Attention ! Plus que deux jours avant le 12 décembre ! Maman ! j’ai peur ! RDV ici

 

Je crois vous l’avoir déjà dit, Paul est mon ami. Je vous en ai même longuement parlé au cours de deux rubriques (6 et 7). 

 

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Je vous l’ai dit aussi, nous déjeunons une fois par mois ensemble dans un restaurant de la ville. Je vous rassure (si vous aviez besoin de l’être), Paul va beaucoup mieux. Ce n’est pas qu’il ait oublié sa mésaventure, elle reste inscrite en bas à droite dans sa mémoire vigilante, c’est qu’il m’a déclaré la dernière fois que nous nous sommes vus : j’aime bien ton blog mais on dirait que tu ne t’intéresses qu’à des bouquins sérieux.

-Sérieux ? Que veux-tu dire ?

-Ben oui ! Ça rigole pas beaucoup dans tes lectures ! Ce sont plutôt des livres qui portent à la réflexion. Je dirais même plus que ce ne sont que des livres qui font réfléchir.

Un silence pendant que je réfléchis moi-même.

-T’as p’t’être raison. Oui mais voilà ! Ça voudrait dire que je suis un type indécrottablement sérieux qui ne rigole jamais ? Comme un religieux quoi ! Et pourtant, c’est très loin de la vérité, je m’amuse tous les jours, je t’assure. Même toi, tu le sais parfaitement.

-Ça n’a peut-être pas toujours été le cas ?

-Non ! Je n’crois pas. J’aime bien rire. J’essaye toujours de plaisanter. Ça tombe même parfois à plat quand ça devient systématique. Tiens ! Je te raconte la dernière où je me suis vraiment vautré…

Etc., etc.

Je me suis donc gratté la tête, planté devant ma bibliothèque. Ben ! On dirait que Paul n’a pas tout à fait tort. Où pour le dire autrement, il aurait peut-être même raison. On dirait que comme j’aime bien plaisanter dans la vie courante, je ne nourris mon esprit qu’avec des lectures sérieuses ! Mon Dieu ! Encore un coup des curés qui m’ont gavé l’adolescence sur la gravité du monde et de la conduite à y tenir pour mériter le gros cadeau de Noël à la fin des fins : passer l’éternité au milieu des barbus, Dieu le Père, Saint Pierre, Saint Machin, et dans le bâtiment voisin, toutes les vierges pour les barbus concurrents. Au moins eux, ils sont avec les vierges qui, tenez-vous bien, se régénèrent vierge après chaque dépucelage (bon ! ce petit détail, je ne le garantis pas). Ça vaut le coup de faire une croix ( !) sur sa vie sexuelle d’ici-bas. Accepter momentanément l’abstinence pour mieux s’éclater dans l’éternité. Bon, trève de plaisanteries stupides et au diable les curés imberbes et les barbus vociférants.

J’étais donc planté, comme j’en ai pris l’habitude, devant ma bibliothèque. J’ai commencé par me gratter la tête (tu te répètes, mon vieux, t'as l'air fatigué, t’as besoin de petites vacances).
Vingt Dieux, que je me suis écrié, c'est vrai de vrai, que des bouquins sérieux. Je retrouve même des opus de BHL (que j’ai lu, figurez-vous), c’est dire.

Je fouille, je sors un titre dont je ne me souviens plus du sujet (je vais encore me faire réprimander), non, rien à voir avec l’humour, je continue, je passe des rangées entières au scanner, rien, que dalle, makash walou, pas le moindre gag à se mettre sous la dent, pas le plus petit Daninos, pas le moindre San Antonio, que faire ? Il y a bien Murakami, j’adore sa façon d’écrire, que je trouve pleine d’humour comme dans les amants du Spoutnik, mais ce n’est pas le cœur de son œuvre évidement, qui n’est pas toujours marrant. Alors que faire que faire ? (tu radotes mon vieux) Et c’est encore mon petit doigt qui m’a sauvé. Mais si ! (qu’il m’a signifié en s’agitant), il y a cet écrivain du XVIIIème siècle…quel écrivain ? Mais tu sais bien, tu avais beaucoup aimé, son style (d’époque), sa verve, son inventivité et surtout son esprit de libertinage…ah oui ! Ça me revient ! Il s’appelait comment déjà…on s’est mis à chercher tous les deux comme deux Alzheimer débutants, et puis c’est revenu d’un seul coup :

                                                                                   De Nicolas Fromaget

                                                                                  Le cousin de Mahomet.

