Où est la frontière entre liberté et addiction, me suis-je benoîtement interrogé ? Je ne parle pas de l’addiction des fumeurs, libres de fumer mais apparemment incapables d’arrêter. Certains même se vantent qu’ils ne veulent pas arrêter de fumer au contraire de la plupart qui le souhaitent par peur de mourir en fait, dixit Raphaël Enthoven lu sur FB. En quelque sorte ils prétendent choisir leur mort ! Je ne suis pas certain que mon grand ami Olivier ait choisi délibérément de mourir à quarante ans d’un décollement de la plèvre parce qu’il fumait comme un pompier. Il était fou de Djian, Philippe Djian, comme moi, je lui avais offert 37°2 le matin, il avait répliqué avec Échine, dont les premières phrases m’ont toujours bluffé : Chaque fois que je voyais Paul Sheller s’avancer vers moi, j’avais envie de le tuer. Même lorsque c’était moi qui venait le voir. Durant quelques secondes, je regardais fixement sa gorge qui palpitait comme un petit oiseau blanc, puis la vision se dissipait et j’avais alors le sentiment que ma vie n’était pas aussi formidable que je l’aurais souhaité. Après quoi, nous nous serrions la main.

Cela ne signifie nullement que tous ceux qui ne fument pas ont peur de la mort, la leur bien sûr. Bon, j’ai dérapé sur l’addiction au tabac alors que ce n’est pas du tout mon sujet. Je n'ai jamais fumé et ce n'est pas par peur de la mort.

 

En fait, je me suis toujours demandé où commence ma liberté sexuelle et à quel moment elle finit en addiction. Personnellement, j’ai toujours oscillé entre les deux, en frôlant l’addiction, je crois, je n’en suis pas si sûr, peut-être étais-je plutôt dedans ?  Ou dans le fantasme. (Je vous parle de ma jeunesse pour ceux qui n'avaient pas compris, il y a prescription depuis belle lurette)  Mais il y a des faits troublants à la lecture de ce roman.

La question ne se pose pas pour Adèle. Elle ne frôle pas l'addiction, elle est dedans jusqu’au fond de son vagin. Rien n’y fait, la pulsion est plus forte que tout ce qui pourrait la retenir, son mari, son fils et surtout la vie aisée qu’ils lui assurent. On sent monter les dangers et la catastrophe annoncée s’avancer de manière certaine, et puis non, de solides barrières construites par son mari la freinent, et puis…ben oui. Est-ce son horrible jeunesse la cause ? La frustration agressive de sa mère, l’abandon du père ? Justement, on n'en sait fichtre rien, la sexualité reste un mystère.

ZDLabaigneuse

Tout est trash ici jusqu’au clash final dans un crash qui fait flash. Ben oui.

Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée toute entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre.

Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre, folio.

leila slimani

 

PS : pour une raison que j'ignore, je n'ai pas réussi à télécharger la couverture du livre ! C'est bien la première fois !