squaw

Quant j’étais adolescent (et je le suis resté longtemps, peut-être même ne suis-je jamais tout à fait sorti de cette période de ma vie, ou bien pour une courte durée, et finir par y revenir en tant que vieil ado attardé), j’adorais les westerns. La preuve de ce que je viens d’écrire, c’est que je les aime toujours autant. Et ceux que je préférais et préfère par-dessus tout étaient/sont ceux dans lesquels les Indiens avaient/ont le beau rôle, ou tout du moins étaient/sont respectés. Il faut quand même reconnaître qu’ils ont été dépouillés comme des malpropres, de leurs territoires, de leurs bisons, de la nature dans laquelle ils vivaient en harmonie, de leur mode de vie, bref, de leur civilisation et d’eux-mêmes par une invasion et une colonisation aussi irrésistible que brutale et impitoyable. Les vrais sauvages à cette époque étaient bien les Blancs. Je ne remercierai jamais assez l’auteur qui vient d’avoir rendu en quelque sorte leur honneur aux nations indiennes, et surtout aux femmes indiennes, les squaws, sans pour autant tomber dans l’angélisme qui consisterait à oublier que les Indiens étaient aussi des guerriers qui n’ont jamais eu l’intention de se laisser dépouiller. Le roman qui vient est l’ultime volume d’une trilogie dont j’ai avalé avec gourmandise les deux premiers et terminé au galop le petit et gros dernier. C'est dire que cette fois, je suis gavé. Jim Fergus, le formidable auteur de cette trilogie (Mille femmes blanches) peut passer à autre chose. Et dire que je l’ai loupé quand il est venu causer un peu et dédicacer beaucoup dans une librairie près de chez moi. Malédiction, je ne l’avais pas pisté.

En renouant avec la littérature après cette trop longue parenthèse, je me suis rappelé ces histoires de guerrières, qui ont suscité en moi un intérêt nouveau. Ma propre expérience m’avait menée à l’inévitable conclusion que, pour une Indienne, il n’est qu’un moyen de survivre dans le monde blanc : rester sobre, s’endurcir et se battre. Nous autres femmes avons appris à nos dépens ce que coûte la passivité. Je me suis intéressée au mythe des Amazones qui, selon la légende, perdaient toujours leurs combats contre les Grecs. Dignes et courageuses adversaires, elles étaient très belles et leurs attraits ne manquaient pas de charmer les héros. (…) « Plusieurs Grecs souhaitaient jouir dans leur patrie des chastes embrasements d’une épouse aussi belle. » (Adrienne Mayor, les Amazones). (…) Un paradoxe qui ne déplairait pas à certains, je suppose. Ces mythes ont été créés par les hommes dans le but de réduire les femmes à la passivité, à la soumission, car, dans le fond, notre force leur inspire la crainte. Selon les récits de nos aïeules, notre peuple comptait autrefois des guerrières qui, comme dans d’autres sociétés, étaient aussi vaillantes qu’eux sur le champ de bataille. C’est de leur exemple que je m’inspire.

Jim Fergus, les Amazones, Le cherche-midi, traduit de l’anglais (USA) par Jean-Luc Piningre

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