Même le FN s’efforce de ne pas paraître raciste. Il exclut de ses listes municipales des candidats racistes primaires décomplexés trop voyants. C’est un ravalement de façade. Rappelons-nous que le racisme et l’antisémitisme sont interdits par la loi en France. Cela ne les éradique pas mais permet à ceux qui en sont victimes de se défendre. Ainsi, des racistes qui sévissent sont parfois condamnés. Cela incite les institutions à organiser des campagnes antiracistes. Ce n’est pas suffisant mais ce n’est pas rien. C’est la manière que nous avons de tenir compte des leçons du passé, des errements racistes et antisémites de la France de Pétain.

Mais l’Histoire en marche emprunte toujours de nouveaux chemins.

 

1390770_418138664976286_557708795_n

(épiant sa nouvelle proie) 

Si nous regardons autour de nous (je ne vais pas vous infliger des statistiques), nous constatons aujourd’hui qu’il n’y a jamais eu autant en France de mariages interethniques ou entre personnes éduquées dans des religions différentes. Nous constatons aussi, même si ce n’est pas encore égalitaire, que beaucoup de personnes issues de l’immigration (à une ou plusieurs générations) ou issues de minorités accèdent (par leur mérite) à des postes de responsabilité ou tout du moins sont insérées dans la société. Il y en a aussi au gouvernement. Ces signes montrent que la société française n’est pas une société raciste en profondeur. C’est peut-être cela qui excède, en particulier, un certain nombre de Français (dits de souche) qui se sentent largués dans la mondialisation et ses retombées sur la société. Ils s’adonnent à une lutte de places ressentimentale et voudraient que notre pays se recroqueville et tombe en désuétude, en prônant une identité exclusive contre celles multiple des autres.

 

1186158_418609191595900_543959179_n

(bouc émissaire) 

Ici surgit un phénomène curieux. Les « élites françaises» ont une tendance sournoise à construire un problème autour de la laïcité pour contourner le racisme. Dans notre monde moderne, il faudra pourtant bien trouver une place pour les religions, toutes les religions.

Pour prouver que le racisme est encore principal, certains crient à l’antisémitisme ressuscité en brandissant les horribles assassinats d’Ilan Halimi (kidnappé parce que les « Juifs sont riches ») et de ceux commis par Mohamed Merah sur des enfants d’une école juive, au nom de la religion. D’autres brandissent la prégnance d’une islamophobie et d’un racisme anti-arabe sous couvert de laïcité.

 

1003671_365551876901632_1230789030_n

(sinistre blonde) 

Et le parti de la Sinistre blonde pond un nouveau slogan « un pays unis est invincible », détourné du slogan castriste un pueblo unido jamas sera vencido !

Cette unité populaire soi-disant souhaitée par ce parti cherche en réalité à exclure une partie du peuple, considérée comme non-conforme, pour s’en servir en tant que bouc émissaire. Personne, ni aucun pays, ne peut être invincible contre tous les autres. Ce n’est qu’un slogan arrogant, creux, et stupide.

Ne nous laissons pas leurrer, fondamentalement le racisme est dernière nous pour la majorité des Français. Il n’en reste pas moins essentiel de combattre la moindre de ses manifestations, car on ne sait jamais. Ce qui émerge de nouveau dans notre société, c’est un consensus dangereux qui voudrait créer de toutes pièces à des fins électorales des « problèmes » : le « problème Rom », le « problème musulman », etc.

 

2012-03-SPDC-23

(illicite)  

Je livre à votre sagacité deux citations du même livre, une de Hannah Arendt, l’autre des auteurs…

P 257 (Hannah Arendt) : De même qu’ils n’avaient nullement conscience de la tension croissante  entre l’État et la société, les Juifs furent les derniers à se rendre compte que les circonstances les avaient placés au centre du conflit. C’est pourquoi ils ne surent jamais donner son vrai sens à l’antisémitisme ou, plus exactement, ne sentirent jamais le moment où la discrimination sociale se transforma en argument politique. Depuis plus de cent ans, l’antisémitisme s’était lentement et progressivement infiltré dans presque toutes les couches sociales de presque tous les pays d’Europe, jusqu’au jour où il devint brusquement la seule question susceptible de créer une quasi-unanimité dans l’opinion.

 

P  262 (les auteurs) : Notre analyse critique des modalités et des effets de construction du « problème musulman » ne signifie évidemment pas que les phénomènes sociopolitiques ayant trait à l’ « islam » ne doivent pas être analysés. Par exemple, la violence politique se référant à l’islam ou l’activisme de mouvements prônant une coupure radicale avec le reste de la société constituent autant de phénomènes qu’il s’agit d’étudier. Mais, à l’inverse de la démarche des idéologues, des experts et de certains politologues qui promeuvent une lecture racialo-religieuse de l’agir musulman, nous pensons que les nombreux enjeux
liés à la référence musulmane nécessitent le recours à une démarche « profane » d’investigation, c'est-à-dire une analyse qui explique, selon l’expression canonique du sociologue Émile Durkheim, un fait social par un fait social (facteurs historiques, économiques, sociaux, politiques, etc.). Il s’agit, comme l’ont fait par exemple Stéphane Beaud et Olivier Masclet sur le cas de Zacharias Moussaoui ou Gilbert Achcar au sujet des révoltes arabes, de rejeter une supposée « essence » religieuse des faits observés et de s’interroger sur le sens du recours à la référence musulmane par les acteurs sociaux. Cette approche rompt avec la tendance de l’expertise « politologique » ou sécuritaire à légitimer l’alarmisme politique dominant sur l’islam, en réduisant les populations musulmanes, leurs désirs et leurs pratiques individuelles ou collectives à un agir strictement « religieux ». En d’autres termes, il nous semble nécessaire et urgent de rejeter l’écrasement de la pluralité et de la complexité des identités sociales dont sont porteurs les musulman-e-s, ainsi que la miniaturisation du « musulman » dans une différence perçue comme définitivement dangereuse. Cette essentialisation du « musulman » - comme jadis celle de l’ « immigré » ou du « beur » - est l’un des fondements de l’islamophobie.
   

Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, islamophobie, comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », La découverte

 

41VnXBSjnPL