Ce n’est pas parce que l’épreuve de philo du bac 2018 s’approche que je m’égare en philosophie, rien à voir (circulez). Je viens tout simplement de terminer la lecture d’un opuscule qui traite de philosophie. Mon attrait pour la philo date de longtemps, de quand j’étais jeune homme. J’ai lu sans aide et sans préparation (on ne faisait pas de philo au lycée catho de mon plat pays) « ainsi parlait Zarathoustra » (Nietzsche), en une étrange configuration : je le lus de bout en bout avec la sensation collée au cerveau de n’y comprendre rien. Je marchais les bras tendus devant moi dans un brouillard opaque (au pas camarade, au pas camarade, au pas au pas au pas…). Mais le brouillard et la nuit m’ont toujours attiré, comme vous le savez, ou pas. Puis je tombai dans la bassine Marx et des soi-disant Marxistes. Je lus un certain nombre de ses ouvrages à l’exception notoire du Capital, pourtant capital en tout état de cause. Après la passade marxiste qui se révéla (après coup et en tous points) des plus déplorables – celles et ceux que ça intéressent, lisez mon roman « vous saurez tout sur Marc Dubois sans l’avoir jamais demandé »-, je revins à Nietzsche.

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Celui-ci me permit dans mon mitan de poser enfin (il était temps) mes lourds fardeaux idéologiques (communistocatho), en même temps que le plus destructeur d’entre eux, le ci-devant RESSENTIMENT. Avec toujours, imprégnant mon cerveau, cette sensation brumeuse de n’y rien comprendre. Par la suite, Deleuze m’aida grandement à comprendre, avec son Nietzsche (par Deleuze évidemment) que je trouvai lumineux. Je repris alors la quête du bonheur que j’avais entamée avec enthousiasme dans mon adolescence, après avoir laissé tombé ma foi en l’Église, là où je l’avais laissée, il n’est jamais trop tard pour bien faire, en m’aidant de Spinoza qui m’enchanta et d’un de ses disciples d’aujourd’hui et surtout d’hier que j’entendis un jour à la radio et que j’achetai illico. Il s’agit de mon vénéré Robert Misrahi et de sa « jouissance d’être ».

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Je dus attendre trois longues semaines avant de le tenir entre mes mains tremblantes et ma déconvenue n’en fut que plus aigue quand je constatai dès les premières pages, que dis-je, dès les premières lignes, que je n’y comprenais rien. Je précise, rien de rien. Je décidai pourtant que mon instinct ne pouvait se tromper et m’y accrochai de toutes mes maigres facultés mentales. Comme je n’arrivais pas à entrer par la grande porte, je trouvai une fenêtre ouverte du rez-de-chaussée par laquelle je m’introduisis presque par effraction. Bien m’en prit car je saisis alors clairement et d’un seul tenant ce qu’avait signifié tout mon militantisme de mes années de jeunesse et le réprouvai aussitôt.

Mais pourquoi tout ce récapitulatif aussi saugrenu que précipité ? Je reviens à mon opuscule du début. Ce n’est pas chez les curés qu’on m’aurait causé de Sade car « ce que Sade montre c’est qu’il n’y a pas de récit sans sujet, sans désir, sans corps. Bien avant Nietzsche, bien avant Freud, Sade est porteur de ce « grand soupçon ». L’origine du gai savoir est la même de Rabelais à Nietzsche en passant par Sade : « Nous ne sommes pas des grenouilles pensantes, des appareils d'objectivations sans entrailles. Méfions-nous de l’esprit objectif, des demi-philosophes qui analysent tout sans jamais rien comprendre. » Je ne suis pas un demi-philosophe (encore moins un entier), sinon je me serais senti visé (par quelqu'un du 18ème siècle, la honte !).

Tout le monde a entendu parler du sulfureux marquis mais je n’avais jusqu’ici jamais rencontré quelqu’un qui l’eût lu. Et bien, c’est fait maintenant. Non seulement Marie-Paule Farina l’a lu, mais en long et en large, jusqu’à en faire une thèse, soutenue, mais aussi (entre autres) ce petit opuscule (avec dessins suggestifs) intitulé « comprendre Sade ». Dire que j’ai tout compris serait nier ce que je suis. Mais j’ai essayé et en suis ravi. Lirai-je Sade un jour ?

Je n’ai qu’un ennemi à craindre poursuivit Zamé, c’est l’Européen inconstant, vagabond, renonçant à ses jouissances pour aller troubler celles des autres, supposant ailleurs des richesses plus précieuses que les siennes, désirant sans cesse un gouvernement meilleur, parce qu’on ne sait pas lui rendre le sien doux ; turbulent, féroce, inquiet, né pour le malheur du reste de la terre, catéchisant l’Asiatique, enchaînant l’Africain, exterminant le citoyen du Nouveau Monde, et cherchant encore dans le milieu des mers de malheureuses îles à subjuger.

Marie Paule Farina, Comprendre Sade, Max Milo

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