Lire peut être dangereux. Un lecteur inconscient entame un livre avec une certaine vision du monde et peut le finir avec une autre. Ensuite cela l’oblige à modifier sa vie. Chacun sait que changer de vie ne va pas sans bouleversements importants et souvent déchirants. Il est donc possible d’affirmer que lire change la vie. Ces quatre mots « lire change la vie » affichent un air de banalité alors qu’ils sont d’une redoutable réalité. Je le sais depuis mon adolescence, moi qui me suis gavé de romans à l’index (liste de l’Église catholique à l’époque). Je dois reconnaître que j’ai largement dévié de la route qui semblait toute tracée par mon hérédité. Lire serait donc dangereux ! En réalité, c’est la vie elle-même qui est dangereuse, n’en déplaise à tous les thuriféraires de la sécurité.

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Lire semble cependant moins dangereux quand on est vieux car l’on a plutôt tendance à ouvrir des romans ou des essais qui vont dans le même sens de ce que l’on pense. C’est le cerveau de mon petit doigt qui commande. Mais alors, lire permet de vivre mille vies autres que la sienne et c’est passionnant.

Lire provoque aussi des surprises même chez les vieux et celle qui vient est de taille. Ce n’est pas tellement ce que j’ai lu qui m’a métamorphosé, je connaissais la plupart des concepts qui sont exposés, mais l’angle d’attaque de l’auteur m’a ébahi et un homme ébahi est un homme dont les neurones explosent en une configuration nouvelle. Prenez garde humains, le paysage de notre planète change très vite en ce moment comme le prouve ce livre (bien au-delà de ce qu’on pense savoir) et si vite par rapport à ce que l’homo sapiens a connu jusqu’ici qu’un signal d’alarme s’impose : attention, très très grand danger !

En cours de route, Homo sapiens lui-même va probablement disparaître. Aujourd'hui, nous sommes encore des singes de la famille des hominidés. Nous partageons encore avec les Néandertal et les chimpanzés l'essentiel de nos structures corporelles, de nos capacités physiques et de nos facultés mentales. Non seulement nos mains, nos yeux et nos cerveaux sont nettement ceux d'hominidés, mais tel est le cas aussi de nos désirs, de nos amours, de nos colères et de nos liens sociaux. En l'espace d'un siècle ou deux, la combinaison de la biotechnologie et de l'IA pourrait se traduire par des traits corporels, physiques et mentaux en rupture totale avec le moule des hominidés. D'aucuns pensent que la conscience pourrait même être coupée de toute structure organique et pourrait surfer dans le cyberespace en échappant à toute contrainte biologique et physique.  Par ailleurs, nous pourrions assister au découplage complet de l'intelligence et de la conscience, tandis que le développement de l'IA pourrait aboutir à un monde dominé par des entités surintelligentes mais sans aucune conscience.

Le nationalisme israélien, russe ou français a-t-il quelque chose à dire à ce propos? Pour faire des choix avisés sur l'avenir de la vie, il faut dépasser le point de vue nationaliste et considérer la situation dans une perspective globale, voire cosmique.

Yuval Noah Harari, 21 leçons pour le XXIème siècle, traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel. 

 

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