Un bouquin que j’aimais bien de par sa construction intelligente et sa justesse, dont j’ai parlé ici (La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker), a été considéré comme quantité négligeable par une bloggeuse, ce qui est son droit le plus strict. Je n’aime pas cependant le procédé qui consiste à balancer un livre aux orties, sauf si on est critique professionnel, et encore. Je trouve qu’il faut respecter un minimum le travail d’un écrivain. Je ne suis pas critique professionnel et je résous ce dilemme en ne parlant que des bouquins que j’ai aimé et pas du tout de ceux qui me sont tombés des mains ou m’ont franchement déplu. Je trouve le silence plus juste que le mépris.

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Toute cette introduction pour je ne sais quelle raison. Enfin si ! Sans doute parce que le roman que je finis, que je n’ai jamais lâché (825 pages), ne m’a jamais ennuyé, mais devant lequel je suis tout au long resté perplexe. Je ne me l’explique que parce que je ne suis pas arrivé à m’identifier aux personnages, d’ailleurs, à aucun des personnages qui sont nombreux, apparaissent, disparaissent et que je retrouvais quand j’avais déjà oublié leur nom. Cette façon de lire, est-ce une force ou une faiblesse ?, en m’identifiant au personnage du héros. Dans ces cas-là, je me retrouve en immersion totale dans le roman. Cette identification que je ressens peut se révéler positive ou négative d’ailleurs, je ressens ce qu’il ressent ou me répugne ce qu’il fait. C’est ma façon de vivre mille vies en plus de la mienne et d’apprendre. C’est fou ce qu’on apprend avec les romans. Purity est le nom de la première héroïne. C’est la raison pour laquelle je parle de diable. Mais tout dans ce roman traite de dépravation, cyberespionnage et meurtre noyé dans une chronique familiale à tiroirs et sur plusieurs continents.

Le soleil était devenu agressif. Pip s'écroula sur le côté, comme poussée par la force de la chaleur de l'astre ; la tête lui tournait. Elle avait l'impression que pendant un moment, on lui avait ouvert le crâne et remué vigoureusement le cerveau avec une cuiller en bois. Elle était encore loin de se soumettre à lui, de le laisser faire d'elle ce qu'il voulait, mais pendant un moment, il était entré assez profondément dans sa tête pour qu'elle sente comment cela pourrait se produire - comment Willow pouvait changer de sentiments comme une pieuvre change de couleur, uniquement parce qu'il le lui demandait, et comment Colleen pouvait rester prisonnière d'un endroit quelle détestait car elle voulait une chose qu'elle savait impossible à obtenir de la part d'un homme qu'elle tenait pour un salaud. Pendant un moment, un effroyable fossé s'était ouvert en Pip. D'un côté, son bon sens et son scepticisme. De l'autre, une sensibilité aiguë de tout son corps, d'une catégorie différente de ce qu'elle avait connu jusque-là. Même au plus fort de son obsession pour Stephen, elle n'avait jamais voulu être son objet ; elle n'avait jamais eu de fantasme de soumission et d'obéissance.

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