C’est quoi ce titre tarabiscoté ! Doucement les gars ! Pardon les filles ! C’est tout ce que j’ai trouvé. Comme j’ai dérapé plusieurs fois au cours de cet article, il fallait que je trouve un titre rassembleur.

TOUS ENSEMBLE

TOUS ENSEMBLE

YEAH !

Bon ! Ceci dit, je commence par le commencement : je kiffe ce type, Obama (qu’il me pardonne cette familiarité !), je le sens vraiment, dans tout ce qu’il fait (je ne le suis pas à la trace quand même – je parle surtout de ses discours – celui contre le racisme, les gars et les filles, je ne vous dis pas), c’est simple, je lui donne le bondieusansconfession, il réussit avec moi ce que peu d’hommes (ou de femmes – il n’y a que la mienne pour y parvenir) réussissent, il réunit mon cœur et ma raison dans une seule maison, c’est génial, non ? Comme mon titre finalement !

 

obama

 

En général, je n’aime pas trop les Américains. J’étais toujours du côté des Indiens quand j’étais petit, et même plus grand (de taille), en regardant les westerns. J’en sortais presque toujours frustré parce que les Indiens étaient toujours les perdants de l’histoire (qu’ils sont d’ailleurs), ils se faisaient toujours avoir, quand ils n’étaient pas ridiculisés. C’était quand même le plus souvent de pauvres peauxrouges aux mœurs et aux croyances bizarres, qui se trémoussaient à moitié nus autour de totems, au lieu de se prosterner devant un homme cloué sur une croix. (J’imagine facilement ces sauvages capables de danser autour de la croix, non mais dites-donc). Ces idiots affrontaient des fusils avec leurs seuls arcs et flèches. Ils tombaient comme des mouches, fauchés par les balles. Pour mener à bien quelques petits larcins, ils devaient faire preuve d’une sournoiserie toute Sioux (prononcez sioukse). Finalement, ce que je veux dire, c’est que je n’aime pas la majorité des Américains blancs friqués et arrogants, ceux qui in God trust, ceux qui sont persuadés, depuis qu’ils ont éradiqué les Indiens en parquant les survivants dans des réserves alcoolisées et abusé de l’esclavage des Noirs, que le pouvoir se trouve au bout de leur fusil (j’y reviens plus loin avec Toni Morrison). C’est pour ça d’ailleurs qu’ils ont mis dans leur constitution que tout le monde a droit, du plus petit au plus grand, du plus intelligent au plus con, à porter une arme, du petit pistolet qui fait pshiiit et un petit trou (comme un p’tit coquelicot, mon âme) au gros fusil d’assaut qui dégomme tout ce qui barre son passage. Ils ont écrit ça dans leur constitution dis-donc et maintenant les balles de toutes sortes pleuvent sur leurs enfants, comme au bon vieux temps des duels en pleine rue. Planquez-vous, ça tire dans tous les coins.

western

 C’est ce qui m’est d’ailleurs arrivé la dernière fois que je suis allé à New York. J’étais près du Stock exchange (la bourse). Un flic a brusquement hurlé. J’ai vu des types et des gonzesses se planquer à plat ventre derrières des bagnoles. J’étais resté debout bouche bée à 50 m du carrefour. Et puis ça s’est mis à tirer. J’ai pris les jambes à mon cou. 42 coups de feu exactement a compté la police. Un mort, le malfrat, une blessée à la jambe, une passante. Réussite totale pour la police.

police ny

Mais lui, Obama, pour moi, ce n’est pas un Américain comme les autres. Lui, Obama Barack Hussein, il est blanc et il est noir, il est chrétien et il est musulman, il est universel et il a voyagé, il est né sur une île juste rêvée pour les vacances et a été élevé au pays des Tsunamis, bref, je suis entièrement d’accord avec Toni Morrison (de son vrai nom Chloe Anthony Wofford) quand elle dit que c’est la meilleure chose qui pouvait arriver à son pays, et si un prix Nobel de littérature le dit…je n’ai plus qu’à m’incliner. Je m’incline donc de tout mon long. Encore un peu de patience, j’y viens à son bouquin.

toni morrison 2

Mais voila-ti pas que je dérape à cause d’Ahmed (vous savez, mon pote algérien). J’ai déjeuné avec lui hier midi. Il faisait grise mine. J’ai cru que c’était à cause de la manif monstre des anti, ceux et celles qui font semblant de ne pas comprendre que la famille mythique n’existe pas (en dehors de la propagande du pape), que ce dont les enfants ont le plus besoin, c’est d’amour, et l’amour, justement, n’importe quel être humain peut en donner, s’il en a lui-même reçu et/ou s’il le veut vraiment, homme ou femme, marié ou pas, quelle que soit son orientation sexuelle. Il faut que je vous dise, mon ami est musulman « laïc » et homosexuel. Je me disais que de voir soi-disant un million de personnes dans les rues de France pour que les homos n’aient pas les mêmes droits que les autres, lui sapait le moral.

civitas

Mais pas du tout, il m’a dit,

-c’est pas ça du tout, mon vieux, ce que pensent les bien-pensants, je m’en tape figure-toi, depuis le temps, je me suis déjà tapé les islamistes algériens, alors tu penses, ces gens-là ne voient pas que les évolutions sont inéluctables, non, mon vieux, tu vois, c’est le Mali qui me préoccupe.

-Le Mali ?

-Oui, cette guerre au Mali à cause des islamistes qui se promènent dans le désert comme si c’était leur jardin et organisent le trafic de drogue et toutes sortes d’autres trafics vers l’Europe, je ne parle même pas de la charia...

