Voilà bien un sujet tarte à la crème comme je les aime. J’y donne toute ma démesure. Je vous tartine mon ignorance en toute quiétude. Je piétine gaiement mes trente années de croyance dans le progrès linéaire, bon, j’exagère, j’ai toujours envisagé qu’il puisse y avoir des reculs partiels ou très momentanés, je devrais donc plutôt écrire dans le progrès global, genre, beaucoup moins linéaire que prévu.

 

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Et cette question me tombe sur le coin de mon cerveau facétieux sans que je ne demande rien ! Quoi !, qu’y-a-t-il ?, voilà mon vieux : est-ce que toi-même en vieillissant tu as progressé ? Est-ce que toi-même en vieillissant tu t’es modernisé ? Aie ! Voilà que je tombe dans le panneau que je me suis moi-même fabriqué ! Pour ne pas me dérober (complètement), que voulez-vous j’ai un sens de l’honneur farfelu, je dirais que j’ai progressé sur certains points et régressé sur d’autres, je peux le dire autrement sans que cela me fatigue outre mesure, j’ai eu des hauts, j’ai eu des bas. Par charité chrétienne, je vous épargnerai le détail.

 

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Je puis cependant avouer que concernant la modernité, je n’ai pas trop suivi le mouvement, genre, Blackberry, iphone, Ipad, tablette, etc., j’ai gardé mon Sonia d’il y a plus de dix ans, pardon, je me goure, je veux parler de mon Nokia, il sonne encore, figurez-vous, au bout de dix années de services, il appelle toujours, il me réveille quand je le lui demande, il vibre de toute sa batterie, il essemesse, il messagère, il se fait tout petit dans ma poche, bref il fait tout pour ne pas me quitter, mais pour internet, tintin, je repasserai, je me rabats alors sur mon ordi, portable quand même. Pour revenir au saint progrès collé à la croissance, j’ai connu des personnes très proches monter au firmament et finir dans le caniveau, je n’ai connu personne par contre partir du caniveau pour atteindre les étoiles, ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, bref, encore une fois, tout ceci est relatif.

 

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Il en va de même pour les pays. La société moderne est morte et enterrée, il n’y a plus de croissance, la société postmoderne relativise tout et permet finalement tout, ou presque, comme par exemple, (le premier qui me vient au ciboulot), se promener en burka avec son iphone collé à l’oreille, dans ce cas, il faut bien le coller puisqu’on ne peut l’introduire par aucune ouverture, sauf à passer par le bas ce qui créerait d’autres inconvénients, bref (décidément) certains sont ou retournent au moyen âge de la pensée dans un environnement ultrapostmoderne. Non !, aujourd’hui, je ne vous parlerai pas de madame Boutin.

Pour conclure provisoirement ces réflexions à l’emporte-pièce, je dirai que le progrès n’est pas quelque chose d’obligé, il ne va pas de soi. Le progrès n’est même pas quelque chose que tous les humains partagent, c’est selon, et donc d’un certain point de vue, tout peut régresser, n’est-ce pas, même la pensée, l’évidence, les valeurs ou encore le concept le plus formidable à nos yeux, je veux parler de la laïcité. C’est ainsi aujourd’hui, il faudra s’y faire. La modernité passe, le progrès trépasse. Tarte à la crême, je vous avais prévenus.

Toutes ces vagues idées irruptent en moi en lisant un beau roman que m’a offert une amie. C’est lui qui m’a inspiré le titre de ma chronique. L’action se passe à Istanbul, sur deux générations, de 1905 à 1937. Et l’on découvre, putain !, mais c’est pas croyable !, que les musulmans stambouliotes sont traversés des mêmes sentiments que les chrétiens parisiens, si si, ils peuvent être ambitieux, ils vivent souvent en couples, ils veulent gagner de l’argent, ils cherchent à donner un sens à leur vie, ils boivent des coups, chez eux c’est raki et liqueurs, ils fument, ils discutent sur l’avenir du monde entre amis, etc.

Quand j’entends ce monsieur Erdogan déblatérer aujourd’hui, je me dis qu’il n’a pas dû lire le bouquin de cet éminent écrivain musulman turc et stambouliote. Oh la la, nos temps deviennent difficiles, entre Erdogan, Poutine et la Marine, où va-t-on, droit dans le mur ? Je ne dirai rien non plus des Palestiniens, ils font ce qu’ils peuvent les pauvres, ils sont déjà dans le mur (et les Israéliens avec mais ils ne s’en rendent pas encore compte, sourds qu’ils sont et aveuglés par leur suprématie brutale).

 

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« Je voudrais dire ceci : nous nous conformons en tout à l’époque et nous ne nous en rendons même pas compte. Comme je le disais, pourquoi l’ancien ne s’adapterait-il pas au nouveau ? Voyez cette pièce. Il s’agit bien d’un salon, n’est-ce pas ? Hier, c’était le sofa d’un selamlik. Regardez-moi. Ne suis-je pas un bavard et un simple commerçant ? Non, non, permettez-moi de le dire à présent. Hier, j’étais le fils d’un pacha…Me fais-je bien comprendre ? Mon regretté père disait que chez nous, les grands changements ne sont pas très frappants parce qu’ils résultent toujours de perpétuels petits aménagements…Que dites-vous de cette idée ? Oui, des aménagements…Ce sont de petits et intelligents aménagements qui ont permis le cours silencieux de l’histoire ! Voilà ce que disait mon père. (…) L’Europe, ah, l’Europe ! J’y pense tout le temps, chaque fois que je vais là-bas, j’y pense. Pourquoi sont-ils comme ça et nous comme ceci ? Oui, je pose la question. »

Orhan Pamuk, Cevdet Bey et ses fils, Gallimard

 

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