J’ai toujours été attiré par le désert. Il représente à mes yeux le paroxysme de la nature (sauvage et non-humaine) et l’endroit idéal pour méditer. À quoi me demanderez-vous ? Réfléchir à la vie tout court, à la sienne de vie, réfléchir hors les pesanteurs qui la plombent dans la fureur bruyante des villes, du travail et des idéologies.

 

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Méditer, n’est-ce pas mourir d’ennui ? Comme dans le désert où il n’y a rien et par conséquent rien à faire ? Personne, aucun bruit, et la mort qui rôde si on n’y prend pas garde. La vie tient à un chapeau, une gourde, de quoi se couvrir pour les nuits froides, quelques vivres et surtout de savoir où l’on va. Et pour savoir où l’on va, il faut déjà savoir où l’on est. On rencontre même des squelettes de chameau blanchis au soleil dans le désert.

 

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Réfléchir permet de ne pas s’abrutir dans la consommation et peut-être de trouver un sens ou une façon de vivre acceptable. On parle de traversée du désert pour les hommes/femmes politiques (qui en sortent renforcés quand ils/elles n’y sont pas morts). Mais pour moi, dans le désert, il y a surtout le ciel nocturne débarrassé de la pollution lumineuse des grandes villes. Plonger mes yeux émerveillés et humbles dans le cosmos me fait m’immerger dans cet élément comme dans un océan dont le scintillement est solaire et la profondeur insondable. Et paradoxalement, cela me rassure, figurez-vous. Je suis à ma toute petite place et je n’ai plus peur, contrairement à l'auteur qui vient. Je crois dans le cosmos comme si c’était Dieu, cette entité supérieure, dont tout dément l’existence et tout la suggère en même temps. Face au questionnement sur l'existence de Dieu, se présentent trois types d'individus honnêtes, le croyant qui dit : "Je ne sais pas mais je crois que oui", l'athée qui dit : "Je ne sais pas mais je crois que non", l'indifférent qui dit : "Je ne sais pas et je m'en moque". Personnellement, me plaçant dans la troisième catégorie, j’aurais plutôt dit : « Comme il ne peut y avoir de certitude, je ne m’encombre plus de cette question », et je me sens bien dans cet état que j’identifie à l’agnosticisme.

 

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(le mont Tahat)

Voilà, vous savez à peu près tout de moi et si vous voulez savoir à peu près tout d’Éric-Emmanuel Schmitt, je vous conseille de lire son récit intitulé « la nuit de feu » qui m’a inspiré cette chronique, pour en savoir plus au sujet de Dieu et de la révélation, sur le mont Tahat (Hoggar, Algérie).

Une étoile filante glissa devant Orion. L'affolement s'accéléra. Mes tempes cuisaient. A quelle distance ce phénomène se produisait-il ? Une distance qui me dépassait...Une distance qui me rendait petit, lamentable. J'étais englouti dans un coin de l'univers, un monde en expansion permanente, un cosmos de quatorze milliards d'années qui subsisterait au-delà de moi. Même ce que je voyais, qui me paraissait énorme, s'avérait minuscule : les planètes dissimulaient des planètes, des galaxies s'ajoutaient aux galaxies, des milliards de système occupaient l'infini inaccessible. Je gisais, poussière au milieu de l'immense, futile poussière de matière, négligeable poussière de temps. Mon coeur sauta dans ma poitrine. Je l'entendis taper à la porte de mon thorax. Il voulait fuir...

Eric-Emmanuel Schmitt, La nuit de feu, Albin Michel

 

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