Il y a une meuf SDF qui s’imagine que c’est le capitalisme qui a inventé le travail, du coup, comme elle a eu un père communiste, elle refuse de travailler ; il y a un trader qui se prend pour un génie et mène une vie de saigneur, entouré d’une faune qu’il cloue dans son lit aussi bien qu’au pilori ; il y a les bittes molles qui ne trouvent que des chattes moisies, à chacun son dû ; il y a un chanteur mort qui hante le roman comme le monstre du Loch Ness (comme je ne suis pas rock, je n'ai pas compris qu'il était l'âme du bouquin, enfin peut-être, son fantôme en tout cas) ; il y a les SDF (tout le monde a peur de finir SDF en vieillissant) qui pensent comme tout un chacun quand ils ne sont pas soûls ; il y a les fafs qui se croient le nombril du monde et font régner leur ordre par les biceps et autres tablettes de chocolat ; il y a des actrices, des réalisateurs et des scénaristes de porn tout ce qu’il y a de bien ; il y a une jeune étudiante voilée pas très loin du porn qui va jusqu’à un colloque à Barcelona ; y a celles et ceux qui sont dingues de leur chien et j’en oublie évidemment car toute cette faune parisienne m’a soûlé. Et chaque fois que j’en reprenais, j’avais oublié tout ce que je venais de lire juste avant, savoir l’histoire (il n’y en a pas) et les protagonistes, ils sont nombreux, j’avais oublié tout tout tout sauf le style qui colle au roman comme le verlan au banlieusard, et époustoufle celles et ceux qui aiment cette langue argotique (et je peux ajouter le titre). Quant à moi, qui suis un type simple comme candide, j’ai besoin qu’on me raconte une histoire pour rester accroché et ne pas m'endormir. Et puis, du début à la fin, il y a Vernon, le disquaire en faillite, qui fait le lien entre tous les personnages et finit SDF aussi à cinquante ans, justement, la hantise. De bout en bout, il ne comprend rien de ce qu’il lui arrive. Vous avez compris c’est du Virginie Despentes. J’ai presque toujours du mal avec elle, je m’étais esbaudi quand elle avait attaqué Marcela Yacub dans un article en se moquant (sa marque de fabrique) au passage de Laurent Joffrin :

 

Virginie-Despentes-Je-ne-pense-pas-avoir-de-place-dans-le-monde

("je ne pense pas avoir de place dans le monde")


« Du côté de l'Obs, rien de bien neuf non plus, cette gauche-là tutoie les sommets. Et quand Joffrin consacre la "une" de son journal au livre de Iacub (la belle et la bête), ce n'est pas qu'il vient de découvrir les vertus de la presse façon Closer, c'est la littérature qui l'appelle. Il s'explique dans son petit édito : "Les qualités littéraires du livre étaient indiscutables." Joffrin, on ne savait pas qu'il avait la faculté de trier ce qui entre en bibliothèque de ce qui part à la poubelle. On devrait faire appel à lui plus souvent, on s'épargnerait un tas de discussions oiseuses » (3 mars 2013).

De Despentes, pour l’instant, je ne retiens que sa King Kong Théorie, complètement, absolument, résolument.

En résumé, je l’évite, mais pour les mois d’été, je suis tombé sur son Vernon Subutex (tome 1). Pas sûr que je cherche le tome 2, peut-être quand j’aurai oublié le premier, c'est-à-dire demain.

Les filles sont sèches quand elles sont trop chargées, ça leur fait mal quand on les baise, les gars faites gaffe à vos prépuces. Ça, il le publie sur Twitter. Tant pis pour les déprépucés, avec leurs bites qui ne sentent plus rien. Il peut mettre la sienne entre les cuisses de n’importe quelle fille, ce soir. Elles sont venues pour ça, elles voient la taille de l’appartement, ça les chauffe, elles veulent sucer la queue du mec capable de se payer ça. Il voit tout. Il est une surface sensible et alerte. C’est la drogue mais pas seulement –son cerveau est un échangeur géant. Comme au centre-ville de Tokyo. Les infos le traversent, il organise. Toute la journée, il surveille huit écrans en même temps À force d’entraînement, son cerveau fonctionne cent fois mieux que celui d’un PDG lambda. Un directeur de banque est comme un type qui monte la montagne sur un âne tandis qu’il se déplace en fusée – trois fois le tour du monde, tous les jours, et pas seulement le tour du globe, de ses pas de géant, de marché en marché, mais le même trajet en coupe transversale -, synthétise les informations, saisit celles qui se conjuguent, les connecte. Émetteur-récepteur. Centre de tri intergalactique.

Despentes, Vernon Subutex (tome 1), le livre de poche

 

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