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Marc Dubois s’imaginait vivre en parfaite harmonie avec ses convictions profondes, même s’il avait cru (avec beaucoup d’autres) qu’Israël avait été envahi par les armées arabes, qui de leur côté ne s’étaient pas privées de s’en vanter, alors que l’armée israélienne en réalité avait déclenché elle-même cette guerre par anticipation (il s'agit de la guerre des Six Jours en 1967). Et la tournure des évènements avait entièrement profité à l’État hébreux puisque Jérusalem était « réunifiée » et toute la Palestine conquise. Le sixième jour, les bulldozers israéliens étaient déjà à l’œuvre devant le Mur des Lamentations pour raser le vieux quartier arabe qui s’y trouvait afin de créer une vaste esplanade devant ce lieu sacré pour les Juifs.
Le philosophe et essayiste Tzvetan Todorov écrit dans le portrait qu’il trace de Raymond Aron, philosophe et sociologue, p 70 de la « signature humaine », le Seuil éditeur, octobre 2009 : « …dans un article de juin 1967, Aron évoque à propos de ses positions pro-israéliennes un mouvement [irrésistible de solidarité. Peu importe d’où il vient.] Commentant ce texte seize ans plus tard, Aron se reproche [l’oubli ou la méconnaissance du rapport de forces.] Il a donc négligé sa toute première règle de conduite : commencer par s’informer aussi bien que possible. [J’aurais dû, même à cet instant garder la tête froide.] Pour un observateur impartial, la situation était claire : la force militaire israélienne était bien supérieure à celle de ses voisins, et l’existence de l’État d’Israël n’avait pas été mise en danger. »
Dubois écrivant « avoue » ne pas avoir lu, ni écouté, encore moins rencontré à l’époque de la guerre des Six Jours d’observateur impartial, ignorant si Todorov l’aurait déniché sans pour autant écrire que cet observateur n’existait pas. Quand il écrit cela, Dubois ne fait pas allusion aux politiques et responsables de l’armée israéliens qui connaissaient parfaitement la situation et leur supériorité.
Tzvetan Todorov, un peu plus loin dans l’ouvrage déjà cité, faisant allusion à l’échange de lettre entre Raymond Aron et Claude Lévi-Strauss, anthropologue et ethnologue, ajoute : « Ceux qui ont répandu des contre-vérités dans la presse ne sont pas excusables au motif, suggéré par Aron, [qu’il n’y a pas de vérité objective au-delà des manières différentes dont les individus et les groupes perçoivent situations et évènements.] Ils ont manqué au nécessaire [respect des faits], premier article du crédo intellectuel. De sa familiarité avec des sociétés différentes de la sienne, Claude Lévi-Strauss a tiré une leçon qui s’applique aux deux : [je ne puis évidemment pas ressentir comme une blessure fraîche à mon flanc la destruction des Peaux-Rouges, et réagir à l’inverse quand les Arabes palestiniens sont en cause.] Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’humanité, en effet, que des [persécutés et opprimés vinrent s’établir dans des terres occupées depuis des millénaires par des peuples plus faibles encore, et qu’ils s’empressèrent d’évincer.] »
Lisant Todorov et ses citations en 2009, à la sortie du livre, en pleine tentative de comprendre le sens de sa vie, Dubois en conclut qu’il est plus que nécessaire de fouiller et comparer pour s’approcher de la vérité car tout est prétexte à manipulation. 

 

Pierre Ferin, Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé,  www.edilivre.com/doc/871791

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