Bon, je sais que l’Estonie est un des trois pays baltes et que la capitale en est Tallinn (j’ai eu un peu de mal à m’en souvenir). Comme le nom l’indique, ces petits pays bordent la mer Baltique, sous la Finlande, le long de la Russie (il y a une carte opportunément située en début du roman). Que ce pays n’est indépendant que depuis 1992, ce que j’ignorais. Son histoire a priori m’intéressait sans qu’il y ait une quelconque raison raisonnable. Mais ce livre n’est pas à proprement parlé un livre d’histoire, quoique la lutte des Estoniens coincés entre les nazis et les communistes russes, pour leur liberté, sert de toile de fond. On pourrait de même dire qu’il s’agit d’une histoire de femmes survivant entre les idéologies (inhumaines par définition ?) et des hommes incommodes, chantres de ces idéologies ou tout simplement parangons de la domination masculine jusqu’à une violence extrême. Vraiment extrême sous la plume de l’écrivaine qui vient. Mais certaines femmes ne s’en laissent pas compter et retournent la violence des hommes contre eux. Mérité. Plus je lis de romans où l’idéologie communiste joue un rôle, plus je trouve des façons d’être et de faire pratiquement identiques dans toutes les langues et sous toutes les latitudes, et surtout peu intéressantes (je parle de l'idéologie, pas du roman, très intéressant, lui). Sinon ces sociétés auraient survécus, pardi, on ne lâche pas facilement ce qui nous va bien. Au fond, jusqu’ici, des hommes cherchent toujours à faire mieux que le capitalisme et tombent à chaque fois dans plus moche encore, du merveilleux qui chante au pire qui tue. C’est quand même incroyable, cette histoire, notre histoire, vous ne trouvez pas ? Au fond, ne reste que le ciel, avec ses constellations, la Grande Ourse pour la grand-mère du roman qui a besoin de l’apercevoir pour sourire, et celle de la Balance, pour moi, qui a le don de m’apaiser. Le cosmos, il n’y a que ça pour nous autres pauvres mortels.

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Et la pile d’exemplaires de la revue mensuelle Aide au propagandiste que Martin lisait avec avidité : « en 1960, pour 10.000 habitants il n’y avait que neuf médecins en Angleterre, aux États-Unis seulement douze, mais en Estonie soviétique, vingt-deux ! En Géorgie soviétique, trente-deux ! Avant la guerre en Albanie, il n’y avait pas de jardins d’enfants, mais maintenant il y en a trois cents ! » (…)  La vue des années et la mention « Édition d’agit-prop du Comité Central du Parti Communiste d’Estonie » imprimée sous le titre du journal firent retentir dans la tête d’Aliide le trémolo passionné de la voix de Martin. « La société socialiste fournit les meilleures conditions au développement du savoir, au développement de l’agriculture, à la conquête de l’espace ! » Aliide secoua la tête, mais la voix de Martin n’en sortit pas. « Le monde capitaliste n’arrivera pas à s’aligner sur notre niveau de vie qui avance comme un ouragan ! Le monde capitaliste tombera à genoux et disparaîtra (…) victoire victoire victoire ! » Martin ne disait jamais « peut-être ». Il ne pouvait pas douter, parce qu’il n’en laissait pas la possibilité dans ses paroles. Il ne parlait que de vérités.

Sofi Oksanen, Purge, le livre de poche, traduit du finnois par Sébastien Cannoli

 

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