Je me suis laissé rattraper par l’ambiance mercantile générale. Le petit Jésus m’a convaincu de me faire un cadeau à moi-même. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Je ne suis pas sûr que ce soit lui qui l’ait dit. Figurez-vous que je me suis acheté deux livres pour 38€. Un pour Noël, l’autre pour le Nouvel An. Je commence donc par celui de Noël. J’étais excité rien qu’à le commencer. Ce fut une douche froide. Je n’arrivais pas à me dépatouiller des concepts abstraits qui s’étalaient sur toutes les pages même s’ils étaient toujours agrémentés d’exemples triviaux. Vous me connaissez, je me suis accroché. Je ne suis pas philosophe mais je me prétends féru de philosophie et ne peux accepter d’en être rejeté.

(p 59) En vérité, l’humanité est dans l’erreur sur bien des points. Nous ne sommes même pas capables de mesurer jusqu’où va notre ignorance, parce que dans la plupart des cas nous n’avons aucune idée de tout ce que nous ne savons pas.

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Voilà un argument qui me convainc. Il vaut donc mieux se méfier et rester humble toujours.

Petit à petit, la pédagogie de l’auteur aidant, j’avais la sensation d’être entré dedans, de saisir des trucs, d’apercevoir un rai de lumière encore ténu certes mais occupé à réduire les lourds et sombres nuages obscurcissant ma réflexion. Je le lisais comme un roman (ardu).

(p75) …je soutiens que l’existence est l’occurrence grâce à laquelle quelque chose se manifeste dans un champ de sens. Une fois encore, on peut aborder cette idée très simplement. Songeons à un rhinocéros dans une prairie. Ce rhinocéros existe. Après tout, il vaque dans la prairie. Le cas, l’occurrence nécessaire pour qu’il s’y livre à ses occupations habituelles, qu’il appartienne au champ de sens de la prairie, c’est son existence. L’existence n’est donc pas seulement une présence générale dans le monde, mais ce qui est le cas dans l’un de ses domaines.

 

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Cela me rassura et je continuai mon petit bonhomme de chemin. Mais le terrain était accidenté, il y eut de raides montées et quelques descentes vertigineuses. J’ahanais en montant et me terrifiais dans les descentes.

(p 102) Notre planète n’est pas le centre des évènements cosmologiques et ontologiques, mais in fine un petit coin de taille infinitésimale que nous nous sommes aménagé de manière à peu près acceptable et que nous sommes en train de détruire parce que nous surestimons notre importance dans l’univers. En pensant que sans nous le monde n’existerait pas, nous croyons que l’univers veillera bien à la pérennité de l’humanité, car l’univers devrait tout de même être intéressé à persister dans son être. Les choses ne sont malheureusement pas aussi simples. Ni l’univers, ni l’espace spatio-temporel ne sont particulièrement intéressés à l’existence d’êtres comme nous sur cette belle planète (…) et bien des philosophes, certains physiciens même, croient que l’univers se soucie de nous.

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Il me semble avoir compris tant bien que mal qu’il n’y a pas pour l’auteur d’entité supérieure qui englobe tout. La preuve ? S’il y en avait, comme elle prétend tout englober par définition, elle devrait s’englober elle-même par conséquent, or c’est impossible. Elle ne peut à la fois être tout et une partie du tout. Méfions-nous donc de prendre pour fétiche une entité supérieure. C’est ce que je me suis dit. Et dans la foulée, j’ai compris que j’avais une attente fétichiste de ce livre. Dont acte. Maintenant, je n’ai plus besoin du monde pour exister…ça tombe bien, le monde n’existe pas selon Markus Gabriel :

« Il faut accepter que notre pensée forge une réalité indépendante au même titre que les autres faits » extrait d’une interview de Markus Gabriel dans les Inrocks du 30 septembre 2014.

Les passages en italiques sont extraits du livre de Markus Gabriel, Pourquoi le monde n’existe pas, JC Lattès, traduit de l’allemand par Georges Sturm avec la collaboration de Sybille Sturm. 

Une petite dernière citation pour la route :

(p236) Le sens de l’art est que l’art nous met en présence du sens.

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L'idée démocratique fondamentale de l'égalité de tous les hommes soutient entre autres que nous sommes égaux aussi parce que nous appréhendons les choses différemment, et c'est pour cette raison que la liberté d'opinion est un droit - ce qui ne veut naturellement pas dire que tous les points de vue sont également justes, voire vrais. (...) nous pratiquons les sciences ou les arts pour découvrir les chemins praticables et les distinguer des chemins qui ne mènent nulle part.