lire sa vie

15 août 2018

231 Estonia !

Bon, je sais que l’Estonie est un des trois pays baltes et que la capitale en est Tallinn (j’ai eu un peu de mal à m’en souvenir). Comme le nom l’indique, ces petits pays bordent la mer Baltique, sous la Finlande, le long de la Russie (il y a une carte opportunément située en début du roman). Que ce pays n’est indépendant que depuis 1992, ce que j’ignorais. Son histoire a priori m’intéressait sans qu’il y ait une quelconque raison raisonnable. Mais ce livre n’est pas à proprement parlé un livre d’histoire, quoique la lutte des Estoniens coincés entre les nazis et les communistes russes, pour leur liberté, sert de toile de fond. On pourrait de même dire qu’il s’agit d’une histoire de femmes survivant entre les idéologies (inhumaines par définition ?) et des hommes incommodes, chantres de ces idéologies ou tout simplement parangons de la domination masculine jusqu’à une violence extrême. Vraiment extrême sous la plume de l’écrivaine qui vient. Mais certaines femmes ne s’en laissent pas compter et retournent la violence des hommes contre eux. Mérité. Plus je lis de romans où l’idéologie communiste joue un rôle, plus je trouve des façons d’être et de faire pratiquement identiques dans toutes les langues et sous toutes les latitudes, et surtout peu intéressantes (je parle de l'idéologie, pas du roman, très intéressant, lui). Sinon ces sociétés auraient survécus, pardi, on ne lâche pas facilement ce qui nous va bien. Au fond, jusqu’ici, des hommes cherchent toujours à faire mieux que le capitalisme et tombent à chaque fois dans plus moche encore, du merveilleux qui chante au pire qui tue. C’est quand même incroyable, cette histoire, notre histoire, vous ne trouvez pas ? Au fond, ne reste que le ciel, avec ses constellations, la Grande Ourse pour la grand-mère du roman qui a besoin de l’apercevoir pour sourire, et celle de la Balance, pour moi, qui a le don de m’apaiser. Le cosmos, il n’y a que ça pour nous autres pauvres mortels.

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Et la pile d’exemplaires de la revue mensuelle Aide au propagandiste que Martin lisait avec avidité : « en 1960, pour 10.000 habitants il n’y avait que neuf médecins en Angleterre, aux États-Unis seulement douze, mais en Estonie soviétique, vingt-deux ! En Géorgie soviétique, trente-deux ! Avant la guerre en Albanie, il n’y avait pas de jardins d’enfants, mais maintenant il y en a trois cents ! » (…)  La vue des années et la mention « Édition d’agit-prop du Comité Central du Parti Communiste d’Estonie » imprimée sous le titre du journal firent retentir dans la tête d’Aliide le trémolo passionné de la voix de Martin. « La société socialiste fournit les meilleures conditions au développement du savoir, au développement de l’agriculture, à la conquête de l’espace ! » Aliide secoua la tête, mais la voix de Martin n’en sortit pas. « Le monde capitaliste n’arrivera pas à s’aligner sur notre niveau de vie qui avance comme un ouragan ! Le monde capitaliste tombera à genoux et disparaîtra (…) victoire victoire victoire ! » Martin ne disait jamais « peut-être ». Il ne pouvait pas douter, parce qu’il n’en laissait pas la possibilité dans ses paroles. Il ne parlait que de vérités.

Sofi Oksanen, Purge, le livre de poche, traduit du finnois par Sébastien Cannoli

 

