lire sa vie

23 octobre 2018

Salon du livre et du chocolat !

Au salon du livre et du chocolat à Sainte Marie la Mer, je me trouvais juste en face d'un stand de chocolat et j'ai bien sûr craqué et croqué (il est excellent).

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Petit rappel de mes livres :  "tout en part, tout y revient" (www.publibook.com)

Carte de visite Pierre Ferin recto

"L'insupportable perfection de l'être" (www.edilivre.com/doc/857158)

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"Vous saurez tout sur Marc Dubois sans jamais l'avoir demandé" (www.edilivre.com/doc/871791)

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Craquez, croquez et partagez !

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08 octobre 2018

234 Drapeaux

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Dans la nouvelle région du sud où j'entame ma deuxième retraite, demeurent beaucoup de pieds-noirs ou leurs descendants qui, j’en ai l’impression, vivent tout autant que leurs parents dans le ressentiment. Il faut comprendre que ces gens dominaient toute une population là-bas (les dits indigènes ou musulmans) alors qu’ils ne dominent plus personne ici. C’est la raison pour laquelle, je n’en vois pas d’autres, ils se montrent capables d’inaugurer (en 2012 ! – contre le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie) une plaque commémorative dans le petit port où j’habite dorénavant dont les premiers mots sont (je cite) « des Français d’Algérie chassés de leur province natale et qui ont su avec courage et abnégation créer une nouvelle vie en Métropole… » Je pense pour ma part qu’ils se sont « chassés » eux-mêmes n’étant pas capable de vivre aux côtés des Arabes et autres Berbères qu’ils n’avaient jamais considérés comme leurs égaux. L’Algérie à leurs yeux ne faisait manifestement pas partie de la République « liberté égalité fraternité » ! Leur « hystérie » face au drapeau algérien viendrait de là ! Je n’ai jamais vu personne s’effaroucher qu’un Français issu de l’immigration portugaise brandisse sa bannière portugaise dans la rue ou au rétroviseur de sa voiture, alors que des tonnes d’injures et de réactions sont suscitées par la simple apparition d’un drapeau algérien à l’extérieur, jusqu’à des appels au meurtre. Il faudrait que ces personnes réfléchissent enfin sur leur propre comportement ou celui de leurs ancêtres en terres maghrébines.

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Bleu blanc vert sont les couleurs de ce drapeau et le titre du roman que je viens de finir au milieu des cartons de mon déménagement. J’ai mis longtemps à le lire mais ce n’était pas dû à la teneur du roman. C’est l’histoire de l’indépendance de ce pays et c’est drôlement bien raconté. Les choses sont claires. Je ne puis que conseiller aux pieds-noirs et leurs descendants de le lire et le méditer. Maïssa Bey ne nous épargne rien, jusqu’au tsunami islamiste.

Bleu. Blanc. Vert. Dès qu’il a posé son cartable sur le bureau, il a dit : à partir d’aujourd’hui, je ne veux plus voir personne souligner les mots ou les phrases avec un stylo rouge ! Ni sur les cahiers ni sur les copies. D’abord j’ai pensé que le rouge était sa couleur. Je veux dire, la couleur du professeur. Une couleur réservée exclusivement à tous les professeurs. Pour les corrections et les commentaires. Les bien, très bien, passable, mal, médiocre, les points d’exclamation, d’interrogation, les zéros soulignés, les bonnes et les mauvaises notes entourées ou non d’un certain nombre de cercles pour que les parents les voient bien. Il a ajouté : maintenant vous ne soulignerez plus qu’en vert. Avec un stylo vert. J’ai levé le doigt. Il m’a autorisé à parler. J’ai demandé pourquoi. Pourquoi on ne devait plus utiliser le rouge. Alors il est monté sur l’estrade. Il a expliqué. J’avais tout faux. Il nous a dit que, si on écrivait avec un stylo bleu sur la feuille blanche et qu’on soulignait en rouge, ça ferait bleu blanc rouge. Les couleurs de la France. Celles du drapeau français. Il a dit qu’on était libres maintenant. Libres depuis quatre mois. Après cent trente-deux ans de colonisation.

