(Attention ! Attention ! Mesdames et messieurs et néanmoins chères amies et amis, plus que 6 JOURS avant la date fatidique du 12 DECEMBRE 2012 ! Rendez-vous ici même ! Sinon, vous le regretteriez amèrement !)

 

Oh ! Les gars et les filles ! Quand je look cette photo de la manif de civitas, j’ai l’impression de régresser et de marcher sur la tête. Pas vous ? Au secours, l’Inquisition et le Moyen Âge reviennent !

civitas

(mille excuses, pas réussi à agrandir la photo !)

Le monothéisme, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Ceci explique sans doute cela. Quatorze années d’enseignement catholique (depuis l’école primaire jusqu’à l’université catho) me donne une certaine légitimité pour en parler. Enfin je crois ! Ben non ! Justement, je ne crois plus. M’en vais de ce pas vous narrer tout ça. Rapidos ? D’accord ! Succinctement donc !

Il était une fois un pays voisin, plutôt plat, suivez mon regard, où l’enseignement catholique représentait 80% de la totalité de l’enseignement. Les 20 % restant étaient l’enseignement libre. Tout le contraire d’ici et maintenant, comme vous pouvez le constater. Dans ce petit pays, l’enseignement libre avait très mauvaise réputation. Il n’y avait que les Juifs et les athées convaincus pour le fréquenter. D’ailleurs, les établissements d’enseignement secondaire s’appelaient des Athénées. Vous voyez ce que je veux dire. Et vous n’êtes pas non plus sans ignorer, je suppose, ce que l’Église catholique a toujours pensé des Juifs (même si elle ne s’en vante plus). J’étais donc au collège Sainte Marie. Que des garçons bien sûr, et des mecs comme profs, et des abbés à la direction de cet établissement dédié à la vierge. Un monde tronqué. Pas une seule gonzesse en vue, rendez-vous compte. Bon ! J’allais à la messe chaque matin avant les cours. Normal, c’était obligatoire. J’avais quinze ans et je m’étais déjà tapé six années d’école primaire chez les petits frères de l’enfant jésus et trois ans dans un autre collège catho. Jusque-là, je m’étais senti plutôt bien. De toute façon, je ne connaissais rien d’autre. Je n’avais jamais croisé un Juif ou un musulman de ma vie. Des Juifs, je ne connaissais que ceux du sanhédrin – vous savez sans doute ce que les Evangiles en disent – quant aux musulmans, à cette époque, ils avaient toujours été arrêtés à Poitiers. J’avais même eu ma petite crise mystique, figurez-vous. En fait, le message d’amour du Christ me plaisait bien, et me plaît toujours bien. Il me plaisait nettement moins quand certains abbés essayaient de m’attirer sur leurs genoux (quand j’étais encore un peu plus jeune). Je n’aimais pas du tout ça. Ce qui m’intéressait, c’était plutôt le monde mystérieux de la femme. De ce côté, j’étais mal barré. Ils disaient que j’avais mauvais esprit. Car eux, faisaient comme si elle n’existait pas, à part Marie, une mère vierge. Pas une vraie femme quoi ! Je n’avais donc comme références de la femme que ma mère. Bon ! Très insuffisant. Je n’avais même pas la chance d’avoir des sœurs. Je commençais à trouver tous ces abbés très hypocrites. Je trouvais qu’ils professaient des vertus que le fonctionnement même de l’Église contredisait. Bref, j’avais un doute. Un gros doute. Comme une crise mystique à l’envers. Et je n’aime rien moins que l’hypocrisie. J’ai donc demandé audience auprès de l’abbé directeur. Il me l’accorda. Je m’ouvris à lui (avec la fougue sans doute d’un adolescent) et lui dis en substance, qu’ayant un doute, je préférais, pendant un certain temps (le temps nécessaire de le lever ou pas), venir directement à la « colle » du samedi matin, que récoltait ceux qui oubliaient de venir à la messe d’avant les cours. Cela ne lui a pas plu. Du tout. Il faut croire que cet abbé n’aimait pas la sincérité. Tu ne mentiras point, pourtant, exactement ce qu’il m’avait enseigné. Basique, non ? Il y a sans doute autre chose que je n’avais pas compris et qui m’échappe encore. Car, figurez-vous qu’il m’a exclu définitivement du collège, sur le champ. Peut-être savait-il que je lisais tous les romans mis à l’index par la très sainte et catholique institution romaine ? Mais comment cet abbé l’aurait-il su ? Je lisais en cachette. Il n’appliqua pas en tout cas l’injonction de Jésus de se préoccuper (davantage) des brebis égarées. J’aurais tant voulu être cette brebis égarée objet de toute sa compassion ! Et que se passa-t-il ? Finalement, je m’en suis formidablement bien trouvé. J’ai enfin découvert le (vrai) monde et dans ce monde, la moitié qui était ignorée par les curés.

photo-de-groupe-sur-l-esplanande-du-rosaire-novembre-2008

  À la même époque, j’avais un ami pédé. Je ne savais pas qu’il l’était, et de toute façon m’en serais tapé. Il l’était donc et était aussi mon ami. Eh bien, il ne supporta pas très longtemps d’être considéré comme un malade qu’on va guérir, ce qu’il entendait souvent dire dans son pays très catholique. Et que croyez-vous donc qu’il fit ? Quelques années plus tard, il a fichu le camp loin de là. Il vit depuis quarante ans à New York, en couple, avec toujours le même ami, trouvé sur place, lui, une belle stabilité. Le plus drôle dans cette affaire, qui me fait toujours sourire à chaque fois que je vais les voir, c’est que son ami est catho, je vous le jure, c’est même lui qui est le responsable bénévole de la décoration florale de l’église de sa paroisse. Ils votent tous les deux Obama c’est sûr.

