Sans doute ne devrais-je pas, et pourtant je meurs d’envie de vous avouer ce qui suit. C’est comme avec le chocolat, je n’y résiste pas. Et dans ce cas-ci, tant pis pour la soi-disant trève des confiseurs. Trève ou pas d’ailleurs, les faits sont là. Voilà ! C’est tout simple, ça tient en trois mots, et je l’écris comme je le sens : je déteste BHL. Je sais, je ne suis pas le seul. Lui-même doit y être habitué, voire blindé ! C’est ce que j’imagine. Sauf que moi, je le déteste tellement, que je ne peux même pas écrire son nom en entier. C’est au-dessus de mes forces.

La raison de cette détestation est évidente : je ne le supporte pas. Comment voudriez-vous qu’il en aille autrement : il est beau, élégant, cultivé et friqué, alors que je suis moche, maladroit, stupide et fauché. Il n’y a guère que l’âge que nous sommes bien obligés de partager (enfin je crois). Et pour ne rien arranger, tout ce qu’il fait ou presque, a le don de m’irriter. Pour tout dire, il me donne de l’urticaire. Tout ce qu’il fait devant les caméras, évidement, le reste est peut-être à l’avenant, mais je ne suis pas au courant. Je n’ai pas d’espion dans la maison. Le peu que j’en sais de toute façon suffit largement à m’exaspérer. Je n’ai nul besoin d’en savoir plus. Et ce n’est pas tout. Comme si ce n’était pas suffisant. Le fait de savoir parfaitement qu’il s’en fiche éperdûment (de ce que je fais et pense), est un facteur aggravant pour une éventuelle attaque cérébrale. Pourquoi alors, me direz-vous, en faire tout un plat ici sur lui ? Et pourquoi maintenant ? Justement, c’est qu’on n’en entend plus beaucoup parler ces derniers temps, alors que j’ai besoin de cet énervement pour me sentir vivre. Il est cette émotion négative qui m’octroie un supplément d’énergie vitale. Dès que je l’aperçois à la télé, je n’entends pas ce qu’il dit, je bous, je fulmine, je déraisonne, je vis quoi.

BHL

(photo wikipédia)

 

J’étais comme tout le monde, attentif à la première révolution arabe, celle de Tunisie. J’éprouvai immédiatement de la sympathie pour ces jeunes des réseaux qui appelaient courageusement la démocratie de leurs vœux et de leurs actes. Moi qui suis douillettement né dans un régime de liberté, comme vous qui me lisez sans doute, je vibre par procuration quand elle étend révolutionnairement son territoire. Je ressens toujours, même à mon âge avancé, les vibrations de Mai 68 (version Dany le rouge). Je huai MAM devant mon poste de télévision quand je la vis faire son offre d’aide de la police française à son copain Ben Ali. J’écoutai alors d’une oreille distraite mon ami algérien qui me susurrait que tout cela ne faisait qu’ouvrir la voie aux islamistes. C’était pareil chez nous, me racontait-il, en 1988, (tu vois, nous sommes toujours en avance), la liberté de parole  pour les partis, puis le Fis qui remporte les élections municipales. Ce n’est jamais tout à fait pareil, me répétais-je, et puis on verra bien. De toute façon, je ne suis qu’un spectateur. J’applaudis quand le spectacle me plaît. J’éteins la télé quand il me déplait. Et puis survint la révolution égyptienne, avec les mêmes jeunes des mêmes réseaux et encore plus d’islamistes. Des islamistes modérément islamistes et des islamistes fondamentalement islamistes. Le beurre et l’argent du beurre. Ça fait beaucoup d’islamistes quand même.

revolution caire

(photos extraites de wikipédia)