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29 juillet 2018

230 Fini le Rock !

Il y a une meuf SDF qui s’imagine que c’est le capitalisme qui a inventé le travail, du coup, comme elle a eu un père communiste, elle refuse de travailler ; il y a un trader qui se prend pour un génie et mène une vie de saigneur, entouré d’une faune qu’il cloue dans son lit aussi bien qu’au pilori ; il y a les bittes molles qui ne trouvent que des chattes moisies, à chacun son dû ; il y a un chanteur mort qui hante le roman comme le monstre du Loch Ness (comme je ne suis pas rock, je n'ai pas compris qu'il était l'âme du bouquin, enfin peut-être, son fantôme en tout cas) ; il y a les SDF (tout le monde a peur de finir SDF en vieillissant) qui pensent comme tout un chacun quand ils ne sont pas soûls ; il y a les fafs qui se croient le nombril du monde et font régner leur ordre par les biceps et autres tablettes de chocolat ; il y a des actrices, des réalisateurs et des scénaristes de porn tout ce qu’il y a de bien ; il y a une jeune étudiante voilée pas très loin du porn qui va jusqu’à un colloque à Barcelona ; y a celles et ceux qui sont dingues de leur chien et j’en oublie évidemment car toute cette faune parisienne m’a soûlé. Et chaque fois que j’en reprenais, j’avais oublié tout ce que je venais de lire juste avant, savoir l’histoire (il n’y en a pas) et les protagonistes, ils sont nombreux, j’avais oublié tout tout tout sauf le style qui colle au roman comme le verlan au banlieusard, et époustoufle celles et ceux qui aiment cette langue argotique (et je peux ajouter le titre). Quant à moi, qui suis un type simple comme candide, j’ai besoin qu’on me raconte une histoire pour rester accroché et ne pas m'endormir. Et puis, du début à la fin, il y a Vernon, le disquaire en faillite, qui fait le lien entre tous les personnages et finit SDF aussi à cinquante ans, justement, la hantise. De bout en bout, il ne comprend rien de ce qu’il lui arrive. Vous avez compris c’est du Virginie Despentes. J’ai presque toujours du mal avec elle, je m’étais esbaudi quand elle avait attaqué Marcela Yacub dans un article en se moquant (sa marque de fabrique) au passage de Laurent Joffrin :

 

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("je ne pense pas avoir de place dans le monde")


« Du côté de l'Obs, rien de bien neuf non plus, cette gauche-là tutoie les sommets. Et quand Joffrin consacre la "une" de son journal au livre de Iacub (la belle et la bête), ce n'est pas qu'il vient de découvrir les vertus de la presse façon Closer, c'est la littérature qui l'appelle. Il s'explique dans son petit édito : "Les qualités littéraires du livre étaient indiscutables." Joffrin, on ne savait pas qu'il avait la faculté de trier ce qui entre en bibliothèque de ce qui part à la poubelle. On devrait faire appel à lui plus souvent, on s'épargnerait un tas de discussions oiseuses » (3 mars 2013).

De Despentes, pour l’instant, je ne retiens que sa King Kong Théorie, complètement, absolument, résolument.

En résumé, je l’évite, mais pour les mois d’été, je suis tombé sur son Vernon Subutex (tome 1). Pas sûr que je cherche le tome 2, peut-être quand j’aurai oublié le premier, c'est-à-dire demain.

Les filles sont sèches quand elles sont trop chargées, ça leur fait mal quand on les baise, les gars faites gaffe à vos prépuces. Ça, il le publie sur Twitter. Tant pis pour les déprépucés, avec leurs bites qui ne sentent plus rien. Il peut mettre la sienne entre les cuisses de n’importe quelle fille, ce soir. Elles sont venues pour ça, elles voient la taille de l’appartement, ça les chauffe, elles veulent sucer la queue du mec capable de se payer ça. Il voit tout. Il est une surface sensible et alerte. C’est la drogue mais pas seulement –son cerveau est un échangeur géant. Comme au centre-ville de Tokyo. Les infos le traversent, il organise. Toute la journée, il surveille huit écrans en même temps À force d’entraînement, son cerveau fonctionne cent fois mieux que celui d’un PDG lambda. Un directeur de banque est comme un type qui monte la montagne sur un âne tandis qu’il se déplace en fusée – trois fois le tour du monde, tous les jours, et pas seulement le tour du globe, de ses pas de géant, de marché en marché, mais le même trajet en coupe transversale -, synthétise les informations, saisit celles qui se conjuguent, les connecte. Émetteur-récepteur. Centre de tri intergalactique.

