J’ai écrit la première partie de cette chronique en ayant lu seulement la moitié du roman de l’auteur en question. J’en avais déjà assez sous la plume et je trouvais même que c’était du lourd, à mon niveau évidement, je ne prétends à rien sinon à écrire ce que je ressens en rapport avec ce que je lis. J’étais effaré de découvrir l’ampleur de l’efficacité des mentalités que l’on m’avait fourrées dans le crâne à travers mon éducation catho (une dizaine d’années d’écoles confessionnelles quand même en primaire et secondaire) à l’insu de mon plein gré, mes parents y étant consentants sans pour autant y prendre une part active.

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(Duccio di Buoninsegna : la vocation de saint Pierre et saint André)

Puis en entamant cette deuxième partie du roman et en particulier celle enquêtant sur les débuts des apôtres évangélistes juste après la crucifixion (et la résurrection), j’ai réalisé que j’étais tombé dans une religion qui s’était imposée à moi sans qu’à aucun moment il ne soit question du comment elle s’était élaborée. Tout tournait autour de la personne de Jésus, fils de Dieu (boum sur le crâne), et des Juifs du sanhédrin qui l’avaient condamné à mort. Jésus était Juif, même si les curés n’insistaient pas sur cette réalité de sorte que je ne savais pas de quoi Juif était le nom, ni à son époque, ni à la nôtre. J’apprenais que ce Jésus se déclarait le messie du peuple juif, mais que celui-ci le rejeta et le condamna même à mort. Rien que du lourd.

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Je contemplais ce corps cloué sur la croix (que du bonheur !) chaque matin à la messe et le curé me ressassait que c’était juste pour moi qu’il s’était laissé crucifier. Juste pour moi et tous les autres moi. J’avalais cette pilule amère chaque matin et mon petit cerveau tout mou se construisait autour de cette notion si joyeuse. C’était clair comme de l’eau de roche que l’histoire était dramatique et culpabilisante. Mais je naviguais à bord du navire amiral en pensant qu’il en avait toujours été ainsi. Concernant ma religion, j’ai pensé plus tard (après m’en être extirpé) et parfois répondu quand on me posait la question de savoir ce que j’en retenais, que la religion en tant que croyance et rites ne m’intéressait pas, (l’Église elle-même me répugnait après avoir eu la (mal)chance de l’observer du dedans, et c’était peu dire), mais que ce qui m’importait était le message qu’elle portait. Je pensais évidement au message de Jésus. Je reste sur cette position aujourd’hui. Comme si son message relevait de la philosophie.

Rome détruisit Jérusalem et le temple des Juifs en 70 en représailles à la révolte du peuple juif contre l’occupation romaine. À cette époque, il n’y avait pas encore de séparation entre les Juifs adeptes de Jésus qui suivaient la loi juive et les non-Juifs qui suivaient le même Jésus sans se soumettre aux rites juifs. Deux sectes de plus en plus concurrentes. Après la destruction du Temple de Jérusalem, l’une va prendre l’ascendant sur l’autre.

Dans son roman, Emmanuel Carrère fait de l’Emmanuel Carrère en mélangeant l’histoire, la religion et des analogies avec notre époque (dont certaines tombent à plat). Pas toujours facile à partager le tien du mien mais toujours passionnant.

C'est aux Juifs surtout que Paul en a. Les Juifs ne veulent rien entendre du message dont ils sont pourtant les premiers destinataires. Les Juifs ne cessent de lui causer des ennuis, de le traîner devant des tribunaux romains, de le menacer de lapidation. Les Juifs ont fait mourir le Seigneur Jésus, et avant lui les prophètes. Ils sont ennemis de tous les hommes. Ils ne plaisent pas à Dieu, qui va abattre sur eux sa colère.

Emmanuel Carrère, Le Royaume, Folio

 

Le-royaume