- Tu es contre la guerre ?

-Par principe je suis contre la guerre, c’est toujours des vies sacrifiées, des destructions, mais là, on n’a pas le choix, mon vieux, le Mali n’est pas un État qui tient la route, il va s’effondrer tout seul si quelqu’un ne fait pas le boulot à sa place.

-Tout les pays ont l’air d’accord là, non ?

- Ben oui, c’est comme qui dirait obligé ! Mais quand même, la France défend aussi ses propres intérêts, non ? Tu te rends compte, quand le gouvernement algérien et l’armée se battaient contre les islamistes, ce qui a quand même occasionné cent mille morts, aucun pays au monde ne les soutenait, certains se demandaient même « qui tue qui » ! Tous ces lâches  nous ont laissé nous démerder tout seul face à l’islamisme. Je suis bien content qu’on s’en soit sorti, mon vieux ! Et maintenant, ils cherchent tous à impliquer l’Algérie dans ce conflit hors ses frontières.

carte mali

Je reviens à mon sujet. Mais tout se tient, vous le savez comme moi. Je ne suis jamais allé aux States, juste plusieurs fois à New York ! Alors, je ne vous dis pas, mais New York, je kiffe autant qu’Obama. Peut-être même plus, si c’était possible. Vous me dites que New York  c’est les States ? Alors là ! Vous n’y êtes pas du tout les gars et les filles, New York, ce n’est pas les States. New York, c’est le monde. New York, c'est un monde en soi, c'est nulle part et c'est partout, New York se suffit à elle-même, elle n'appartient à aucun pays et tous les pays sont en elle. New York, c'est la vie, le passé, le présent et toujours le futur, chacun peut espérer un futur à New York.

Je n’avais rien lu de Toni Morrison jusque il n’y a pas longtemps. L’envie m’est brusquement venue, comme ça, quand la promotion a été faite sur son dernier roman Home. Je l’ai regardée au fond des yeux et je me suis dit tiens tiens ! Je devrais m’y mettre. Mon petit doigt m’a choisi Beloved. Banco ! Exactement ce que je voulais lire. Ressentir le système esclavagiste de l’intérieur. Pas de l’intérieur des maîtres, les hommes qui ont les fusils, comme écrit Morrison, mais de l’intérieur de l’intérieur, celui des esclaves. Toni Morrison en parle comme si elle même en avait fait partie. Ses grands-parents sûrement. C’est bouleversant tout simplement et en plus, son écriture, même traduite, est fascinante. Tuer son propre enfant par amour pour qu’elle échappe à un destin de servitude ! Vous vous rendez compte ! Oui ! Elle l’a écrit, c’est terrible et c’est inoubliable.

-Je l’ai fait. Je nous en ai tous sortis. Et sans Halle, encore. Jusque-là, c’était la première chose que je faisais toute seule. Que je décidais. Et ça c’est bien passé, juste comme c’était censé se faire. On est arrivés ici. Mes bébés tous autant qu’ils étaient et moi avec. Je les ai mis au monde et je les ai tirés de là et ça n’a pas été par accident. Je l’ai fait. J’ai eu de l’aide, c’est sûr, plein d’aide, mais quand même, c’est moi qui l’ai fait ; moi qui ai dit : « Allez », et « Maintenant. » Moi, qui ai dû avoir l’œil. Moi, qui me suis servie de ma tête. Mais c’était plus que ça. C’était une espèce d’égoïsme que je n’avais encore jamais connu. C’était bon. Bon et juste. J’étais grande, Paul D, et profonde et large, et quand j’ouvrais grands les bras, tous les enfants pouvaient s’y nicher. J’étais large à ce point. On aurait dit que je les aimais plus encore après être arrivée ici, quand j’ai sauté à bas de ce chariot – il n’y avait personne au monde que je ne puisse aimer si j’en avais envie. Tu comprends ce que je veux dire ?

Paul D ne dit mot, parce qu’elle n’attendait pas de réponse de sa part ni n’en désirait, mais il comprenait parfaitement ce qu’elle voulait dire. Écouter les tourterelles à Alfred, Géorgie, et n’avoir ni le droit ni la permission d’y prendre plaisir, parce que dans cet endroit, brume, tourterelles, soleil, poussière cuivrée, lune – tout appartenait aux hommes qui avaient les fusils. De petits hommes, pour certains, et des hommes grands aussi, qu’il aurait tous pu briser comme fétus, s’il avait voulu. Des hommes convaincus que leur virilité résidait dans leur fusil et qui n’étaient même pas gênés de savoir que, coup de feu ou pas, les renards se moquaient d’eux. Et ces « hommes » qui faisaient rire jusqu’aux renardes pouvaient, si vous les laissiez faire, vous priver d’entendre les tourterelles ou d’aimer le clair de lune. Si bien que vous vous protégiez et que vous finissiez par aimer petit. Que vous choisissiez la plus petite étoile du ciel pour vôtre ; que vous couchiez la tête tordue pour apercevoir la bien-aimée par-dessus le bord du fossé avant de vous endormir. Lui glissiez des coups d’oeil timides entre les arbres au moment de l’enchaînage. Brins d’herbes, salamandres, araignées, piverts, scarabées, vous n’aviez droit qu’à un royaume de fourmis. À l’exclusion de tout ce qui était plus grand.

Toni Morrison, Beloved, 10/18, traduction de Hortense Chabrier et Sylviane Rué.

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