Despentes, Vernon Subutex (tome 1), le livre de poche

 

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22 juillet 2018

229 20 millions !

C’est une journaliste dont le premier roman de fiction est lu par vingt millions de lectrices de par le monde (j’imagine qu’il y a une majorité de femmes dans son lectorat et donc le pluriel féminin s’impose). Un polar psychologique attire davantage les femmes. C’est moins violent, au sens saignant, quoique les rapports dans les couples en cause soient plutôt rudes, je trouve, et les femmes prennent une part de cette rugosité. Au final, le sang coule par la faute de la violence masculine. Mon petit doigt n’avait pas hésité, c’est l’été, bavassait-il, va pour un polar à gros succès donc garanti sans prise de tête, juste trouver le coupable avant la fin, assez facile, avec quelque pages en passant, juste ce qu’il faut, qui semblent tellement justes sur l’alcoolisme au féminin, d’autant plus juste que je ne l’ai jamais expérimenté de près, sans doute addictif comme le roman, avec la possibilité si on le veut vraiment, de s’en sortir. Je n’en suis pas sorti, suis allé jusqu’au bout.

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17 juillet 2018

228 La part du football !

 

Il m’arrive d’écouter l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut sur France Culture. Du moins en partie, quand ça m’intéresse et si je ne m’énerve pas. J’en ai écoutée deux (en partie) sur la fin juin, une sur le foot (Finkielkraut avoue que l’équipe de France le fait vibrer)

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mais aussi celle de la semaine précédente dont je veux parler, sur les banlieues. Ne dirait-on pas que les deux sujets sont liés. Après avoir lu l’un des deux livres dont « Répliques » avait invité les auteures, je ne suis plus certain que ce soit encore le cas aujourd’hui. J’ai l’impression que quelque chose est en train de changer (en profondeur ?) et cela ne m’a pas enthousiasmé, le moins que je puisse dire. À lire le reportage « la part du ghetto », je ne suis pas sûr que les banlieues vont encore « produire » des sportifs de haut niveau comme ceux de l’équipe championne du monde en Russie qui ont tous plus de vingt ans (à part Mbappé – égalité). Cette enquête rapporte l’évolution en ghetto, de certaines banlieues, où prédomine d’une part, une économie de trafic (drogue et prostitution) qui rapporte de l’argent facile en grande quantité et se développe d’autre part un enfermement dans des rites religieux liberticides. En dehors de cela, la mode des jeunes (garçons) serait le retour au pays des parents (pays musulmans) et l’obligation du mariage halal pour tous (détrôné Zidane). Il est vrai que les footballeurs stars gagnent des sommes folles mais ce n’est pas en l’occurrence de l’argent facile, c’est le fruit du talent doublé d’un parcours long et difficile, au départ duquel tout le monde est à égalité dans son « petit » club, et d’une maîtrise mentale qui frise la perfection. 80% des footballeurs de haut niveau du monde entier sont issus des classes populaires, il ne faudrait pas l’oublier. C’est une belle revanche pour ces jeunes ainsi qu’un objectif pour une société qui prône la méritocratie.

Dois-je les blâmer ? Les admirer ? Sûrement pas. J’ai joué dans ce cirque à leur âge mais surtout par nécessité. Quand on est jeune et qu’on veut profiter des mêmes plaisirs que tout le monde, il faut forcément des moyens. Et on les veut tout de suite. (…) Je n’ai pas jugé les jeunes de cette nouvelle génération. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une sorte de nostalgie en les observant. De repenser à ma jeunesse où les matchs remplissaient nos journées. Tous les copains sur les bancs du terrain de football – Français, Portugais, Antillais, Africains, musulmans, juifs, bref un vrai métissage, une mixité disparue au profit d’un repli communautaire. « Ma » banlieue a perdu ses couleurs, sa richesse et sa joie de vivre ensemble. (…) Le travail de Manon m’a permis de mettre des mots sur un sentiment : ma haine du repli sur soi et ce désir, parfois nostalgique, de rester toujours ouvert sur l’autre. Avec, dans ma tête, toujours cette maxime : « Dans cette vie oublie que tu n’as aucune chance, fonce et sur un malentendu, ça passe. » (Malek alias Maximus)

