ? Si j’ai bien tout compris. S’il faut bien regarder les choses en face telles qu’elles sont. Ce livre est bourré d’ironie (en plus d’alcool et de cocaïne), en même temps (j’adore cette liaison) notre Corse philosophe vient d’une île tragique où tout est farces et tragédies à commencer par les groupes violents et nationalistes. À poursuivre par les bandes de jeunes cons violents et nihilistes. Il fait le tour de la question :

Il suffit que le temps passe et plus personne n’en a rien à branler du contenu de sa mémoire : c’est fini, et c’est bien suffisant pour susciter le tiède regret plein d’attendrissement sur soi-même qu’on appelle la nostalgie. Je ne sais pas s’il est illusoire de dissoudre toutes ses peines dans la nostalgie, comme si l’on était soudain incapable d’en comprendre l’importance – ou si, au contraire, nous ne pouvons nous libérer de l’illusion que par la nostalgie. Dans la compréhension de ces mots affreux, « c’est fini », peut-être nos tristesses perdent-elles ce caractère monstrueusement hypertrophié qui caractérise toute affection présente, peut-être reprennent-elles a posteriori leur modeste place réelle et dévoilent-elles enfin ce qu’elles sont : les éléments dérisoires et incontournables – parmi les millions d’autres éléments dérisoires et incontournables d’un monde qui ne cesse de disparaître.

Jérôme Ferrari, Variétés de la mort (nouvelles), Babel

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06 septembre 2017

203 N'être que soi !

 

J’ai lu presque tous les romans de Mohamed Moulessehoul. Depuis ses premiers romans « policiers » pendant la montée de l’islamisme en Algérie jusqu’à aujourd’hui. J’ai été bouleversé quand il a failli être jeté par son éditeur Julliard parce que celui-ci n’acceptait pas que son écrivain soutînt l’armée algérienne pendant la guerre civile, quand en France la suspicion régnait (parmi les gens mal informés ou de mauvaise foi) et que certains se demandaient « qui tue qui » ? Julliard lui avait adressé un ultimatum. Moulessehoul n’a pas cédé et en a même fait un livre magnifique « l’imposture des mots ». L’écrivain est toujours édité par Julliard. Le livre qui vient est juste incroyable. Il dérange notre vérité « occidentale », notre bien-pensance confortable et paresseuse, notre pensée unique qui recouvre des intérêts économiques de puissance dominatrice, etc. Mon but n’est pas de vous faire un cours de sociologie politique. Même si je le désirais, je n’y arriverais pas. Moulessehoul se met dans la peau d’un dictateur, le Raïs, dont la vie a commencé dans une peau très pauvre. Il commence par dire cette phrase qui sonne si bien et juste qu’on soit couvert de guenilles ou de soie, on n’est jamais que soi. Et c’est parti ! Mohamed Moulessehoul vraiment, n’a pas froid aux yeux. Moulessehoul encore et toujours !

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(Mohamed Moulessehoul alias Yasmina Khadra)

-Mon grand-père était berger. Il n’avait pas d’instruction, mais il avait une belle philosophie de la vie. Je n’ai jamais connu quelqu’un d’aussi à l’aise dans la pauvreté. Un rien suffisait à son bonheur. Si le hasard faisait bien les choses, pour mon grand-père, toutes les choses étaient bien faites. Il s’agissait de les voir telles qu’elles étaient, et non telles qu’on voudrait qu’elles soient. Selon lui, être en vie est une chance formidable, aucune peine ne devrait la supplanter. Je me souviens, il végétait n’importe comment et portait les mêmes hardes en hiver comme en été. Lorsque j’allais le trouver pour lui proposer de venir vivre avec ma petite famille à Ajdabiya dans une belle villa qui donnait sur la mer, il avait fait non de la tête. Pour rien au monde il ne voulait s’éloigner de sa tente montée au milieu de nulle part.

-Il avait tort.

Peut-être, mais il était ainsi, mon grand-père. Il avait choisi d’être bien dans sa peau, de ne pas se prendre la tête. Il était heureux et riche des joies qu’il partageait avec les gens qu’il aimait. Chaque matin, il se levait aux aurores pour regarder le ciel s’embraser. Il disait qu’il n’avait besoin de rien de plus…C’est l’exploit que j’aurais souhaité accomplir, monsieur. Être comme mon grand-père.

Yasmina Khadra, La dernière nuit du Raïs, Pocket

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29 août 2017

202 Vieillesse !

 

Pas vraiment un titre accrocheur. Mais il faut bien un jour en passer par là ! Je parle de la vieillesse. Cette vieillesse qu’on dit ennemie. Je parle pour ceux qui y arrivent ou qui surnagent déjà dedans. Pour les autres, ceux qui sont partis trop tôt, ils n’y auront pas droit par définition. Je ne sais pas encore s’il faut les plaindre.

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Question romans, puisqu’il s’agit de cela ici, je préfère bien sûr lire des livres dont les héros sont jeunes, au moins plus jeunes que moi (ça devient très facile et de plus en plus courant, sinon la règle). Ça me rappelle des souvenirs et ça m’enchante. Mais cette fois-ci, figurez-vous, j’ai choisi de lire un livre sur l’histoire d’une vieille à l’article de la mort comme on dit en une expressive expression à mourir d’horreur. Je ne m’identifie pas encore à cette Mary qui vit en Tasmanie (j’ai dû aller fouiller où ça se trouvait exactement – les voyages forment la vieillesse aussi) mais je voulais en savoir plus avant d’aborder cette rive encore inconnue (je parle de la mort et non de la Tasmanie que je ne découvrirai sans doute jamais – au-delà de quatre heures de vol, je hais l’avion). L’effet est contrasté, pour l’instant, et heureusement d’autres héros du roman bien plus jeunes n’arrêtent pas de faire l’amour sur des plages désertes. La Tasmanie n’est pas très peuplée. Et même très au large, en Antarctique figurez-vous. Puisqu’il s’agit aussi de l’antarctique. Et bien cette courageuse Mary arrive à imposer à toute sa famille de mourir là où elle le désire, dans un chalet au bord d’une plage déserte, plutôt qu’à l’hôpital ou dans une maison de vieux. Bien sûr parmi ses enfants, il y en a un qui la comprend, une (très autoritaire) qui ne le supporte pas et le troisième qui ne sait pas, on dirait qu’il ne sait rien mais finalement c’est peut-être celui qui l’a le mieux comprise. Et moi me direz-vous ? Et bien franchement, je suis d’accord avec Mary.

Mais la vue, elle, toujours aussi splendide, n’avait connu aucune altération. C’était la même que la dernière fois où Mary s’était tenue sur ce promontoire. L’île Courts était invisible – pour l’apercevoir, il fallait descendre la piste, un exploit dont elle ne se sentait plus capable. Impossible de distinguer les aiguilles de pierre au sud, visibles seulement par temps très clair. La houle, elle, la miraculeuse houle, était éternelle. La couleur de la mer, les remous à sa surface, la direction des rouleaux aux crêtes blanches d’écume, tout cela pouvait changer, mais pas le mouvement perpétuel, le déferlement sans fin des vagues. Cela la rassurait de penser à l’océan à travers les âges : la prévisibilité des marées, le renouvellement incessant. Lorsqu’elle ne serait plus là, la mer resterait telle qu’elle était et la terre continuerait à s’avancer dans les flots.

Karen Viggers, La mémoire des embruns, le livre de poche, traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Chapman

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