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(Chi Zijian) 

J’aime beaucoup son sourire. Je trouve qu'il émane de cette photo à la fois de la joie de vivre et de la facétie. Et ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire, comme son prénom Zijian ne l’indique pas à l’occidental lambda que je suis, c’est une écrivaine, ce que sa photo révèle évideement. Chi prend le contrepied de tous les grands écrivains chinois adeptes des épopées grandioses et truculentes que j’ai beaucoup lu et aimé ("Beaux seins et belles fesses" de Mo Yan, ou "la montagne de l’âme" de Gao Xingjian par exemple).

« C’est dans les faits qu’on pourrait croire banals et anodins que résident le charme éternel de l’existence humaine et ses limites inéluctables », écrit-elle. C’est exactement comme dans ce roman, la poésie en plus.

Fleuve impétueux, n'es-tu pas épuisé de couler sans jamais t'arrêter ? Tel un garnement malicieux couché dans ton lit, tu oublies de manger et de boire. Tu es retourné à l'état sauvage, roulant sans cesse tes vagues, lançant embruns sur embruns. Même cela ne te contente pas. Voici que tu déchires des pans de ta poitrine que tu jettes sur les bancs de sable où ils se transforment en pierres de toutes les couleurs. Toi alors ! Est-ce en me voyant arriver que tu as semé des bribes de lumière éblouissante et fait surgir des fleurs de lotus d'un blanc transparent ? Ah ! Tu hoches la tête sans arrêt, garnement du village du Grand Nord. Merveilleurx bancs de sable ! Doux et moelleux. Comment puis-je ne le remarquer que maintenant ? Des galets multicolores, ronds, carrés, allongés, une profusion de galets...

 CHI Zijian, Toutes les nuits du monde, traduit par Stéphane Lévêque avec le concours d'Yvonne André, Picquier poche

 

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