Pas vraiment un titre accrocheur. Mais il faut bien un jour en passer par là ! Je parle de la vieillesse. Cette vieillesse qu’on dit ennemie. Je parle pour ceux qui y arrivent ou qui surnagent déjà dedans. Pour les autres, ceux qui sont partis trop tôt, ils n’y auront pas droit par définition. Je ne sais pas encore s’il faut les plaindre.

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Question romans, puisqu’il s’agit de cela ici, je préfère bien sûr lire des livres dont les héros sont jeunes, au moins plus jeunes que moi (ça devient très facile et de plus en plus courant, sinon la règle). Ça me rappelle des souvenirs et ça m’enchante. Mais cette fois-ci, figurez-vous, j’ai choisi de lire un livre sur l’histoire d’une vieille à l’article de la mort comme on dit en une expressive expression à mourir d’horreur. Je ne m’identifie pas encore à cette Mary qui vit en Tasmanie (j’ai dû aller fouiller où ça se trouvait exactement – les voyages forment la vieillesse aussi) mais je voulais en savoir plus avant d’aborder cette rive encore inconnue (je parle de la mort et non de la Tasmanie que je ne découvrirai sans doute jamais – au-delà de quatre heures de vol, je hais l’avion). L’effet est contrasté, pour l’instant, et heureusement d’autres héros du roman bien plus jeunes n’arrêtent pas de faire l’amour sur des plages désertes. La Tasmanie n’est pas très peuplée. Et même très au large, en Antarctique figurez-vous. Puisqu’il s’agit aussi de l’antarctique. Et bien cette courageuse Mary arrive à imposer à toute sa famille de mourir là où elle le désire, dans un chalet au bord d’une plage déserte, plutôt qu’à l’hôpital ou dans une maison de vieux. Bien sûr parmi ses enfants, il y en a un qui la comprend, une (très autoritaire) qui ne le supporte pas et le troisième qui ne sait pas, on dirait qu’il ne sait rien mais finalement c’est peut-être celui qui l’a le mieux comprise. Et moi me direz-vous ? Et bien franchement, je suis d’accord avec Mary.

Mais la vue, elle, toujours aussi splendide, n’avait connu aucune altération. C’était la même que la dernière fois où Mary s’était tenue sur ce promontoire. L’île Courts était invisible – pour l’apercevoir, il fallait descendre la piste, un exploit dont elle ne se sentait plus capable. Impossible de distinguer les aiguilles de pierre au sud, visibles seulement par temps très clair. La houle, elle, la miraculeuse houle, était éternelle. La couleur de la mer, les remous à sa surface, la direction des rouleaux aux crêtes blanches d’écume, tout cela pouvait changer, mais pas le mouvement perpétuel, le déferlement sans fin des vagues. Cela la rassurait de penser à l’océan à travers les âges : la prévisibilité des marées, le renouvellement incessant. Lorsqu’elle ne serait plus là, la mer resterait telle qu’elle était et la terre continuerait à s’avancer dans les flots.

Karen Viggers, La mémoire des embruns, le livre de poche, traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Chapman

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