Je voulais passer les fêtes de fin d’année en compagnie de polars haletants. Voulais me laver le cerveau par les actions trépidantes et dans le sang. Ça peut paraître étrange mais ça marche comme ça avec moi. Mais là, me demande si mon petit doigt ne se l’est pas foutu dans l’œil. Jusqu’ou vous voulez. Me suis retrouvé avec un bouquin qui m’immisce une déprime plus que sournoise.

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Même s’il n’est pas dépourvu d’humour, d’ironie plutôt, il faut avoir un mental au beau fixe pour ne pas succomber à la déprime, comme une tentation. C’est pourtant un vrai polar avec des cadavres en série, mais des cadavres bizarres issus d’une malédiction, et dont on ne perçoit même pas les bouts de chairs ensanglantées collés aux murs des appartements où ils se sont fait trucider. Et puis comprendre brusquement vers la fin qu’il reste encore des choses à vivre et pour lesquelles on continue de vivre, pour ma part, j’ai arrêté mentalement le livre à cet endroit là même si je l’ai quand même terminé. Après, on fonce dans le cynisme dont se repaissent les vrais éditeurs contemporains. Si t’es pas cynique coco, t’es pas publié.

On a vécu six ans ensemble, elle m'a apporté beaucoup de bonheur au début, puis énormément de monotonie par la suite. Ce que je trouvais singulier chez elle les premiers mois l'a rendue insupportable les années suivantes. Je me suis donc peu à peu réfugié dans le travail, avant d'en revenir déçu, frustré, aigri jusqu'à la dépression. Avec ça un ras-le-bol de mes amis factices, pleins d'orgueil, de ceux qu'on continue de voir par habitude plus que par réel amour ou passion, et le calice était englouti jusqu'à la lie. J'étais ivre de désillusions, empoisonné par l'amertume. J'ai vu bien des gens de ma génération s'embourber dans les mêmes vicissitudes de l'âge sans s'en sortir autrement qu'en faisant des gamins pour (re/dé)porter les problèmes. Moi j'ai opté pour une soluiton plus radicale. Je me suis enfui de moi-même en quelque sorte. Je me suis offert une toute nouvelle maturité, tout en lucidité.

Maxime Chattam, Le coma des mortels, Pocket

 

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