Manon Quérouil-Bruneel et Malek Dehoune, La part du ghetto, (la vérité sur les banlieues), Fayard

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03 juillet 2018

227 L'Amérique sans fard !

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(celui-ci n'est pas un écrivain américain)

Je n’avais jamais lu de livre de cet écrivain américain de son vivant. Non, je ne parle pas de Philip Roth, dont j’ai à peu près tout lu, depuis le foudroyant Portnoy et son complexe (1970) jusqu’à la Tâche (2002), en passant par la Pastorale américaine (1999) et sans oublier J’ai épousé un communiste (2001), roman qui m’a tant marqué ! Des années après m’être sorti de ce guêpier (le communisme), en comptant sur mes propres forces (comme me l’avait inculqué Mao le président !), j’ai lu ce roman et me suis rendu compte que tout y était si évident ! Formidable. Ainsi donc, dès l’annonce de sa disparition, pas de celle de Philip Roth mais celle de l’auteur qui vient, je me suis rattrapé. Ce que les braves commentateurs, sur France Culture et ailleurs, m’ont révélés à propos de ce journaliste-écrivain au moment de son retour dans le cosmos (ou ailleurs), m’a convaincu de le lire toute affaire cessante. Ce que je fis, bien m’en pris. Au-delà du formidable intérêt du roman auquel je suis resté scotché (mille pages quand même !), j’ai appris une nouvelle et sacrée leçon d’écriture. Autant pour moi. Ensuite, j’ai vraiment aimé découvrir l’Amérique telle qu’elle est, en son inconscience la plus profonde, telle que rapportée par un journaliste, fabuleux observateur. Et quel journaliste ! Un journaliste-écrivain. Tous les milieux de la cité d’Atlanta sont décrits impitoyablement dans leur vanité, veulerie, crapulerie, folie des grandeurs et autres inconséquences, que ce soient les riches, les très riches, les pauvres, les très pauvres, les self made man, les intellos, les politiciens, les religieux de tous poils, les Blancs, les Noirs, les hommes, les femmes, les sportifs de haut niveau. Tout ce nouveau monde (great again), revit sous nos yeux magistralement. C’est époustouflant et passionnant. Si vous y ajoutez l’effet Trump, ça devient une description des plus actuelles.

Le visage de Charlie vira au rouge brûlant. Toute la petite famille caille ! Qu’est-ce que ça signifiait ? Les droits des animaux ? Quoi que ce fût, c’était de l’hérésie intentionnelle – du haut de leurs chevaux, elles les toisaient d’un air condescendant, eux, ces ancêtres, elles minaudaient en chœur et échangeaient des regards complces et supérieurs -, quelle…quelle…quelle impudence ! Selon une tradition aussi vieille que les plantations elles-mêmes, une chasse à la caille était un rituel dans lequel le mâle de l’espèce humaine jouait son rôle de chasseur, de pourvoyeur et de protecteur et où la femelle se pliait à l’ordre des choses, ordre excellent, irrésistible, louable et naturel. Charlie n’aurait jamais réussi à l’exprimer, mais il le ressentait. Oh, il le sentait…

Tom Wolfe, Un homme, un vrai, pocket, traduit de l’américain par Benjamin Legrand.