Et puis encore et contre toute attente, la Lybie. Là, j’ai marqué un temps d’arrêt. Comme un chien de chasse, j’ai humé l’air d’un air circonspect. J’ai trouvé que tout était bizarre et différent. Je sentais mon ami algérien devenir nerveux. Ils n’en veulent qu’à son pétrole s’est-il aussitôt écrié, et après ce sera notre tour, ils seraient tellement contents d’arriver à nous le reprendre.Tu vas voir, écoute bien ce que je te dis, ils font tout pour qu’il y ait aussi la merde chez nous. D’abord, Khadafi n’était pas un dictateur ami de la France et de l’Occident comme Ben Ali et Moubarak. C’était un opposant depuis belle lurette, même si, ces derniers temps, Sarkosy tentait de le retourner, jusqu’à lui permettre de planter sa tente de nomade à l’Élysée. Surtout, ce type avait du pétrole plein les poches, tellement, que ça débordait de partout. Et nous, nous tirons la langue pour une goutte de pétrole, nous en avons plus que soif. Et pas trop cher s’il vous plaît. Les Tunisiens, eux, n’avaient que leurs tomates et les hôtels à tourisme de masse (dont ils ne sont même pas propriétaires). L’Occident avait une occasion de semer la zizanie (encore un mot d’origine arabe) en Lybie, pour ensuite aller tranquillement pêcher des barils en eaux troubles. Ils n’allaient pas rater cette occasion en or. Voilà ce que je me suis dit. Alors méfiance ! J’ai trouvé ça encore plus louche, cette révolution lybienne, quand j’ai vu BHL et Sarkosy s’y mettre ensemble, main dans la main, pour sauver le peuple lybien. Ils veulent sauver le peuple lybien ! Non mais, des fois je me marre, et il faudrait les croire ! Qui manipule qui ? Me suis-je benoîtement demandé. Pour finir par me dire que, comme toujours, c’est nous (les moches, maladroits, stupides et fauchés) qui sommes manipulés. La guerre en Lybie a finalement été conduite avec notre argent, les bombes ont été larguées en notre nom, tout ce qu’il fallait détruire sauf les puits de pétrole, a été détruit (ils appellent ça les dommages collatéraux), puis nous avons tranquillement observé la guerre civile se développer et enfin, cerise sur le gâteau, le monstre a été assassiné pour ne pas avoir à le juger. C’est toujours plus commode ainsi. Ni vu ni connu, on efface tout et on recommence. Tout ça nappé avec notre bonne conscience d’occidentaux, sûrs de notre bon droit, celui du plus fort. Profitons-en car ça ne va plus durer longtemps. Elle a parfois bon dos la démocratie. Ce n’est toujours que le moins mauvais des systèmes. Et BHL avec Sarko, côte à côte, comme deux frères d’arme. J’en avais la larme à l’œil. Je pouvais les détester tous les deux d’un même élan. On dirait qu’une grande partie des armes que nous avons données/vendues se retrouvent à présent dans le Sahara. Et pour suivre, la Syrie. Un trop gros morceau (sans la moindre goutte de pétrole). Sarkosy a été renvoyé dans ses foyers et BHL a disparu des écrans télés. Ou bien, c’est moi qui ne le vois plus parce que je regarde beaucoup moins la téloche depuis.

bhl +sarko

Je sais ce que vous pensez, je ne suis pas spécialiste de la question. Vous avez raison. Mais quand j’écoute les experts, je me marre des fois. Ils nous prennent souvent pour des guignols.

J’ai une longue histoire avec BHL. Figurez-vous que je lui ai même écrit une belle lettre.  Mais la bave des crapauds n’atteint pas les étoiles. Je lui avais adressé du monsieur, vous vous rendez-compte ! C’était après la lecture de son opus paru chez Grasset Ce grand cadavre à la renverse.Il s’agit de la gauche. Je m’étais senti moi-même renversé. J’avais beaucoup acquiescé et puis j’avais hurlé contre un néologisme inventé apparement par BHL : fascislamisme. J’étais monté sur mes grands poneys. Je ne sais plus ce que je lui ai écrit. J’ai de vagues souvenirs qui traînent dans le grenier de ma mémoire. J’ai fouillé de fond en comble mon ordinateur sans en trouver la moindre trace. Comme c’est bizarre. Et pourtant elle a bel et bien existé cette lettre, j’en suis sûr, la preuve ?, il ne m’a jamais répondu. À l’époque, ce terme m’horrifiait. Je le lisais dans un pays où le racisme anti-arabe est bien implanté et l’amalgame Arabe/musulman très courant. C’est presque une insulte de prononcer ce mot : Arabe. Je connais des personnes qui l’ont chassé de leur vocabulaire parce qu’ils s’imaginent que c’est une injure. Pas plus tard qu’hier, voyez-vous, je faisais la queue à la caisse d’un supermarché quand j’entendis un bon Français en train d’invectiver à haute voix un type qui était devant lui et qui avait une tête d’étranger : sale Arabe, qu’est-ce que tu fous ici, à nous emmerder, retourne dans ton pays de merde… Les gens autour regardaient le bout de leurs souliers, bon, c’est vrai qu’il avait l’air un peu bourré le gars, c’est vrai aussi que j’étais sur une terre de forte implantation du FN, mais quand même, je voyais bien que la parole raciste primaire était libérée, décomplexée, elle se sentait plus forte. Alors ? C’est quoi la prochaine étape ?