Maïssa Bey, Bleu Blanc Vert, Points

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29 août 2018

233 Mon compagnon de route !

 

Ne lui dites rien, il ne le sait pas, mais depuis que je l’ai rencontré, je ne l’ai plus quitté. Il est devenu mon compagnon de route sur le chemin des livres. Même quand je m’éloigne un temps de lui, parce qu’il faut bien aller voir ailleurs comment vivent les gens et si le soleil luit autrement, j’y reviens toujours. J’ai lu six romans de lui en enfilade, sans que mon désir, mon plaisir, mon intérêt, ne s’effiloche. Bien plus tard, j’ai lu son incroyable enquête sur l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Comme toutes les rencontres importantes, celle-ci est due au hasard. Je revenais d’une mission au Maroc où j’avais sympathisé avec deux coopérants japonais (je raconte cette histoire dans mon recueil de nouvelles – « l’insupportable perfection de l’être » - www.edilivre.com/doc/857158) - et de retour à Toulouse où j’habitais à l’époque, sortait son nouveau roman sur Kafka – c’est ce que j’avais cru comprendre (Kafka sur le rivage), alors Kafka + Japonais, j’avais tilté. Mon petit doigt m’avait sommé de l’acheter et je me suis précipité dans ma librairie favorite. Et cet attrait perdure sans que j’envisage l’éventualité qu’il se tarisse. La façon de cet écrivain de considérer le monde et les gens me stupéfie toujours, tellement je le ressens tout itou. Je cherche encore les mots pour me l’expliquer mais ne les trouve pas. Est-ce à dire que je ne les possède pas ? Du plaisir à l’état pur. Cérébral bien sûr mais tout autant charnel. Je découvre avec lui que lire peut devenir aussi un plaisir charnel. Je les éprouve autant que je les ressens, ses mots, ses phrases, ses romans. S’il ne les avait pas écrit lui-même, j’aurais tant aimé le faire moi-même ! Et donc, voilà que je découvre un premier roman qui n’a pas été publié à l’époque où il l’a écrit sur une table de cuisine la nuit, après la fermeture du bar jazzy dont il s’occupait et était le propriétaire à l’époque. Alors là, j’adore.

 

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(Haruki Murakami - 2MB)

Elle me dit un jour, sérieusement (non, ce n’est pas une plaisanterie), qu’elle était entrée à l’université pour avoir une révélation divine. Il était alors quatre heures du matin, nous étions au lit, tous les deux nus. Je lui demandai quelle sorte de révélation divine elle espérait. « Comment pourrais-je le savoir ? dit-elle, puis elle ajouta, un instant après : Peut-être quelque chose comme des ailes d’ange qui descendraient du ciel. » Je tentai d’imaginer le spectacle d’ailes d’ange tombant du ciel dans le jardin de l’université. Vu de loin, cela m’apparut comme des mouchoirs en papier.

Personne ne sait pour quelle raison elle est morte. Je soupçonne qu’elle-même l’ignorait peut-être.

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Haruki Murakami, Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973, 10/18, traduit du japonais par Hélène Morita 

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19 août 2018

232 L'instant double !

 

Il m’arrive souvent de ne pas être là où je suis. Pas vous ? Mon corps est à un endroit mais mon esprit n’y est pas, il ne m’accompagne pas dans le paysage où je marche pourtant, ce n’est qu'un exemple, et mes yeux ne contemplent plus ce paysage pourtant si attrayant, tout se passe dans mon cerveau à partir de ce que mon esprit me dicte, qui n’a rien à voir avec ce que vit mon corps marchant tel un automate. Un peu comme le mobile qui emporte l’esprit loin de l’endroit où se trouve son corps, vers un autre esprit avec qui il correspond sans égard pour celui qui lui parle juste face à lui. C’est très étrange quand on y pense. Il doit pourtant exister un lieu quelque part où se réunissent enfin le corps et l’esprit, un lieu apaisant.

