Franchement, je n’y peux rien ; j’ai traversé la vie en luttant de mon corps contre un esprit retors, le sien, le mien donc aussi. Pourtant, c’est quand même le corps qui a les deux pieds sur terre, non ? Le monde qui pénètre par les yeux, les pieds, les doigts, le toucher.  Que ce soit le sien d’esprit ne souffre d’aucun doute puisque que celui-ci s’exprime sans arrêt dans son for intérieur quelque part au milieu du cerveau, le mien de cerveau donc (j’en suis à peu près certain), sans que cette pauvre victime de corps ait pu trouver jusqu’ici le bouton d’arrêt. D’ailleurs, c’est sûr, il ne le trouvera jamais puisqu’il n’y en a pas. Le seul bouton d’arrêt prévu (mais personne ne connaît la réponse avec certitude) est celui de l’interruption mortelle. Panne de courant. Pfff…alors en route pour le repos éternel. Certains, que je ne nommerai pas, disent aussi qu'ils entendent des voix, traduction, étrangères à eux et qui leur dictent ce qu'ils doivent faire. C'est aussi une hypothèse. Mais revenons à notre roman car nous nous égarons (je ne sais pas qui est ce nous !).

Me lavai rapidement entre les jambes, et le ventre, où son sperme était encore humide et collant ; un dépôt transparent et gluant ; je le touchai avec émerveillement et crainte ; ce sperme qui jaillit du corps de l’homme comme s’il devait franchir un abîme ;

 

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Je n’ai eu aucun mal à me fondre dans l’esprit de ce cette jeune fille, l’héroïne du roman qui vient, cette-fois-ci, non pas que je m’identifie à une fille (et pourquoi pas après tout), mais tout à fait complètement absolument résolument à son esprit. L’esprit de mon corps a reconnu son esprit-sœur. Parmi mes amis et mes connaissances, j’étais connue pour mon indépendance et ma non-présence, par quoi ils entendaient sans doute mon inaccessibilité. Une jeune étudiante en philosophie de dix-neuf ans, qui se fait appeler Anellia, c’est emballant, complètement à côté des pompes de ses consœurs étudiantes bourgeoises et autres filles de riches. Elle n’est qu’une fille de paysans.  Ne me déteste pas, nos vies ne sont que hasard, tel semble être son mantra, elle cherche l’amour, par l’esprit, mais aussi par le corps, ce corps que son esprit accepte avec difficulté, ce corps qu’elle croit devoir déguiser pour le rendre sexuellement attirant, son esprit ne croit pas à ce corps.

Comme dans la passion sexuelle nous sommes emportés par des courants qui battent en nous de façon impersonnelle ; en nous utilisant et en nous rejetant comme des enveloppes vides.

 

Jouissif !

Joyce Carol Oates, Je vous emmène, Points, traduit (de l’anglais – USA) par Claude Seban.

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