Vous le savez comme moi, depuis que le monde est monde, existent les guerres. Guerres de conquêtes, guerres de défense, guerres de religions, guerres coloniales, guerres pour l'indépendance, guerres civiles et j'en passe sans doute, pas des meilleures, elles sont toutes plus guerrières les unes que les autres. Certains avancent qu'il y a des guerres justes et d'autres donc injustes. Si je comprends bien, si vous faites une guerre juste, vous le faites contre un ennemi qui mène une guerre injuste. Cela peut se discuter, du moment qu'on ne se fait pas la guerre. Comme il y a beaucoup de guerres et sans cesse, il y a une industrie florissante de fabrication d'armes. Il y a ceux qui les fabriquent et ceux qui les achètent et ceux qui font les deux. Il y a ceux qui les achètent pour les utiliser en attaque et ceux qui les achètent pour se défendre. Il y a aussi ceux qui se procurent des armes sans même les acheter, en les récupérant chez l'ennemi. Comme tout le monde ou presque, je suis contre les guerres. Comme un certain nombre d'entre vous, je me suis débrouillé pour ne pas faire mon service militaire. D'une nature peu obéissante, je savais que je passerais plus de temps au trou qu'à apprendre la technique et la tactique des armes et des guerres. Je n'ai cependant jamais été pacifiste. J'ai toujours pensé qu'il faut être en mesure de se défendre si on est attaqué et de vivre dans un pays qui ne se laisse pas coloniser. Il faut donc être prêt à prendre les armes, si on ne peut ni ne veut quitter son pays pour des horizons plus tranquilles. Heureusement, né en Europe en 1945, j'ai eu la chance incommensurable de vivre en paix depuis ma naissance, et je l'espère de toutes mes forces, jusqu'à ma mort. ver1_illustration_001f

Dans le livre qui vient, il n'est question que de guerres et de grands chefs militaires, de leurs grandes batailles, de leurs conquêtes, de leurs guerres pour la justice, etc., et surtout de grands champs de bataille jonchés de milliers de cadavres dont les squelettes sèchent au soleil et le sang abreuve les sillons d'ici et d'ailleurs et peut-être même fertilise ces terres, du moins pour les batailles qui ne sont pas navales. Je suis en complet accord avec l'auteur qui vient, dont la prose est brillante, toutes ces victoires sans lendemain sont vaines et ne sont finalement que des défaites. Il oppose à cette folie des hommes la beauté du monde, de l'art et de l'émotion.

Grant sait qu'il a gagné aujourd'hui. Il parcourt le verger de Shiloh couvert de corps, enjambant les bras raidis des moribonds. Autour de lui, tous les officers sont consternés par l'étendue des pertes. Qu'est-ce qu'ils croyaient ? La boucherie, voilà ce qu'est la guerre. Rien d'autre. Tout le monde le regarde avec dégoût mais il sait qu'il a gagné, lui. Même si la colère monte et ira jusqu'à Lincoln, même si à partir de maintenant, on l'appelera "le Boucher". Même si on l'éloignera un temps des postes de commandement parce que les autres généraux rêvent encore à des victoires propres. Il connaît, lui, l'odeur des champs de bataille. Une fois que cela ne sent plus la poudre, l'odeur qui reste, c'est celle de la tripe et du sang. (...) C'est une victoire. C'est à cela que ressemblent les victoires : les blessés claudiquent et les mourants gémissent, comme dans une défaite.

9782330066499

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