 

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(photo tirée du site turkeyforholidays.com)

 

 

Alors là, pour une perle, c’est une vraie petite perle ! Et c’est drôle drôle drôle. Ce livre, c’est un véritable cadeau original à faire pour saint nicolas-noël-nouvel-an-la trinité et tout ce que vous voulez, surtout pour montrer que vous avez du goût et savez trouver quelque chose à quoi personne, mais alors personne, (je vous dis bien personne), d'autre que vous, n'aurait pensé. Vous serez le seul, garanti sur facture ! Au moment de déballer les emballages cadeaux, quand tout le monde aura à peu près le même dernier gadget insignifiant à la mode, vous verrez le sourire épanoui de la personne à qui vous offrez ce bijou. (Et même si, par la plus grande des méprises,  elle  n’était pas contente sur le moment, elle le serait inmanquablement plus tard en le lisant) Attention ! Ne faites surtout pas ce cadeau si vous vous réunissez entre lectrices et lecteurs de ce blog ! (Mais c’est d’une évidence…quel gâteux celui-là !)

 

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(dessin extrait de wikipédia)

Nicolas Fromaget est connu pour des opéras-comiques et quelques romans. C’est un auteur du XVIIIème siècle (comme je l’ai déjà dit – fais gaffe mon vieux, tu commences à gagatiser). Dans ce roman « turc », l’auteur s’est surpassé. On dirait que tout est authentique tellement c’est criant de vérité. Même les expressions sont réellement issues du parler turc du moment sur les bords du Bosphore. Le plus extraordinaire, c’est que personne ne sait si Fromaget y est allé. On ne connaît même pas son année de naissance ! En tout cas, son écriture est magnifique et d’une impertinence formidablement réjouissante. On dirait du Jacques le fataliste de Diderot en mode comique, du Sade avant Sade et du personnage de candide déniaisé par la pratique d’une philosophie anti-système et antidogmatique. C’est foncièrement réjouissant ! Foncez ! Comment ? Vous n’êtes pas encore dans les starting-blocks ?

 

istanbul ottomane

 

Je suis en état de prouver par mon exemple que si la vie est un tissu de peines et de plaisirs, on peut aussi soulager les unes et se procurer les autres avec du courage et de la patience. Si je voulais trancher du Philosophe, je dirais que vingt fois j’ai vu la mort présente sans en avoir été effrayé ; mais on ne me ferait pas l’honneur de me croire, surtout lorsqu’on saurait qu’il ne s’agissait seulement que d’être empalé, jeté aux ganches, enterré, brûlé vif, ou précipité dans la mer enveloppé dans un sac de cuir. La crainte de ces supplices auraient effrayé tous les Zénons antiques et modernes, cependant elle n’a pu ralentir en moi une ardeur toujours trop bouillante pour les plaisirs. Les poêtes et les faiseurs de romans diront qu’on ne doit pas avoir regret de mourir quand on l’a mérité par de galants forfaits. Il est fort aisé à ces messieurs de débiter de pareilles maximes du haut de leurs greniers, d’où ils ne voient les choses qu’a travers une imagination déréglée. S’ils s’étaient vus entre les mains de bourreaux turcs, ils auraient été charmés, ainsi que moi, d’en être quittes pour un nombre infini de coups de bâton, que j’ai reçus en différentes occasions pour les plus beaux yeux du monde, que je donnais alors au diable du meilleur de mon cœur.

Nicolas Fromaget, Le cousin de Mahomet, Anacharsis

 

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