 

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(Azemmour)

Est-ce la culture qu’on nous enseigne pendant nos jeunes années agrémentée de celle qu’on acquiert en fonction de ses propres goûts qui nous rend ainsi double et dissocié de cette façon, et même souvent incapable d’écouter celui ou celle qui nous accompagne à cause de ce boucan intérieur, aussi prégnant qu’une addiction à un mobile ?

C’est ce qui arrive tout le temps à notre ingénieur marocain, dans le roman qui vient, féru de Voltaire et de poésie française, qu’on lui a enseignés au lycée Lyautey de Casablanca. Au point qu’il quitte tout pour suivre toutes ces phrases que son esprit déroule et impose à sa conscience. Il ne peut s’empêcher de vouloir savoir où tout cela va le mener. Et cela commence comme un retour aux sources, celles d’avant le lycée français, celles des premiers savants arabes (Averroès-Ibn Rochd, Ibn Tofayl, Ibn Khaldoun…), dans sa petite ville natale (Azemmour), dans le riad de ses ancêtres. Mais le Maroc contemporain a ses contingences, avec le retour des religieux islamistes (réveillés par Khomeiny depuis l’Iran) qui imposent une couche cultuelle destinée à la galerie et ses kyrielles de sectes qui inquiètent le Makhzen (État chérifien).

Rien ne se passe comme notre ingénieur l’espérait et ce lieu apaisant qu’il appelait de ses vœux et qu’il espérait trouver dans le Maroc profond de ses ancêtres en retournant aux sources n’est plus accessible, s’il l’a jamais été. Le monde comme le roman est une farce.

L’été arrivait. Comme les jours s’allongeaient, Adam prit l’habitude d’aller au bord du fleuve attendre qu’il fît nuit pour revenir au riad et s’endormir. Assis sur un tronc d’arbre, le regard noyé dans le lent cours d’eau, il lui semblait parfois qu’il se dissolvait dans la nuit qui descendait enfin, dans le silence qui s’épaississait, dans le vent léger qui apportait à la ville des senteurs d’iode et de varech. Alors il ne se posait plus la question : « qu’est-ce que je fais ici ? », puisqu’il n’y avait plus rien ici qu’un cœur qui palpitait doucement et une âme immobile, passive, une âme qui n’éprouvait aucun besoin de lier entre eux, pour donner un ens au monde, les signaux ténus qui effleuraient ses yeux comme de minuscules phalènes, les vibrations de l’air qui apportaient la vaine rumeur des remparts et les effluves presque imperceptibles qui montaient du sol humide et noir.

Fouad Laroui, Les tribulations du dernier Sijilmassi, pocket.

