Là franchement, je suis bien embêté ! Je ne nourris pas une histoire d’amour avec le Goncourt ! Que je le lise dans la foulée du prix tout juste attribué ou beaucoup plus tard quand le roman paraît en édition de poche, le résultat est le même, je m’y ennuie, en général. Le plus souvent, je ne le lis pas. J’ai une exception (qui confirme ma règle), c’est « l’art de perdre » d’Alice Zeniter. Je trouve le titre formidable. Le sujet, les Harkis, beaucoup moins, mais je changeai d’avis en lisant le roman. Bon ! Je m’avise en vérifiant que ce n’était que le prix Goncourt des lycéens de 2017 ! Dont acte ! Tant pis ! Plus fort que les adultes les jeunes ! J’ai déjà fait une chronique sur ce roman, je n’y reviens pas. Avec le Goncourt de cette année 2020, on retombe dans le courant principal qui s’étire tranquillement sans rien bousculer ni bouleverser, en tout cas en ce qui me concerne, les autres je ne sais pas, avec une belle écriture qui finalement m’a endormi. Même pour les prisonniers (les deux protagonistes principaux purgent leur peine de prison dans la même cellule) on peut faire du feel good. Ils y ont droit comme tout le monde non ?

cellule prison

 

Et puis toute l’histoire m’a parue cousue de fils blancs. J’ai peut-être l’imagination trop féconde mais le père pasteur qui se dépasteurise, la mère à la tête d’une petite salle de cinéma art et essai dévergondée par mai 68, et le « gentil » narrateur, en prison parce qu’il a pété les plombs, séquence qu’on pressent depuis le début de son histoire comme intendant de résidence, avec sa femme pilote de vieux coucou de l’année 1947 où l’on devine ce qu’il va lui arriver à un moment ou un autre, (et je ne parle pas du chien qui fera larmoyer les plus coriaces), tout ça, pour moi, c’était couru d’avance ! À cela s’ajoute ce que l’on sait après avoir lu d’autres romans de Dubois (que j'aime bien), c’est qu’il affectionne les moteurs ! Tous les moteurs : de moto, de voiture et d’avion. Son père était garagiste à Toulouse si je ne m’abuse. Ô Toulouse évidement présente dans ce roman. Que dire de plus ! Et bien, je l’ai lu jusqu’au bout figurez-vous !  Dubois est un humaniste qui tourne rond comme ses moteurs. C’est ça le message. Et dans notre monde où les réseaux sociaux se vautrent dans la haine et la destruction, Dubois s’érige en dernier rempart.

Ô que c’est beau !

Il neige depuis une semaine. Près de la fenêtre je regarde la nuit et j’écoute le froid. Ici il fait du bruit. Un bruit particulier, déplaisant, donnant à croire que le bâtiment, pris dans un étau de glace, émet une plainte angoissante comme s’il souffrait et craquait sous l’ »ffet de la rétraction. À cette heure, la prison est endormie. Au bout d’un certain temps, quand on s’est accoutumé à son métabolisme, on peut l’entendre respirer dans le noir comme un gros animal, tousser parfois et même déglutir. La prison nous avale, nous digère et, recroquevillés dans son ventre, tapis dans les plis numérotés de ses boyaux, entre deux spasmes gastriques, nous dormons et vivons comme nous le pouvons.

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, éditions de l’Olivier.

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la meme façon

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