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17 juin 2018

226 La philo (et moi)

Ce n’est pas parce que l’épreuve de philo du bac 2018 s’approche que je m’égare en philosophie, rien à voir (circulez). Je viens tout simplement de terminer la lecture d’un opuscule qui traite de philosophie. Mon attrait pour la philo date de longtemps, de quand j’étais jeune homme. J’ai lu sans aide et sans préparation (on ne faisait pas de philo au lycée catho de mon plat pays) « ainsi parlait Zarathoustra » (Nietzsche), en une étrange configuration : je le lus de bout en bout avec la sensation collée au cerveau de n’y comprendre rien. Je marchais les bras tendus devant moi dans un brouillard opaque (au pas camarade, au pas camarade, au pas au pas au pas…). Mais le brouillard et la nuit m’ont toujours attiré, comme vous le savez, ou pas. Puis je tombai dans la bassine Marx et des soi-disant Marxistes. Je lus un certain nombre de ses ouvrages à l’exception notoire du Capital, pourtant capital en tout état de cause. Après la passade marxiste qui se révéla (après coup et en tous points) des plus déplorables – celles et ceux que ça intéressent, lisez mon roman « vous saurez tout sur Marc Dubois sans l’avoir jamais demandé »-, je revins à Nietzsche.

nietzsche

Celui-ci me permit dans mon mitan de poser enfin (il était temps) mes lourds fardeaux idéologiques (communistocatho), en même temps que le plus destructeur d’entre eux, le ci-devant RESSENTIMENT. Avec toujours, imprégnant mon cerveau, cette sensation brumeuse de n’y rien comprendre. Par la suite, Deleuze m’aida grandement à comprendre, avec son Nietzsche (par Deleuze évidemment) que je trouvai lumineux. Je repris alors la quête du bonheur que j’avais entamée avec enthousiasme dans mon adolescence, après avoir laissé tombé ma foi en l’Église, là où je l’avais laissée, il n’est jamais trop tard pour bien faire, en m’aidant de Spinoza qui m’enchanta et d’un de ses disciples d’aujourd’hui et surtout d’hier que j’entendis un jour à la radio et que j’achetai illico. Il s’agit de mon vénéré Robert Misrahi et de sa « jouissance d’être ».

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Je dus attendre trois longues semaines avant de le tenir entre mes mains tremblantes et ma déconvenue n’en fut que plus aigue quand je constatai dès les premières pages, que dis-je, dès les premières lignes, que je n’y comprenais rien. Je précise, rien de rien. Je décidai pourtant que mon instinct ne pouvait se tromper et m’y accrochai de toutes mes maigres facultés mentales. Comme je n’arrivais pas à entrer par la grande porte, je trouvai une fenêtre ouverte du rez-de-chaussée par laquelle je m’introduisis presque par effraction. Bien m’en prit car je saisis alors clairement et d’un seul tenant ce qu’avait signifié tout mon militantisme de mes années de jeunesse et le réprouvai aussitôt.

Mais pourquoi tout ce récapitulatif aussi saugrenu que précipité ? Je reviens à mon opuscule du début. Ce n’est pas chez les curés qu’on m’aurait causé de Sade car « ce que Sade montre c’est qu’il n’y a pas de récit sans sujet, sans désir, sans corps. Bien avant Nietzsche, bien avant Freud, Sade est porteur de ce « grand soupçon ». L’origine du gai savoir est la même de Rabelais à Nietzsche en passant par Sade : « Nous ne sommes pas des grenouilles pensantes, des appareils d'objectivations sans entrailles. Méfions-nous de l’esprit objectif, des demi-philosophes qui analysent tout sans jamais rien comprendre. » Je ne suis pas un demi-philosophe (encore moins un entier), sinon je me serais senti visé (par quelqu'un du 18ème siècle, la honte !).

Tout le monde a entendu parler du sulfureux marquis mais je n’avais jusqu’ici jamais rencontré quelqu’un qui l’eût lu. Et bien, c’est fait maintenant. Non seulement Marie-Paule Farina l’a lu, mais en long et en large, jusqu’à en faire une thèse, soutenue, mais aussi (entre autres) ce petit opuscule (avec dessins suggestifs) intitulé « comprendre Sade ». Dire que j’ai tout compris serait nier ce que je suis. Mais j’ai essayé et en suis ravi. Lirai-je Sade un jour ?