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15 août 2018

231 Estonia !

Bon, je sais que l’Estonie est un des trois pays baltes et que la capitale en est Tallinn (j’ai eu un peu de mal à m’en souvenir). Comme le nom l’indique, ces petits pays bordent la mer Baltique, sous la Finlande, le long de la Russie (il y a une carte opportunément située en début du roman). Que ce pays n’est indépendant que depuis 1992, ce que j’ignorais. Son histoire a priori m’intéressait sans qu’il y ait une quelconque raison raisonnable. Mais ce livre n’est pas à proprement parlé un livre d’histoire, quoique la lutte des Estoniens coincés entre les nazis et les communistes russes, pour leur liberté, sert de toile de fond. On pourrait de même dire qu’il s’agit d’une histoire de femmes survivant entre les idéologies (inhumaines par définition ?) et des hommes incommodes, chantres de ces idéologies ou tout simplement parangons de la domination masculine jusqu’à une violence extrême. Vraiment extrême sous la plume de l’écrivaine qui vient. Mais certaines femmes ne s’en laissent pas compter et retournent la violence des hommes contre eux. Mérité. Plus je lis de romans où l’idéologie communiste joue un rôle, plus je trouve des façons d’être et de faire pratiquement identiques dans toutes les langues et sous toutes les latitudes, et surtout peu intéressantes (je parle de l'idéologie, pas du roman, très intéressant, lui). Sinon ces sociétés auraient survécus, pardi, on ne lâche pas facilement ce qui nous va bien. Au fond, jusqu’ici, des hommes cherchent toujours à faire mieux que le capitalisme et tombent à chaque fois dans plus moche encore, du merveilleux qui chante au pire qui tue. C’est quand même incroyable, cette histoire, notre histoire, vous ne trouvez pas ? Au fond, ne reste que le ciel, avec ses constellations, la Grande Ourse pour la grand-mère du roman qui a besoin de l’apercevoir pour sourire, et celle de la Balance, pour moi, qui a le don de m’apaiser. Le cosmos, il n’y a que ça pour nous autres pauvres mortels.

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Et la pile d’exemplaires de la revue mensuelle Aide au propagandiste que Martin lisait avec avidité : « en 1960, pour 10.000 habitants il n’y avait que neuf médecins en Angleterre, aux États-Unis seulement douze, mais en Estonie soviétique, vingt-deux ! En Géorgie soviétique, trente-deux ! Avant la guerre en Albanie, il n’y avait pas de jardins d’enfants, mais maintenant il y en a trois cents ! » (…)  La vue des années et la mention « Édition d’agit-prop du Comité Central du Parti Communiste d’Estonie » imprimée sous le titre du journal firent retentir dans la tête d’Aliide le trémolo passionné de la voix de Martin. « La société socialiste fournit les meilleures conditions au développement du savoir, au développement de l’agriculture, à la conquête de l’espace ! » Aliide secoua la tête, mais la voix de Martin n’en sortit pas. « Le monde capitaliste n’arrivera pas à s’aligner sur notre niveau de vie qui avance comme un ouragan ! Le monde capitaliste tombera à genoux et disparaîtra (…) victoire victoire victoire ! » Martin ne disait jamais « peut-être ». Il ne pouvait pas douter, parce qu’il n’en laissait pas la possibilité dans ses paroles. Il ne parlait que de vérités.

Sofi Oksanen, Purge, le livre de poche, traduit du finnois par Sébastien Cannoli

 

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29 juillet 2018

230 Fini le Rock !

Il y a une meuf SDF qui s’imagine que c’est le capitalisme qui a inventé le travail, du coup, comme elle a eu un père communiste, elle refuse de travailler ; il y a un trader qui se prend pour un génie et mène une vie de saigneur, entouré d’une faune qu’il cloue dans son lit aussi bien qu’au pilori ; il y a les bittes molles qui ne trouvent que des chattes moisies, à chacun son dû ; il y a un chanteur mort qui hante le roman comme le monstre du Loch Ness (comme je ne suis pas rock, je n'ai pas compris qu'il était l'âme du bouquin, enfin peut-être, son fantôme en tout cas) ; il y a les SDF (tout le monde a peur de finir SDF en vieillissant) qui pensent comme tout un chacun quand ils ne sont pas soûls ; il y a les fafs qui se croient le nombril du monde et font régner leur ordre par les biceps et autres tablettes de chocolat ; il y a des actrices, des réalisateurs et des scénaristes de porn tout ce qu’il y a de bien ; il y a une jeune étudiante voilée pas très loin du porn qui va jusqu’à un colloque à Barcelona ; y a celles et ceux qui sont dingues de leur chien et j’en oublie évidemment car toute cette faune parisienne m’a soûlé. Et chaque fois que j’en reprenais, j’avais oublié tout ce que je venais de lire juste avant, savoir l’histoire (il n’y en a pas) et les protagonistes, ils sont nombreux, j’avais oublié tout tout tout sauf le style qui colle au roman comme le verlan au banlieusard, et époustoufle celles et ceux qui aiment cette langue argotique (et je peux ajouter le titre). Quant à moi, qui suis un type simple comme candide, j’ai besoin qu’on me raconte une histoire pour rester accroché et ne pas m'endormir. Et puis, du début à la fin, il y a Vernon, le disquaire en faillite, qui fait le lien entre tous les personnages et finit SDF aussi à cinquante ans, justement, la hantise. De bout en bout, il ne comprend rien de ce qu’il lui arrive. Vous avez compris c’est du Virginie Despentes. J’ai presque toujours du mal avec elle, je m’étais esbaudi quand elle avait attaqué Marcela Yacub dans un article en se moquant (sa marque de fabrique) au passage de Laurent Joffrin :

