Je ne sais si c’est parce que l’histoire se déroule au Liban, pays que je connais un peu pour y avoir séjourné plusieurs fois au titre de missions (soit pour le Comité Olympique International (solidarité olympique), soit pour les ministères des sports français et libanais), que je me suis procuré ce livre. Je ne sais si c’est parce qu’il y est question de femmes, sujet qui m’intéressera toujours. Je ne sais si c’est parce que le narrateur de cette histoire est le chauffeur d’une famille libanaise riche et dominante, moi qui n’ai jamais supporté ni les fonctions serviles ni l’attitude de déférence devant le patrimoine industriel bâti sur des générations, que j’ai persévéré dans la lecture sans jamais hésiter. Je ne sais si c’est parce qu’il est souvent question de Palestiniens des camps libanais qui pointent le bout de leur nez comme la mouche du coche. Je ne sais si c’est parce que la riche famille d’entrepreneurs libanais (les Hayed) dont le livre raconte la décomposition et le désastre final, est chrétienne. Je ne sais si c’est parce que le style hautement classique m’a vraiment plu. Je ne sais rien de tout cela mais ce que je sais c’est que j’ai avalé le récit du chauffeur-confident avec gourmandise, même si les ingrédients qui le composent sont souvent indigestes, comme la lente descente du pays dans l'enfer de la guerre civile.

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(Beyrouth pendant la guerre civile) 

D’ailleurs, nous aussi nous vivions comme si tout allait perdurer, comme si le tissu des jours ne pouvait jamais se déchirer, et moi, j’aimais sentir se nouer et se dénouer autour de moi les gestes quotidiens parce qu’ils étaient comme la preuve de l’éternité du monde et des choses. Je n’avais cessé d’aimer la sarabande des bonnes, celle qui chantait en passant la serpillière pieds nus sur le dallage frais, celle qui mettait le volume de la radio trop haut avant de le baisser sous les cis de Jamilé, ou cette jolie Kurde que je surpris involontairement, en passant devant la fenêtre de sa chambre, en train de se contempler devant le miroir tandis qu’elle défaisait son chemisier, et que j’espionnai en faisant discrètement un pas en arrière pour la regarder lentement défaire son haut, puis dégrafer son soutien-gorge, puis libérer ses deux superbes seins, lourds et droits, qu’elle se mit à caresser amoureusement et comme son bien le plus cher. J’aimais ce sentiment que tout allait durer toujours, avec la même population diverse et variée passant par le portail…

Charif Majdalani, Villa des femmes, prix Jean Giono 2015, Points

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