Je n’ai qu’un ennemi à craindre poursuivit Zamé, c’est l’Européen inconstant, vagabond, renonçant à ses jouissances pour aller troubler celles des autres, supposant ailleurs des richesses plus précieuses que les siennes, désirant sans cesse un gouvernement meilleur, parce qu’on ne sait pas lui rendre le sien doux ; turbulent, féroce, inquiet, né pour le malheur du reste de la terre, catéchisant l’Asiatique, enchaînant l’Africain, exterminant le citoyen du Nouveau Monde, et cherchant encore dans le milieu des mers de malheureuses îles à subjuger.

Marie Paule Farina, Comprendre Sade, Max Milo

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03 juin 2018

225 Perplexe !

Perplexe après la lecture de cet essai, je le suis.

 

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(Shkodran Mustafi)

À force de taper tout au long de son livre sur le même clou, l’auteur qui vient m’a laissé dans une zone grise. J’étais pourtant parti en trombe en le suivant, pour freiner des quatre fers vers la fin, après m’être accroché aux branches, car je ne prise guère l’abandon d’un livre en pleine page. J’avoue même avoir abandonné la lecture des vingt dernières pages, par lassitude, par perplexité, par overdose. Il faut reconnaître que le sujet est grave, complexe et glissant. Le fait que l’auteur soit psychanalyste a sans doute fini par me lasser ou m’embrouiller ou me donner la nausée. Mes synapses se sont closes les unes après les autres jusqu’au clap final avant les dernières lignes du combat, impossible de faire un pas de plus en sa compagnie. Car il s’agit bien d’un combat, celui en particulier de l’auteur pour faire entendre le vrai visage du terrorisme islamiste et la nature originelle de l’islam dans son Texte sacré. Essoré j’en suis sorti. Ce n’est pas tant que je sois en désaccord avec l’auteur sur le fond, c’est que, à force de s’y focaliser, on en oublie finalement la forme, savoir la masse (la somme des individus) des musulmans en France, qu’en est-il, qui sont-ils ? Et je suis bien placé pour m’en préoccuper. Tout le monde devrait s'en préoccuper. Je ne veux pas être dans le déni comme le martèle Daniel Sibony. Mais sans doute n’était-ce pas son propos, qui donne l’impression de ne s’adresser qu’aux responsables de l’État et du gouvernement.

Finalement, je retourne à son prologue :

Pourquoi serait-on exclu si on hérite d’une idéologie agressive ? Si l’islam contient des appels contre les autres, évoquer ce fait non seulement ne condamne pas les musulmans de ce pays, mais au contraire leur fait savoir que ce problème est partagé par ceux qui savent, c'est-à-dire par un grand nombre. (…) Cette origine, les musulmans n’ont fait qu’en hériter, ils ne l’ont pas eux-mêmes produite, tout dépend de ce qu’ils en font, et vu que l’épreuve est difficile, on pourrait plutôt leur témoigner  du soutien, de la bienveillance, de la compassion.

Daniel Sibony, Un amour radical, Croyance et identité, Odile Jacob

 

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22 mai 2018

224 De l'utilité de la sociologie !

N'en déplaise à Manuel Valls, la sociologie garde une place centrale dans ma réflexion (et donc dans mon action) ! Deux idées fortes ou forces contredisent mon manuel dans le livre qui vient : la première est qu'il vaut mieux comprendre son environnement avant d'y agir (pour que l'action soit plus juste et plus efficace) et la deuxième est que l'idée de déchéance de la nationalité (française) telle que la proposaient le président d'alors et son acolyte de premier ministre était pour le moins injuste, injustifiée et m'avait pour tout dire sidéré. Voici donc une enquête au long cours (2012-2017) sur une famille d'immigrés algériens (les parents) dont les huit enfants (dont cinq nés en france) sont interrogés par le sociologue qui vient, sur leur jeunesse, leur vie, leur intégration à la société française et leurs réactions à la série d'attentats islamistes en France. C'est passionnant, cela m'a éclairé et cela m'interroge énormément sur l'avenir du "vivre ensemble".  