Les monothéismes sont à l’origine de plusieurs civilisations importantes.Je ne vous apprends rien. Ce n’est d’ailleurs pas mon but. Celui-ci est le plaisir de partager avec vous. À la façon d’une communion. Les civilisations engendrées par les monothéismes m’ont toujours fasciné, comme m’a toujours intrigué l’idée de Dieu. Comme m’ont toujours intéressé les messages des religions quand ils sont débarrassés de ceux qui prétendent les porter à la force de leur prosélytisme. Il est difficile pour moi de me balader sans visiter églises et cathédrales que je trouve sur ma route. Alors, quand je pénêtre dans une mosquée-cathédrale comme celle de Cordoue, j’entre en transe.

3mezq

interieur_mosquee_cordoue

Je m’énerve aussi quand je constate comment le chœur de cette cathédrale, construit des siècles après la mosquée, l’a dénaturée.

choeur mosquee 3

Je partage avec beaucoup d’entre vous en effet la méfiance envers les monothéismes en tant qu’institutions qui déroulent leurs rites et leurs certitudes. Pas tellement leurs rites, on a tous besoin de rites pour vivre, on s’en crée chacun tous les jours, mais surtout leurs certitudes. Je suis le fils du doute. Je précise que je respecte les croyants. Mais je remarque que les trois monothéismes du Livre (comme disent les musulmans), ont au moins quelque chose en commun, sinon le même Dieu, en tout cas une façon particulière de mépriser-reléguer-soumettre la femme.

Santiago_0994

Mes années d’enseignement catholique ont formé-déformé ma façon de penser. Comme m’a sorti un jour une personne chère à mon coeur, le monothéisme c’est comme le parti unique. Tu peux éventuellement penser le contraire de ce qu’il faut penser, mais tu n’as surtout pas le droit de le faire savoir.

Il faut croire que les monothéismes n’ont pas toujours été ce qu’ils semblent vouloir redevenir aujourd’hui, un repaire de types qui ne rêvent que de retour en arrière, au temps béni où la femme n’avait qu’à la boucler et s’occuper de la marmaille (entre autres). Il n’y a qu’un petit saut (dans le temps) à faire pour découvrir, par exemple, le traité décisif (l’accord de la religion et de la philosophie). J’adore butiner des fleurs à priori étranges et exotiques pour moi. Ce traité a été écrit au 11ème siècle à Cordoue par Abû’l-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammed ibn Ahmad ibn Rochd (Avérroès – pour les occidentaux) :

Nous disons donc : Si l’œuvre de la philosophie (falsafa) n’est rien de plus que la spéculation sur l’univers en tant qu’il fait connaître l’Artisan (je veux dire en tant qu’il est œuvre d’art, car l’univers ne fait connaître l’Artisan que par la connaissance de l’art qu’il révèle, et plus la connaissance de l’art qu’il révèle est parfaite, plus est parfaite la connaissance de l’Artisan), et si la Loi religieuse invite et incite à s’instruire par la considération de l’univers, il est dès lors évident que l’étude désignée par ce nom de philosophie est, de par la Loi religieuse, ou bien obligatoire ou bien méritoire. Que la Loi divine invite à une étude rationnelle et approfondie de l’univers, c’est ce qui apparaît clairement dans plus d’un verset du Livre de Dieu. Ibn Rochd (Averroès),Traité décisif, traduit de l’arabe par Léon Gauthier, éditions Sindbad

traité décisif

(attention, ce n'est pas la même édition dont j'ai retiré ma citation, ni le même traducteur)

 

Devant ce retour de manivelle, je me suis à maintes reprises demandé si, finalement, pour la plupart des gens, il était possible de ne pas croire. Je me suis donc rué sur un livre sur la question. Il s’intitule  Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi. Il est de Jacques Bouveresse, aux éditions Agone. Je crois franchement qu’il est difficile voire impossible d’être plus exhaustif que lui sur cette question :

P 67 Une chose qui, en tout cas, ne peut faire aucun doute est la possibilité que la religion intérieure – qui représente, selon James,  « quelque chose de plus fondamental que les systèmes théologiques et les institutions ecclésiastiques » - ne soit pas réellement affectée, mais au contraire plutôt fortifiée, par le déclin et la perte d’importance de la religion rituelle et institutionnelle. Mais il est possible aussi, et c’est sans doute ce qui rend la situation présente si difficile à évaluer exactement, que le regain apparent de considération et d’influence que connaissent actuellement certaines Églises ne corresponde en aucun cas à un renouveau réel de la religion intime. Et, dans ce cas-là, ceux qui pensent que le progrès, en matière de religion, ne peut consister que dans la déritualisation et l’intériorisation croissantes de celle-ci, ou en tout cas passent nécessairement par elles, n’ont guère de raisons de se réjouir de ce qui se passe.

P 70 La règle d’or selon Lichtenberg : « on ne doit pas juger les hommes d’après leurs opinions, mais d’après ce que les opinions font d’eux ». Et si on applique une règle du même genre aux croyances, on dira qu’il ne faut pas juger les hommes d’après leurs croyances, mais d’après ce que les croyances font d’eux. Même les adversaires les plus déterminés de la religion pourraient difficilement nier qu’il y ait des croyants dont la religion a fait des hommes admirables et on peut, du reste, sûrement en dire autant de l’incroyance : elle est tout à fait capable, elle aussi, de produire des êtres vertueux et même des héros et des saints.

peut-on ne pas croire