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Dans la nouvelle région du sud où j'entame ma deuxième retraite, demeurent beaucoup de pieds-noirs ou leurs descendants qui, j’en ai l’impression, vivent tout autant que leurs parents dans le ressentiment. Il faut comprendre que ces gens dominaient toute une population là-bas (les dits indigènes ou musulmans) alors qu’ils ne dominent plus personne ici. C’est la raison pour laquelle, je n’en vois pas d’autres, ils se montrent capables d’inaugurer (en 2012 ! – contre le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie) une plaque commémorative dans le petit port où j’habite dorénavant dont les premiers mots sont (je cite) « des Français d’Algérie chassés de leur province natale et qui ont su avec courage et abnégation créer une nouvelle vie en Métropole… » Je pense pour ma part qu’ils se sont « chassés » eux-mêmes n’étant pas capable de vivre aux côtés des Arabes et autres Berbères qu’ils n’avaient jamais considérés comme leurs égaux. L’Algérie à leurs yeux ne faisait manifestement pas partie de la République « liberté égalité fraternité » ! Leur « hystérie » face au drapeau algérien viendrait de là ! Je n’ai jamais vu personne s’effaroucher qu’un Français issu de l’immigration portugaise brandisse sa bannière portugaise dans la rue ou au rétroviseur de sa voiture, alors que des tonnes d’injures et de réactions sont suscitées par la simple apparition d’un drapeau algérien à l’extérieur, jusqu’à des appels au meurtre. Il faudrait que ces personnes réfléchissent enfin sur leur propre comportement ou celui de leurs ancêtres en terres maghrébines.

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Bleu blanc vert sont les couleurs de ce drapeau et le titre du roman que je viens de finir au milieu des cartons de mon déménagement. J’ai mis longtemps à le lire mais ce n’était pas dû à la teneur du roman. C’est l’histoire de l’indépendance de ce pays et c’est drôlement bien raconté. Les choses sont claires. Je ne puis que conseiller aux pieds-noirs et leurs descendants de le lire et le méditer. Maïssa Bey ne nous épargne rien, jusqu’au tsunami islamiste.

Bleu. Blanc. Vert. Dès qu’il a posé son cartable sur le bureau, il a dit : à partir d’aujourd’hui, je ne veux plus voir personne souligner les mots ou les phrases avec un stylo rouge ! Ni sur les cahiers ni sur les copies. D’abord j’ai pensé que le rouge était sa couleur. Je veux dire, la couleur du professeur. Une couleur réservée exclusivement à tous les professeurs. Pour les corrections et les commentaires. Les bien, très bien, passable, mal, médiocre, les points d’exclamation, d’interrogation, les zéros soulignés, les bonnes et les mauvaises notes entourées ou non d’un certain nombre de cercles pour que les parents les voient bien. Il a ajouté : maintenant vous ne soulignerez plus qu’en vert. Avec un stylo vert. J’ai levé le doigt. Il m’a autorisé à parler. J’ai demandé pourquoi. Pourquoi on ne devait plus utiliser le rouge. Alors il est monté sur l’estrade. Il a expliqué. J’avais tout faux. Il nous a dit que, si on écrivait avec un stylo bleu sur la feuille blanche et qu’on soulignait en rouge, ça ferait bleu blanc rouge. Les couleurs de la France. Celles du drapeau français. Il a dit qu’on était libres maintenant. Libres depuis quatre mois. Après cent trente-deux ans de colonisation.

Maïssa Bey, Bleu Blanc Vert, Points

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