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 Actuellement, le processus d’intégration pour la
nouvelle génération [les fils d'immigrés] apparaît bloqué, la campagne politique xénophobe renforce
le blocage et rend aléatoire son dépassement. En effet, la première génération
est renforcée dans sa production d’une identité ethnoculturelle de par le
refoulement dans la condition ethnique qu’elle subit, et la nouvelle
génération, en position ambivalente, est repoussée dans cette condition qu’elle
refuse. Cette situation contient le risque de voir le dépassement de cet
antagonisme dans une réunification sur la base de l’islam. Quelle que soit la
manière dont on examine la conjoncture, on est placé dans une situation où la
présence d’une population d’origine maghrébine quantitativement importante dans
la société française est une réalité. Elle est repoussée vers une condition
ethnoculturelle spécifique ; si cette situation se cristallise, une
transformation des règles organisant notre vie collective est inéluctable.

Stéphane Beaud, la france des belhoumi, la découverte

 

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20 mai 2018

223 L'interminable conflit !

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Marc Dubois s’imaginait vivre en parfaite harmonie avec ses convictions profondes, même s’il avait cru (avec beaucoup d’autres) qu’Israël avait été envahi par les armées arabes, qui de leur côté ne s’étaient pas privées de s’en vanter, alors que l’armée israélienne en réalité avait déclenché elle-même cette guerre par anticipation (il s'agit de la guerre des Six Jours en 1967). Et la tournure des évènements avait entièrement profité à l’État hébreux puisque Jérusalem était « réunifiée » et toute la Palestine conquise. Le sixième jour, les bulldozers israéliens étaient déjà à l’œuvre devant le Mur des Lamentations pour raser le vieux quartier arabe qui s’y trouvait afin de créer une vaste esplanade devant ce lieu sacré pour les Juifs.
Le philosophe et essayiste Tzvetan Todorov écrit dans le portrait qu’il trace de Raymond Aron, philosophe et sociologue, p 70 de la « signature humaine », le Seuil éditeur, octobre 2009 : « …dans un article de juin 1967, Aron évoque à propos de ses positions pro-israéliennes un mouvement [irrésistible de solidarité. Peu importe d’où il vient.] Commentant ce texte seize ans plus tard, Aron se reproche [l’oubli ou la méconnaissance du rapport de forces.] Il a donc négligé sa toute première règle de conduite : commencer par s’informer aussi bien que possible. [J’aurais dû, même à cet instant garder la tête froide.] Pour un observateur impartial, la situation était claire : la force militaire israélienne était bien supérieure à celle de ses voisins, et l’existence de l’État d’Israël n’avait pas été mise en danger. »
Dubois écrivant « avoue » ne pas avoir lu, ni écouté, encore moins rencontré à l’époque de la guerre des Six Jours d’observateur impartial, ignorant si Todorov l’aurait déniché sans pour autant écrire que cet observateur n’existait pas. Quand il écrit cela, Dubois ne fait pas allusion aux politiques et responsables de l’armée israéliens qui connaissaient parfaitement la situation et leur supériorité.
Tzvetan Todorov, un peu plus loin dans l’ouvrage déjà cité, faisant allusion à l’échange de lettre entre Raymond Aron et Claude Lévi-Strauss, anthropologue et ethnologue, ajoute : « Ceux qui ont répandu des contre-vérités dans la presse ne sont pas excusables au motif, suggéré par Aron, [qu’il n’y a pas de vérité objective au-delà des manières différentes dont les individus et les groupes perçoivent situations et évènements.] Ils ont manqué au nécessaire [respect des faits], premier article du crédo intellectuel. De sa familiarité avec des sociétés différentes de la sienne, Claude Lévi-Strauss a tiré une leçon qui s’applique aux deux : [je ne puis évidemment pas ressentir comme une blessure fraîche à mon flanc la destruction des Peaux-Rouges, et réagir à l’inverse quand les Arabes palestiniens sont en cause.] Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’humanité, en effet, que des [persécutés et opprimés vinrent s’établir dans des terres occupées depuis des millénaires par des peuples plus faibles encore, et qu’ils s’empressèrent d’évincer.] »
Lisant Todorov et ses citations en 2009, à la sortie du livre, en pleine tentative de comprendre le sens de sa vie, Dubois en conclut qu’il est plus que nécessaire de fouiller et comparer pour s’approcher de la vérité car tout est prétexte à manipulation. 