 

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("je ne pense pas avoir de place dans le monde")


« Du côté de l'Obs, rien de bien neuf non plus, cette gauche-là tutoie les sommets. Et quand Joffrin consacre la "une" de son journal au livre de Iacub (la belle et la bête), ce n'est pas qu'il vient de découvrir les vertus de la presse façon Closer, c'est la littérature qui l'appelle. Il s'explique dans son petit édito : "Les qualités littéraires du livre étaient indiscutables." Joffrin, on ne savait pas qu'il avait la faculté de trier ce qui entre en bibliothèque de ce qui part à la poubelle. On devrait faire appel à lui plus souvent, on s'épargnerait un tas de discussions oiseuses » (3 mars 2013).

De Despentes, pour l’instant, je ne retiens que sa King Kong Théorie, complètement, absolument, résolument.

En résumé, je l’évite, mais pour les mois d’été, je suis tombé sur son Vernon Subutex (tome 1). Pas sûr que je cherche le tome 2, peut-être quand j’aurai oublié le premier, c'est-à-dire demain.

Les filles sont sèches quand elles sont trop chargées, ça leur fait mal quand on les baise, les gars faites gaffe à vos prépuces. Ça, il le publie sur Twitter. Tant pis pour les déprépucés, avec leurs bites qui ne sentent plus rien. Il peut mettre la sienne entre les cuisses de n’importe quelle fille, ce soir. Elles sont venues pour ça, elles voient la taille de l’appartement, ça les chauffe, elles veulent sucer la queue du mec capable de se payer ça. Il voit tout. Il est une surface sensible et alerte. C’est la drogue mais pas seulement –son cerveau est un échangeur géant. Comme au centre-ville de Tokyo. Les infos le traversent, il organise. Toute la journée, il surveille huit écrans en même temps À force d’entraînement, son cerveau fonctionne cent fois mieux que celui d’un PDG lambda. Un directeur de banque est comme un type qui monte la montagne sur un âne tandis qu’il se déplace en fusée – trois fois le tour du monde, tous les jours, et pas seulement le tour du globe, de ses pas de géant, de marché en marché, mais le même trajet en coupe transversale -, synthétise les informations, saisit celles qui se conjuguent, les connecte. Émetteur-récepteur. Centre de tri intergalactique.

Despentes, Vernon Subutex (tome 1), le livre de poche

 

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22 juillet 2018

229 20 millions !

C’est une journaliste dont le premier roman de fiction est lu par vingt millions de lectrices de par le monde (j’imagine qu’il y a une majorité de femmes dans son lectorat et donc le pluriel féminin s’impose). Un polar psychologique attire davantage les femmes. C’est moins violent, au sens saignant, quoique les rapports dans les couples en cause soient plutôt rudes, je trouve, et les femmes prennent une part de cette rugosité. Au final, le sang coule par la faute de la violence masculine. Mon petit doigt n’avait pas hésité, c’est l’été, bavassait-il, va pour un polar à gros succès donc garanti sans prise de tête, juste trouver le coupable avant la fin, assez facile, avec quelque pages en passant, juste ce qu’il faut, qui semblent tellement justes sur l’alcoolisme au féminin, d’autant plus juste que je ne l’ai jamais expérimenté de près, sans doute addictif comme le roman, avec la possibilité si on le veut vraiment, de s’en sortir. Je n’en suis pas sorti, suis allé jusqu’au bout.

