Il y a une habitude dont je ne suis jamais parvenu à me débarrasser, c’est celle de me pencher sur mon passé. Pas par plaisir ni par oisiveté, tout simplement quand il me restait au travers de la gorge. Et il m’y est souvent resté. 

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Chaque fois que je me suis penché sur mon passé, au risque de m’étaler, j’ai découvert que je n’étais pas celui que je croyais être. Je devrais sans doute en conclure que je me prends souvent pour celui que je ne suis pas. En parallèle, je me risque à énoncer  que je ne me prends pas toujours pour celui que je suis. Il doit y avoir un filtre déformateur entre mon cerveau et la réalité. C’est très gênant finalement.

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Comment voulez-vous que je me débrouille dans la vie avec une telle structure de pensée ! Je pourrais me persuader que je n’y suis pour rien, mais comme je me trimballe cette façon d’être depuis ma naissance, je suis bien obligé non seulement de m’en accommoder mais aussi de m’en sentir responsable, à force, étant donné que je ne suis pas arrivé à m’en débarrasser. En somme,  je ne voudrais pas être celui que je suis et je ne suis pas celui que je voudrais être. Comme vous pouvez le constater par vous-même, c’est en réalité très simple.

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Comme je pense avoir à peu près tout compris par moi-même, en tout cas l’essentiel qui me forçait à regarder en arrière, je n’ai pas eu besoin de consulter un psy ou de faire une analyse. Je suis devenu partisan de l’auto-analyse, qui coûte beaucoup moins cher en terme d’argent et je me sens conforté dans ma position depuis que je lis « je ne suis pas celle que je suis » de Chadortt Djavann.

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(Chahdortt Djavann)

Elle n’y va pas de main morte avec son psy, l’écrivaine franco-iranienne. On dirait même que c’est elle qui psychanalyse son psy. D’ailleurs, elle semble beaucoup plus intelligente et subtile et en savoir davantage que lui et le bouscule sans arrêt. Si suivre une psychanalyse, c’est se débrouiller tout seul face à un type qui fait « hmm » ou « oui » à chaque fois que vous vomissez un bout de votre passé, je comprends pourquoi je me suis senti capable de m’aventurer tout seul. Il faudrait que je demande confirmation un de ces jours à des amis psychiatres à la retraite. En fait, mon malheur, c’est que je me suis toujours pris pour un héros que je n’ai jamais été…

Ma première grande faiblesse fut de vouloir devenir une héroïne, épique et stoïque, ma deuxième faiblesse fut d'échouer, et la troisième de recommencer sans cesse ; mon opiniâtreté refusait l'abandon d'un tel projet. C'est ainsi que je devins une insubmersible héroïne déchue. Il m'a fallu beaucoup de temps pour admettre que même Dieu, s'il existait, ne pouvait rien ni contre le passé ni contre la réalité ; et qu'il s'en foutait royalement de l'humanité. Ce fut peut-être là le moment décisif où j'ai voulu, aux dépens de ma vie, devenir écrivain.

Chahdortt Djavann, Je ne suis pas celle que je suis, le livre de poche

9782253068402-T