 

Pierre Ferin, Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé,  www.edilivre.com/doc/871791

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27 avril 2018

222 Le Militant !

Le Militant !

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C'est l'histoire d'un militant qui va jusqu'au bout de son engagement. Ce n'est pas volontaire, il est fait comme ça. Son jusqu'auboutisme va le mettre à terre, plus bas que terre, en enfer. Il passe ensuite beaucoup de temps à comprendre qu'il y a une vie en dehors du militantisme, et que cette vie pourrait être la sienne ! A travers des évènements tels que la guerre de Six Jours, Mai 68, le gauchisme, et jusqu'au salafisme, ce roman décrit (et tente d'expliquer) le phénomène de la radicalisation politique et religieuse.

"Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé" Pierre Ferin www.edilivre.com/doc/871791

Le ponte était un vieux de la vieille, un satané roublard tout rougeaud,
qui avait l’air d’une barrique de pinard échouée là depuis des lustres, affublé
du comportement d’un vieux crabe expert en panier de crabes. En s’asseyant
comme l’y engageait le ponte, Dubois constata avec surprise que leur action de grévilla était en débat et découvrit
avec plaisir qu’elle était farouchement défendue par les militants de sa
section. Ils se coltinaient, sans état d’âme, au secrétaire de section de
l’autre atelier de Caterpillar qui avait tout l’air d’un coquelet dressé sur
ses ergots, un furibard plus cgtiste que la CGT fulminant sur le fait que
l’autre section, celle de Dubois, qu’il apostrophait depuis l’instant où
celui-ci était entré, avait osé
abandonner la politique de classe chère au camarade Marchais. Le type bavassait
et hoquetait que la section d’usinage avait vendu son âme aux traîtres de la CFDT,
pas moins, preuve en était, s’il en fallait, que ces traîtres ne distribuaient
plus les tracts de dénonciation de la CFDT, (s’étranglait-il), des tracts issus
de leur propre syndicat, un comble. Ceux de la section de Dubois défendaient
leur position avec détermination, ce qui rassura Dubois sur ses propres choix,
car il craignait par-dessus tout de tomber une nouvelle fois sur un tribunal prolétaire, ancienne manière, révisionniste celui-là. Pour une fois,
il ne se sentait pas abandonné, mais se réjouissait trop vite cependant car quelque
chose de ce genre flottait bien dans l’air. Le petit mâle vindicatif tenta en
vain d’attirer Dubois dans un duel en ne cessant de lui lancer des regards
provocateurs. On aurait dit qu’il regrettait de se retrouver à ferrailler contre
ses propres camarades, alors qu’il s’était manifestement préparé à occire au
bout d’une passe d’arme sublime l’anarcho-syndicaliste que Dubois représentait
certainement à ses yeux. Il aurait voulu convaincre qu’une manipulation de la
section était en jeu. Sans doute en était-il lui-même convaincu. L’heure est grave camarades. Comme les
soi-disant manipulés continuaient sans broncher à défendre pied à pied la ligne
élaborée ensemble, Dubois se garda bien d’intervenir. Ses camarades tinrent
tête sans complexe au volatile arrogant qui avait encore bien des couleuvres à
avaler avant d’être en mesure de succéder au gros malin. Celui-ci se dit
d’ailleurs qu’il était grand temps d’écraser de sa patte féline cette affaire
mal engagée, car il s’en serait fallu de peu que les camarades de l’autre
section, à force, fussent eux-mêmes convaincus par les autres arguments. Alors
il imposa le silence de tout son poids, et il en avait, cela se voyait. Matois,
il commença par calmer le débat, susurrant que de toute façon, les deux
sections décideraient ensemble de la ligne à suivre. On voterait. Ce serait
donc un vote qui les départagerait et les tiendrait.

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Posté par Pierre Ferin à 14:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]