Ça me désole mais quelques mois avant l’élection d'Emmanuel Macron, j’ai décrit à ma manière ce qui se passe aujourd’hui, les révoltes et les exactions extrémistes, dans mon livre « vous saurez tout sur Marc Dubois… " et Marc Dubois prédit même l’avènement de l’extrême droite au pouvoir. Je m’en sortais par une pirouette en disant que Marc Dubois s’était souvent trompé dans sa vie.

Et bien nous y voilà ! Je suis bien conscient que le Président Macron a laissé se rompre la corde qui relie les premiers de cordée aux derniers, et j’ignore, mais je l’espère, s’il parviendra à rattraper cette corde, mais la tâche s’annonce redoutable pour lui et pour le pays. Il va falloir qu’il change beaucoup. Mais ce qui me désole encore plus, si c’était possible, ce sont les « intellectuels de gauche » qui encensent cette révolte populaire, spontanée et violente sous prétexte que « s’y tissent des sympathies, des affections neuves, un sentiment d’être ensemble… » comme si n’importe quelle lutte ne procurait pas les mêmes sensations à celles et ceux qui les mènent. Ce n’est pas suffisant pour dire l’essence (sans jeu de mot) même de la lutte, son sens, et la direction qu’elle prend, et c’est criminel d’en minimiser ou justifier les exactions et autres extrêmes violences. Ce qui me désole, c’est le comportement dangereux des femmes et hommes politiques de gauche qui ne dénoncent pas la violence ou seulement du bout des lèvres en lui opposant la violence de la classe au pouvoir.

Pour ma part, ce que je défends, c’est la démocratie et l’État de droit (même si je sais bien qu’ils sont liés au capitalisme inégalitaire), le moins mauvais des systèmes à l’échelle de la planète, face à la montée des totalitarismes sous quelque bannière qu’ils se présentent.

J’espère que nous sommes nombreuses et nombreux.

Ce jour-là, à peine étions-nous assis côte à côte face à la fenêtre sur des chaises surélevées, qu’il m’annonça avec solennité que sa mort était proche et qu’il espérait mourir dans son sommeil par « les mains de la mélancolie qui l’achèvent », selon la magnifique expression de Sancho à Alonso Quijano (Don Quichotte), m’a-t-il précisé.  Et pourquoi es-tu si pressé de mourir ?, lui ai-je demandé, t’as l’air en pleine forme physique ! Je ne dirais pas la même chose de ton mental depuis que tu es obsédé par la possible victoire de la Blonde Carnassière à la Présidentielle de 2017 ! C’est sûr, ça te perturbe. Il me répondit en posant sa main sur mon avant-bras et en contractant toutes les rides de son visage, « vois-tu Joël, tel que tu me connais, tu sais que je suis sorti de la religion très jeune alors que j’y étais en immersion totale, que j’ai été viscéralement attaché tout au long de ma vie à la construction européenne, que je suis pour une société métissée jusqu’à m’y impliquer moi-même dans ma propre famille, mais voilà que ce monde s’écroule, les temps changent, du tout au tout et les idéologies avec, tout est bouleversé, c’est la fin d’un monde, et bien, je n’ai aucune envie de vivre cette élection de 2017 et les temps sombres qui s’annoncent. 

Et en effet, qui aurait pensé qu’un retour des religions serait aussi fort en France qu’une vague de marée montante ? À un point tel que Brel, Brassens et Ferré appartiennent désormais à un lointain passé révolu. Ils sont mis au rencard. Les paroles de leurs chansons ont pris un sacré coup de vieux. L’heure est à la fermeture des frontières, à la montée des nationalismes agressifs (un nationalisme est toujours agressif mon vieux, m’aurait-il retoqué), à la déstabilisation de l’Europe et à l’émergence d’une France que je trouve mesquine où la discrimination s’imposerait comme la règle absolue. Après avoir un temps observé par la fenêtre la Garonne et le pont Saint Pierre qui l’enjambe, je lui demandai s’il n’avait pas le sentiment d’exagérer, mais il persévéra au contraire : « tu n’as pas compris, mon vieux Joël, la Blonde Carnassière et son parti que j’honnis vont prendre le pouvoir, c’est sûr, et de deux choses l’une, soit leur soi-disant dédiabolisation, c’est du pipeau, et ils vont appliquer à la baguette leur programme pernicieux, soit, peut-être le pire, s’ils ne vont pas assez vite, s’ils se satisfont de leurs postes de pouvoir puisque telle est leur véritable ambition, leur base nationaliste, identitaire, raciste, anti-culture, anti-européenne, etc. va les balayer en imposant par la force leurs convictions, soit encore les deux en même temps et c’est la guerre civile assurée, mon vieux ». Devant ma moue dubitative, il concluait en me disant, « je ne veux vivre ça en aucun cas ». 

Pierre Ferin, Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l'avoir jamais demandé !

www.pierreferin-ecrivain.fr

 

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