Il ne se passe plus un jour sans que l’on parle de mondialisation ou de globalisation. Les uns pour la vanter, les autres pour la rejeter. Pour ma part, je ne vois pas comment on pourrait éviter une réalité qui s’est imposée sans coup férir à la terre entière. Nous y sommes impliqués jusqu’au cou, il s’agit de savoir nager en respirant par le nez et en fermant la bouche. C’est comme avec la pollution et le réchauffement climatique. Nous sommes en plein dedans.

 

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La mondialisation est là, il y a certainement du bon et du moins bon. C’est presque toujours ainsi depuis que le monde est monde. Mais la mondialisation, ce n’est pas seulement les fonds souverains ou le capitalisme financier qui traversent la planète et la bouleversent en un éclair, c’est aussi des millions de gens qui bougent, essayent de s’en sortir ailleurs que chez eux, en s’adonnant au commerce par exemple. Tous ces gens relient entre eux des pays très éloignés.

 

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Le livre passionnant que je viens de lire est un peu leur histoire. L'auteure ne juge pas, elle les suit et essaie de les comprendre. Elle rapporte leurs actes et leurs pensées. Elle a de la sympathie pour eux. Elle montre l’inéluctabilité de la mondialisation à travers les tribulations de Chinois en Afrique et d’Africains en Chine, d’Arabes de Dubaï en Chine et en Afrique. Des milliers de petites gens et quelques riches marchands vivent du commerce entre la Chine et l’Afrique. Il y a aussi des centaines d’intellectuels chinois et africains qui participent en tant qu’universitaires au développement de la connaissance mutuelle. Et ce petit monde nous renvoie nous Européens, anciens colonisateurs, face à nous-mêmes.

 

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Il y a déjà de longues années que l’ambassade de Chine à Kinshasa a identifié en Biyoya un subtil analyste politique. Son premier contact avec l’ambassade remonte à un colloque sur les réformes en Chine, raconte-t-il lorsque nous nous rencontrons sur la terrasse de mon logement. « Les Chinois nous avaient demandé quelles réformes nous avions ne tête pour la Chine. L’ambassadeur a apprécié ma contribution et m’a invité chez lui. Au cours du dîner, il m’a dit : « nous vous suivons à la télé, à la radio et dans les journaux. Nous trouvons vos analyses intéressantes mais apparemment, les hommes politiques congolais ne vous écoutent guère. » » En 2003, Biyoya a été invité en Chine. Il a voyagé à travers le pays, visité Yiwu et son marché de petits produits de base. « Seuls quatre cents millions, sur un milliard trois cents millions de Chinois, profitent de la modernisation, dit-il. Ils ont encore du chemin à parcourir. » À Beijing, il a participé à une conférence où il a rencontré bon nombre d’intellectuels d’Afrique francophone. « À l’époque, les Chinois étaient assez préoccupés par l’hostilité des Français à leur égard, ils nous demandaient quels en étaient les causes.

-Pas bête, de la part des Chinois, d’essayer de s’informer par l’intermédiaire des Africains, dis-je. Quel Occidental aurait l’idée de demander à un Africain ce que les Chinois pensent de nous ? »

Lieve Joris, Sur les ailes du dragon (voyages entre l’Afrique et la Chine), traduit du néerlandais par Arlette Ounanian, Actes Sud

 

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