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17 juillet 2018

228 La part du football !

 

Il m’arrive d’écouter l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut sur France Culture. Du moins en partie, quand ça m’intéresse et si je ne m’énerve pas. J’en ai écoutée deux (en partie) sur la fin juin, une sur le foot (Finkielkraut avoue que l’équipe de France le fait vibrer)

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mais aussi celle de la semaine précédente dont je veux parler, sur les banlieues. Ne dirait-on pas que les deux sujets sont liés. Après avoir lu l’un des deux livres dont « Répliques » avait invité les auteures, je ne suis plus certain que ce soit encore le cas aujourd’hui. J’ai l’impression que quelque chose est en train de changer (en profondeur ?) et cela ne m’a pas enthousiasmé, le moins que je puisse dire. À lire le reportage « la part du ghetto », je ne suis pas sûr que les banlieues vont encore « produire » des sportifs de haut niveau comme ceux de l’équipe championne du monde en Russie qui ont tous plus de vingt ans (à part Mbappé – égalité). Cette enquête rapporte l’évolution en ghetto, de certaines banlieues, où prédomine d’une part, une économie de trafic (drogue et prostitution) qui rapporte de l’argent facile en grande quantité et se développe d’autre part un enfermement dans des rites religieux liberticides. En dehors de cela, la mode des jeunes (garçons) serait le retour au pays des parents (pays musulmans) et l’obligation du mariage halal pour tous (détrôné Zidane). Il est vrai que les footballeurs stars gagnent des sommes folles mais ce n’est pas en l’occurrence de l’argent facile, c’est le fruit du talent doublé d’un parcours long et difficile, au départ duquel tout le monde est à égalité dans son « petit » club, et d’une maîtrise mentale qui frise la perfection. 80% des footballeurs de haut niveau du monde entier sont issus des classes populaires, il ne faudrait pas l’oublier. C’est une belle revanche pour ces jeunes ainsi qu’un objectif pour une société qui prône la méritocratie.

Dois-je les blâmer ? Les admirer ? Sûrement pas. J’ai joué dans ce cirque à leur âge mais surtout par nécessité. Quand on est jeune et qu’on veut profiter des mêmes plaisirs que tout le monde, il faut forcément des moyens. Et on les veut tout de suite. (…) Je n’ai pas jugé les jeunes de cette nouvelle génération. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une sorte de nostalgie en les observant. De repenser à ma jeunesse où les matchs remplissaient nos journées. Tous les copains sur les bancs du terrain de football – Français, Portugais, Antillais, Africains, musulmans, juifs, bref un vrai métissage, une mixité disparue au profit d’un repli communautaire. « Ma » banlieue a perdu ses couleurs, sa richesse et sa joie de vivre ensemble. (…) Le travail de Manon m’a permis de mettre des mots sur un sentiment : ma haine du repli sur soi et ce désir, parfois nostalgique, de rester toujours ouvert sur l’autre. Avec, dans ma tête, toujours cette maxime : « Dans cette vie oublie que tu n’as aucune chance, fonce et sur un malentendu, ça passe. » (Malek alias Maximus)

Manon Quérouil-Bruneel et Malek Dehoune, La part du ghetto, (la vérité sur les banlieues), Fayard

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03 juillet 2018

227 L'Amérique sans fard !

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(celui-ci n'est pas un écrivain américain)

