Les bras m’en tombent (une de ses expressions favorites) et mon petit doigt avec (je garde la mienne aussi), j’ai commandé sur FB un de ses romans, je ne prenais pas trop de risque (oh que si), vu l’écriture du gars dans ses courtes (pas toujours) chroniques sur FB, elle est forte et regorge de trouvailles en veux-tu en voilà, mais surtout tape en plein là où ça fait mal, et toujours juste, tellement bien son écriture qu’elle me met misérable quand je retourne à la mienne propre (finalement plus si propre). Pas moyen de m’empêcher de la trouver fade en comparaison. Alors je me dis (comme lui, je me parle à moi-même, même que ça m’arrive tout le temps) comparaison n’est pas raison. Je me raisonne car c’est un drame (pour moi), ce ne devrait pas être permis, aussi pourquoi suis-je allé me fourrer dans ce guêpier, en payant en plus. Horreur, malheur ! J’ai donné le bâton et je me fais battre, à plate couture. Mais je suis un gars qui a de la ressource, genre résilience.

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(vue de Cambrai)

Bon, c’est pas tout, parlons aussi de l’histoire. Je me suis de suite senti en terre connue, le Nord du roman, suis né pas très loin outre Quiévrain, la pluie, le froid humide, les friches, et surtout les briques à la couleur indéfinissable à se faire pendre un canal, etc., même si c’est l’hiver, c’est pas une raison. La relation père-fils aussi ça me connaît, froide, formaliste, et puis non, plutôt en dedans, rentrée quoi, à deviner sans doute, mais on sait pas, et puis des garçons ça ne pleurent pas, et puis un militaire, même un père, ça reste pour toujours un garçon, non ? Et les copains d’enfance, de la primaire et plus, ça c’est du Nord, ça peut rester soudés en vieillissant, y a rien d’autre à faire que continuer les conneries ensemble, et les conneries ça finit toujours mal, pas la peine de faire un dessin, et puis y a l’abbé, moi aussi je l’ai connu l’abbé, chez les louveteaux,

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(vue sur Férin)

et puis tout ça dérape en hiver dans le monde moderne du chomdû, de la drogue et des petits boulots, voilà, c’est un polar, du cousu main, du polar humain avec des sentiments enfouis sous des couches de problèmes, qui peinent à se dévoiler, qui arrivent pas à s’extirper, et s'ils y arrivent, c’est pire encore, et puis tout au long il y a Gabrielle, mais c’est trop tard. Mais attention, y a pas de flics dans ce polar, y a que des petits voyous de barres hlm et des voyous qui se voient plus grands que leur trou du cul de province et au milieu, un intello prof de littérature avec dans sa tête ch’tarbée des tas de musiques et aussi des bouts de poèmes qui s’entrechoquent. Pauvre William, c'est lui, pas du tout envie d’être dans sa peau. C’est diablement prenant. C'est le diable qui rafle la mise. Voilà, c’est Denis Parent et c’est beaucoup dire.

William contemple les bouleaux frêles et frissonnants qui, sur le remblai, dominent des fossés boueux et des armées d'orties, les mêmes qui lui mettaient le feu aux jambes trente ans auparavant. Au-delà on distingue les faubourgs de la ville. Denciennes, ville moyenne du Nord de la France, très moyenne même. Il y est né, il en est parti, il y est revenu souvent, avant d'admettre qu'il allait y rester. Les bâtiments sont en pierres rouges ou ocres, il ne saurait pas nommer cette couleur, c'est la brique de par chez nous, la brique de nos maisons froides. Ce pays l'a souvent désespéré, d'un lent et long désespoir qui se transformait parfois en joie subite, sans réelle cause, jubilation soudaine d'être là, dans cette plaine immuable dont la longévité compense l'absence de splendeurs. Ici le temps s'économise et laisse passer d'autres jours, d'autres semaines sans que cela se sache. Ici on est encore hier, ou cette autre matinée dont on ne sait plus la date. Certains jours on croit vivre dans un éternel lundi. C'est à cause aussi des ciels de traîne qui s'effilochent, se détricotent et n'en finissent jamais de partir.

Denis Parent, Un chien qui hurle, édition Louisiane

 

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