Cinq cent pages en compagnie de « sauvages », je n’ai pas hésité à me le procurer. Comme l’écrit la narratrice en exergue de son premier carnet « Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages. »

ZDLafemmefloue

Dans la vraie vie, les Indiens ont toujours fini par être massacrés. C’est là une des origines des Etats-Unis. On retrouve cette violence dans la domination du monde et dans les interventions du cow-boy Bush junior en Irak, par exemple, à ce qu’il me semble. J’ai donc vécu avec les sauvages, les Cheyennes en particulier, pendant à peu près quatre cents pages et je n’ai presque pas levé le nez sauf pour aller me soulager ou me sustenter ou encore faire un somme quand mes yeux se closaient (je sais, ce n’est pas usité mais j’en avais rudement besoin) d’eux-mêmes. Avec les passages successifs de la narratrice May Dodd d’une civilisation soi-disant supérieure à une autre à évangéliser, les comparaisons vont bon train et font raison. Ne sont pas forcément plus civilisés ceux qui le croient. Ne sont pas forcément plus civilisés ceux qu’on croit. Ne sont pas négligées non plus les drôles de façon de faire des « sauvages ». Mais dans ce monde d’ici bas, l’angélisme n’est pas de mise et la loi du plus fort finit toujours par triompher. La narratrice l’a payé au prix fort comme les Cheyennes chez qui elle s’était installée avec plus ou moins de bonheur, mais de bonheur quand même.

Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c’est sans doute qu’ils sont trop occupés à vivre.

Les Cheyennes croient que toute chose ayant eu lieu quelque part – chaque naissance, chaque vie, chaque mort – s’y trouve toujours, de sorte que le passé, le présent et l’avenir cohabitent éternellement sur terre.

Nous penserons à la vie que nous menons aujourd'hui, m'a-t-il dit doucement, et nous verrons que le Peuple n'a jamais été plus heureux, que nous n'avons jamais été aussi riches. Nos Tipies sont confortables, le gibier abonde, nous possédons de nombreux chevaux et quantités de biens. Je ne suis pas encore prêt à renoncer à tout cela pour m'intéresser au monde de l'homme blanc. Ce sera pour plus tard.

Jim Fergus, Mille Femmes Blanches, Pocket, traduit de l'anglais (USA) par Jean-Luc Piningre

mille femmes blanches