Je n’avais jamais lu de livre de cet écrivain américain de son vivant. Non, je ne parle pas de Philip Roth, dont j’ai à peu près tout lu, depuis le foudroyant Portnoy et son complexe (1970) jusqu’à la Tâche (2002), en passant par la Pastorale américaine (1999) et sans oublier J’ai épousé un communiste (2001), roman qui m’a tant marqué ! Des années après m’être sorti de ce guêpier (le communisme), en comptant sur mes propres forces (comme me l’avait inculqué Mao le président !), j’ai lu ce roman et me suis rendu compte que tout y était si évident ! Formidable. Ainsi donc, dès l’annonce de sa disparition, pas de celle de Philip Roth mais celle de l’auteur qui vient, je me suis rattrapé. Ce que les braves commentateurs, sur France Culture et ailleurs, m’ont révélés à propos de ce journaliste-écrivain au moment de son retour dans le cosmos (ou ailleurs), m’a convaincu de le lire toute affaire cessante. Ce que je fis, bien m’en pris. Au-delà du formidable intérêt du roman auquel je suis resté scotché (mille pages quand même !), j’ai appris une nouvelle et sacrée leçon d’écriture. Autant pour moi. Ensuite, j’ai vraiment aimé découvrir l’Amérique telle qu’elle est, en son inconscience la plus profonde, telle que rapportée par un journaliste, fabuleux observateur. Et quel journaliste ! Un journaliste-écrivain. Tous les milieux de la cité d’Atlanta sont décrits impitoyablement dans leur vanité, veulerie, crapulerie, folie des grandeurs et autres inconséquences, que ce soient les riches, les très riches, les pauvres, les très pauvres, les self made man, les intellos, les politiciens, les religieux de tous poils, les Blancs, les Noirs, les hommes, les femmes, les sportifs de haut niveau. Tout ce nouveau monde (great again), revit sous nos yeux magistralement. C’est époustouflant et passionnant. Si vous y ajoutez l’effet Trump, ça devient une description des plus actuelles.

Le visage de Charlie vira au rouge brûlant. Toute la petite famille caille ! Qu’est-ce que ça signifiait ? Les droits des animaux ? Quoi que ce fût, c’était de l’hérésie intentionnelle – du haut de leurs chevaux, elles les toisaient d’un air condescendant, eux, ces ancêtres, elles minaudaient en chœur et échangeaient des regards complces et supérieurs -, quelle…quelle…quelle impudence ! Selon une tradition aussi vieille que les plantations elles-mêmes, une chasse à la caille était un rituel dans lequel le mâle de l’espèce humaine jouait son rôle de chasseur, de pourvoyeur et de protecteur et où la femelle se pliait à l’ordre des choses, ordre excellent, irrésistible, louable et naturel. Charlie n’aurait jamais réussi à l’exprimer, mais il le ressentait. Oh, il le sentait…

Tom Wolfe, Un homme, un vrai, pocket, traduit de l’américain par Benjamin Legrand.

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17 juin 2018

226 La philo (et moi)

Ce n’est pas parce que l’épreuve de philo du bac 2018 s’approche que je m’égare en philosophie, rien à voir (circulez). Je viens tout simplement de terminer la lecture d’un opuscule qui traite de philosophie. Mon attrait pour la philo date de longtemps, de quand j’étais jeune homme. J’ai lu sans aide et sans préparation (on ne faisait pas de philo au lycée catho de mon plat pays) « ainsi parlait Zarathoustra » (Nietzsche), en une étrange configuration : je le lus de bout en bout avec la sensation collée au cerveau de n’y comprendre rien. Je marchais les bras tendus devant moi dans un brouillard opaque (au pas camarade, au pas camarade, au pas au pas au pas…). Mais le brouillard et la nuit m’ont toujours attiré, comme vous le savez, ou pas. Puis je tombai dans la bassine Marx et des soi-disant Marxistes. Je lus un certain nombre de ses ouvrages à l’exception notoire du Capital, pourtant capital en tout état de cause. Après la passade marxiste qui se révéla (après coup et en tous points) des plus déplorables – celles et ceux que ça intéressent, lisez mon roman « vous saurez tout sur Marc Dubois sans l’avoir jamais demandé »-, je revins à Nietzsche.

