Ne lui dites rien, il ne le sait pas, mais depuis que je l’ai rencontré, je ne l’ai plus quitté. Il est devenu mon compagnon de route sur le chemin des livres. Même quand je m’éloigne un temps de lui, parce qu’il faut bien aller voir ailleurs comment vivent les gens et si le soleil luit autrement, j’y reviens toujours. J’ai lu six romans de lui en enfilade, sans que mon désir, mon plaisir, mon intérêt, ne s’effiloche. Bien plus tard, j’ai lu son incroyable enquête sur l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Comme toutes les rencontres importantes, celle-ci est due au hasard. Je revenais d’une mission au Maroc où j’avais sympathisé avec deux coopérants japonais (je raconte cette histoire dans mon recueil de nouvelles – « l’insupportable perfection de l’être » - www.edilivre.com/doc/857158) - et de retour à Toulouse où j’habitais à l’époque, sortait son nouveau roman sur Kafka – c’est ce que j’avais cru comprendre (Kafka sur le rivage), alors Kafka + Japonais, j’avais tilté. Mon petit doigt m’avait sommé de l’acheter et je me suis précipité dans ma librairie favorite. Et cet attrait perdure sans que j’envisage l’éventualité qu’il se tarisse. La façon de cet écrivain de considérer le monde et les gens me stupéfie toujours, tellement je le ressens tout itou. Je cherche encore les mots pour me l’expliquer mais ne les trouve pas. Est-ce à dire que je ne les possède pas ? Du plaisir à l’état pur. Cérébral bien sûr mais tout autant charnel. Je découvre avec lui que lire peut devenir aussi un plaisir charnel. Je les éprouve autant que je les ressens, ses mots, ses phrases, ses romans. S’il ne les avait pas écrit lui-même, j’aurais tant aimé le faire moi-même ! Et donc, voilà que je découvre un premier roman qui n’a pas été publié à l’époque où il l’a écrit sur une table de cuisine la nuit, après la fermeture du bar jazzy dont il s’occupait et était le propriétaire à l’époque. Alors là, j’adore.

 

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(Haruki Murakami - 2MB)

Elle me dit un jour, sérieusement (non, ce n’est pas une plaisanterie), qu’elle était entrée à l’université pour avoir une révélation divine. Il était alors quatre heures du matin, nous étions au lit, tous les deux nus. Je lui demandai quelle sorte de révélation divine elle espérait. « Comment pourrais-je le savoir ? dit-elle, puis elle ajouta, un instant après : Peut-être quelque chose comme des ailes d’ange qui descendraient du ciel. » Je tentai d’imaginer le spectacle d’ailes d’ange tombant du ciel dans le jardin de l’université. Vu de loin, cela m’apparut comme des mouchoirs en papier.

Personne ne sait pour quelle raison elle est morte. Je soupçonne qu’elle-même l’ignorait peut-être.

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Haruki Murakami, Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973, 10/18, traduit du japonais par Hélène Morita