Le Militant !

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C'est l'histoire d'un militant qui va jusqu'au bout de son engagement. Ce n'est pas volontaire, il est fait comme ça. Son jusqu'auboutisme va le mettre à terre, plus bas que terre, en enfer. Il passe ensuite beaucoup de temps à comprendre qu'il y a une vie en dehors du militantisme, et que cette vie pourrait être la sienne ! A travers des évènements tels que la guerre de Six Jours, Mai 68, le gauchisme, et jusqu'au salafisme, ce roman décrit (et tente d'expliquer) le phénomène de la radicalisation politique et religieuse.

"Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé" Pierre Ferin www.edilivre.com/doc/871791

Le ponte était un vieux de la vieille, un satané roublard tout rougeaud,
qui avait l’air d’une barrique de pinard échouée là depuis des lustres, affublé
du comportement d’un vieux crabe expert en panier de crabes. En s’asseyant
comme l’y engageait le ponte, Dubois constata avec surprise que leur action de grévilla était en débat et découvrit
avec plaisir qu’elle était farouchement défendue par les militants de sa
section. Ils se coltinaient, sans état d’âme, au secrétaire de section de
l’autre atelier de Caterpillar qui avait tout l’air d’un coquelet dressé sur
ses ergots, un furibard plus cgtiste que la CGT fulminant sur le fait que
l’autre section, celle de Dubois, qu’il apostrophait depuis l’instant où
celui-ci était entré, avait osé
abandonner la politique de classe chère au camarade Marchais. Le type bavassait
et hoquetait que la section d’usinage avait vendu son âme aux traîtres de la CFDT,
pas moins, preuve en était, s’il en fallait, que ces traîtres ne distribuaient
plus les tracts de dénonciation de la CFDT, (s’étranglait-il), des tracts issus
de leur propre syndicat, un comble. Ceux de la section de Dubois défendaient
leur position avec détermination, ce qui rassura Dubois sur ses propres choix,
car il craignait par-dessus tout de tomber une nouvelle fois sur un tribunal prolétaire, ancienne manière, révisionniste celui-là. Pour une fois,
il ne se sentait pas abandonné, mais se réjouissait trop vite cependant car quelque
chose de ce genre flottait bien dans l’air. Le petit mâle vindicatif tenta en
vain d’attirer Dubois dans un duel en ne cessant de lui lancer des regards
provocateurs. On aurait dit qu’il regrettait de se retrouver à ferrailler contre
ses propres camarades, alors qu’il s’était manifestement préparé à occire au
bout d’une passe d’arme sublime l’anarcho-syndicaliste que Dubois représentait
certainement à ses yeux. Il aurait voulu convaincre qu’une manipulation de la
section était en jeu. Sans doute en était-il lui-même convaincu. L’heure est grave camarades. Comme les
soi-disant manipulés continuaient sans broncher à défendre pied à pied la ligne
élaborée ensemble, Dubois se garda bien d’intervenir. Ses camarades tinrent
tête sans complexe au volatile arrogant qui avait encore bien des couleuvres à
avaler avant d’être en mesure de succéder au gros malin. Celui-ci se dit
d’ailleurs qu’il était grand temps d’écraser de sa patte féline cette affaire
mal engagée, car il s’en serait fallu de peu que les camarades de l’autre
section, à force, fussent eux-mêmes convaincus par les autres arguments. Alors
il imposa le silence de tout son poids, et il en avait, cela se voyait. Matois,
il commença par calmer le débat, susurrant que de toute façon, les deux
sections décideraient ensemble de la ligne à suivre. On voterait. Ce serait
donc un vote qui les départagerait et les tiendrait.

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