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Celui-ci me permit dans mon mitan de poser enfin (il était temps) mes lourds fardeaux idéologiques (communistocatho), en même temps que le plus destructeur d’entre eux, le ci-devant RESSENTIMENT. Avec toujours, imprégnant mon cerveau, cette sensation brumeuse de n’y rien comprendre. Par la suite, Deleuze m’aida grandement à comprendre, avec son Nietzsche (par Deleuze évidemment) que je trouvai lumineux. Je repris alors la quête du bonheur que j’avais entamée avec enthousiasme dans mon adolescence, après avoir laissé tombé ma foi en l’Église, là où je l’avais laissée, il n’est jamais trop tard pour bien faire, en m’aidant de Spinoza qui m’enchanta et d’un de ses disciples d’aujourd’hui et surtout d’hier que j’entendis un jour à la radio et que j’achetai illico. Il s’agit de mon vénéré Robert Misrahi et de sa « jouissance d’être ».

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Je dus attendre trois longues semaines avant de le tenir entre mes mains tremblantes et ma déconvenue n’en fut que plus aigue quand je constatai dès les premières pages, que dis-je, dès les premières lignes, que je n’y comprenais rien. Je précise, rien de rien. Je décidai pourtant que mon instinct ne pouvait se tromper et m’y accrochai de toutes mes maigres facultés mentales. Comme je n’arrivais pas à entrer par la grande porte, je trouvai une fenêtre ouverte du rez-de-chaussée par laquelle je m’introduisis presque par effraction. Bien m’en prit car je saisis alors clairement et d’un seul tenant ce qu’avait signifié tout mon militantisme de mes années de jeunesse et le réprouvai aussitôt.

Mais pourquoi tout ce récapitulatif aussi saugrenu que précipité ? Je reviens à mon opuscule du début. Ce n’est pas chez les curés qu’on m’aurait causé de Sade car « ce que Sade montre c’est qu’il n’y a pas de récit sans sujet, sans désir, sans corps. Bien avant Nietzsche, bien avant Freud, Sade est porteur de ce « grand soupçon ». L’origine du gai savoir est la même de Rabelais à Nietzsche en passant par Sade : « Nous ne sommes pas des grenouilles pensantes, des appareils d'objectivations sans entrailles. Méfions-nous de l’esprit objectif, des demi-philosophes qui analysent tout sans jamais rien comprendre. » Je ne suis pas un demi-philosophe (encore moins un entier), sinon je me serais senti visé (par quelqu'un du 18ème siècle, la honte !).

Tout le monde a entendu parler du sulfureux marquis mais je n’avais jusqu’ici jamais rencontré quelqu’un qui l’eût lu. Et bien, c’est fait maintenant. Non seulement Marie-Paule Farina l’a lu, mais en long et en large, jusqu’à en faire une thèse, soutenue, mais aussi (entre autres) ce petit opuscule (avec dessins suggestifs) intitulé « comprendre Sade ». Dire que j’ai tout compris serait nier ce que je suis. Mais j’ai essayé et en suis ravi. Lirai-je Sade un jour ?

Je n’ai qu’un ennemi à craindre poursuivit Zamé, c’est l’Européen inconstant, vagabond, renonçant à ses jouissances pour aller troubler celles des autres, supposant ailleurs des richesses plus précieuses que les siennes, désirant sans cesse un gouvernement meilleur, parce qu’on ne sait pas lui rendre le sien doux ; turbulent, féroce, inquiet, né pour le malheur du reste de la terre, catéchisant l’Asiatique, enchaînant l’Africain, exterminant le citoyen du Nouveau Monde, et cherchant encore dans le milieu des mers de malheureuses îles à subjuger.

Marie Paule Farina, Comprendre Sade, Max Milo

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Posté par Pierre Ferin à 16:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]