J’ai beaucoup aimé cette ville même si je n’y ai passé que trois jours. Cela suffit pour faire ce que je préfère, déambuler au hasard et respirer l’âme de la ville. Me laisser embobiner. Je flâne sans préjugé. Je ne suis pas un touriste et n’ai pas à courir ici et là dans je ne sais quel circuit. À peu près comme dans un roman. Je me laisse mener par le bout du nez, c’est ce que j’aime, pour au final me faire avoir et tomber des nues. Je ne joue pas au lecteur à qui on ne la fait pas. Celui qui cherche à percer le mystère pour ne pas se faire avoir.

 

recoleta-buenos-aires

(Recoleta)

Ce n’est pas le premier roman que je lis ayant pour circonstances les évènements d’Argentine. La dictature, les « disparus », les bébés « volés » etc. Je m’attendais à quelque chose d’horrible comme dans « Mapuche » de Caryl Férey (voir chronique n° 82). De ce côté-là je n’ai pas été déçu. On est servi. Mais pas à la manière de Férey, en actions violentes d'une atrocité sans limite, ici c’est une auteure, la violence est intérieure. Tout est quand même horrible. Non seulement les évènements auxquels le roman se réfère, mais surtout les faux semblants qui animent tous les protagonistes. Personne n’est dans la vérité, y compris les policiers. Tous les personnages sont dans la marotte, le déni ou la folie, et la vérité se dérobe. Tout le temps et jusqu’au bout. Un peu normal puisque les personnages sont à peu près tous les « patients » du psychiatre (Vittorio Puig), un des héros principaux. La dictature ne peut être qu’un drame qui bouleverse toute la société, salauds inclus. Qu’on se le dise au fond des cœurs et qu’on s’en prémunisse ici chez nous, tant que possible, pourrait être le message de l’auteure.

 

buenos-aires-tango

 

Mais je voyais bien qu’elle n’était pas dans son état normal. J’étais mal à l’aise sur ce lit, sur leur lit, alors je lui ai demandé si elle ne voulait pas descendre avec moi boire quelque chose au café d’en bas, elle avait la mine de quelqu’un qui n’est pas sorti depuis longtemps. Je lui ai dit qu’il ne fallait jamais tout laissé à la tête, qu’il fallait rendre au corps ce qui lui appartenait, le mouvement, la déambulation, la promenade, la tête tyrannise le corps et il ne faut jamais lui laisser les coudées franches, ça n’est pas bon pour la santé : un corps n’est pas fait pour rester prostré, c’est comme ça que naissent les obsessions, elle devrait le savoir depuis toutes ces années qu’elle danse, comme tout s’éclaircit quand le corps bouge.

Hélène Grémillon, La garçonnière, folio

IMG_0601