Je reviens à BHL. J’étais troublé par son néologisme et je le lui ai écrit. Que l’islamisme soit totalitaire, je n’en doute pas un seul instant. Le monothéisme, c’est comme le parti unique, répèterait mon ami algérien. D’ailleurs cet ami algérien est toujours là pour me le rappeler. Il a failli se faire dégommer parce qu’il était trop occidentalisé aux yeux des barbus. Il avait l’indécence de penser autrement qu’eux. Je trouve pour ma part que ce néologisme ne convient pas, même si BHL rappelle de manière incantatoire qu’il est juste. Pour moi, il est pour le moins maladroit. J’avais l’impression en le lisant que ce n’était qu’une tentative de relier les Arabes en tant que tels au nazisme. BHL s’est donné beaucoup de mal à coup de références concernant des leaders arabes de ces années-là convertis au nazisme. Comme s’il voulait nous faire croire qu’ils étaient co-responsables de la Shoah. Mais pour moi qui suis tombé dans la marmite catholique pratiquant quand j’étais petit, la Shoah est bien cette horreur européenne qui fait suite à des siècles de persécutions anti-judaïques puis antisémites, en EUROPE. Je n’ai vraiment pas adhéré à sa démonstration. Je ne retiens que sa défense et sa définition du principe de laïcité auxquelles j’adhère à cent pour cent. Je vais vous dire exactement ce qui me dérange chez BHL, au moins dans ce bouquin, c’est son écriture lyrique : il ne se contente pas de vous présenter des faits, indiscutables, il cherche à vous prendre à la gorge, comme pour mieux vous abasourdir ; il tente de vous convaincre par harcèlement, et pour tout dire, il n’arrête pas de vous donner des leçons. Je trouve que cette façon d’écrire ne respecte pas le lecteur. Je ne me sens pas respecté. Il me prend à partie, il me secoue, il me réveille, il me conscientise, il me somme de regarder dans la direction qu’il désigne avec son doigt, j’appelle ça du militantisme, et j’ai pris ce terme en horreur. Pas vous ? Pour tout dire il embrouille mon affectif avec les faits objectifs. Si ce n’est pas de la manipulation ça ? Bon ! Il va me dire que je ne suis qu’un crétin fauché et il aura encore raison.

Pourquoi le concept de facislamisme est-il, à l’inverse un bon concept ? D’abord parce qu’il est juste. Oui, simplement juste. C’est-à-dire rendant bien compte de la généalogie réelle de toute une foule de gens qui nous racontent eux-mêmes (les Frères musulmans) ou qui laissent entendre (le Hezbollah, le Hamas) comment leur mythologie du sang pur, leur goût du kamikaze, leur haine de l’Occident, leur phobie d’un complot juif visant à la domination du monde, leur détestation de l’Amérique et de la liberté, c’est chez les idéologues européens du fascisme qu’ils sont allés, pour une bonne part, les chercher.(…)

Fascislamisme est un bon concept parce qu’il renvoie à cette grande scène où, quand les sections d’assaut d’Al-Banna défilent dans les rues du Caire, elles le font en écho et réponse aux faisceaux de Mussolini et aux chemises brunes de Hitler. (…)

Fascislamisme est le concept qui permet d’éviter l’amalgame entre musulmans démocrates et terroristes. Fascislamisme est un bon concept parce que c’est le seul qui permet de dire qu’il n’y a pas  un islam mais plusieurs, ou au moins deux – celui qui tolère le fascisme et celui qui s’en détache.

ce grand cadavre

 

Alors ? Je me demande : comment qualifier Civitas ? Comment qualifier les Créationnistes ? Et comment devrais-je qualifier ces Juifs fondamentalistes venus de Brooklyn apprendre l’hébreux à Jérusalem et qui étaient dans la même classe que moi, venu pareillement à Jérusalem pour apprendre l’hébreux - c’était en juillet/août/septembre 1967, j’étais midnadev (volontaire) ; ces gens-là refusaient de me serrer la main parce que j’étais impur ?

(Celles et ceux que toutes cette histoire intéresse, précipitez-vous sur la souscription du roman goy que vous trouverez - avec toutes les explications nécessaires) sur www.bibliocratie.com.

Attention ! Plus que 36 jours !

un roman goy