J’ai couru léger comme l’air pour aller le chercher et suis revenu en marchant car il pèse son pesant de pages, ce bouquin qui traite de l’Amérique. Pas l’Amérique de Joe Dassin, ni celle de ma jeunesse quand j’allais voir mon frère à New-York. D’ailleurs New-York ne représente pas l’Amérique à mes yeux, New-York représente sa statue, un morceau de bravoure du monde entier. NY me suffisait, je n’ai jamais été plus loin, je ne regrette que les parcs nationaux américains, tant pis, trop tard.

12508967_791678360955646_3648835251603962452_n

Ce livre épais que j’ai traîné jusque dans ma cambrousse reculée, même s’il parle de l’Amérique, ne parle pas des larmes de Barack Obama, trop récent, il parle longuement des méfaits de Bush-fils, le néo-con(rajouter ce que vous voulez), qui a envoyé tant de jeunes soldats en Irak pour tuer tant de jeunes Irakiens en dommages collatéraux, tout en racontant un véritable conte de fée à son pays, de la démocratie apportée sur un plateau de Mc Do au moyen orient. En fait, la démocratie s’est révélée pas du tout exportable.

1004958_468974556559363_367317223_n

De toute façon, la démocratie n’apporte rien aux morts, et quant aux vivants, ils constatent tous le résultat, d’autres guerres, civile,  religieuse, entre états etc. Une autre partie du résultat est que des soldats US sont revenus amochés physiquement, mentalement, moralement. C’est vraiment con la guerre quand on y pense une fois qu’elle est finie, surtout des guerres offensives, des guerres chez les autres pour leur montrer que nous sommes les plus forts, quand on met le chaos et puis qu’on se retire en disant désolé vous n’êtes pas prêts pour le rêve occidental. Du coup, ils viennent le chercher chez nous maintenant et mettent l’Europe en péril. Le boomerang Bush revient en pleine gueule de l’Europe. Quand une belle jeune fille de Carthage (état de New-York) retrouve son beau fiancé parti à la guerre d'Irak en tenue magnifique de soldat et revenu handicapé physique et mental, que se passe-t-il, pour elle et sa famille, voilà le sujet de Oates qui ne nous enveloppe pas dans la ouate.

sans-titre (14)

Il aurait voulu que son père sache qu'il s'était engagé dans l'armée. Qu'en entraînement de base au combat, il s'était distingué jusqu'à présent. Le sergent instructeur semblait avoir de la sympathie pour lui. Les autres gars aussi. Il avait été élu "chef de section" de sa promotion. Il aurait aimé que son père sache qu'il s'était engagé douze jours après le 11-Septembre. Penser que son père ne le saurait peut-être jamais le terrifiait. On l'enverrait au Proche-Orient, probablement. Infanterie. C'était ce qu'il avait choisi. Irak, Afghanistan : ça lui était égal. Ni Juliet, ni sa mère, ni les Mayfield ne savaient...à quel point il était impatient de partir. (...) Dans un coin de son cerveau, il savait que c'était de la folie, mais il espérait tout de même - il espérait désespérément, comme un enfant - que la ou les guerres ne se termineraient pas avant qu'il ait rejoint les troupes américaines. Ce n'était pas une attitude normale, il le savait.

Joyce Carol Oates, Carthage, traduit par Claude Seban, éditions Philippe Rey

 

1540-1 (2)