Suite à des dysfonctionnements répétés de mon cerveau, qui rendent mon corps tendu, en état de manque permanent, dépendant de toutes sortes de choses et de personnes, et surtout d’un avenir meilleur illusoire, un jour, il y a quelques années déjà, j’ai décidé d’y envoyer un observateur. Il fallait que je tire cette affaire au clair. La tâche que je confiai à cet observateur était (et est toujours) d’observer à la loupe ce qui s’y passe et de me le rapporter tel quel. J’insiste beaucoup sur le tel quel. Cette « méthode » permet (m’a permis) de me faire une idée précise non préconçue du fonctionnement de cet organe bizarre qui, sous la houlette d’un « mental » difficile à débrancher, en tout cas chez moi, je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, vient perturber ma capabilité à vivre sereinement l’instant présent. Car cela fait un bail, figurez-vous, que je pressens que seul existe l’instant présent, celui que je vis maintenant, car celui dont je parle est déjà parti, pffft, enfoui ou pas dans ma mémoire gruyère. Par vivre l’instant présent, j’entends le fait d’éviter de ressasser mentalement le temps chronologique, ce qui s’est passé ou ce qu’il adviendra, sauf quand c’est nécessaire ou obligatoire. Je vous livre ici (et maintenant) quelques observations recueillies par ce témoin que je qualifierais d’oculaire si j’osais.

 

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(observer en miroir)

Dans ma jeunesse, mon cerveau a suivi l’enseignement du Christ. Je devrais plutôt dire on lui a fait suivre cet enseignement alors que je n’étais pas encore en mesure d’exiger quoi que ce fût. J’ai aimé et aime toujours Jésus, que j’associe à la notion de liberté, d’amour, de profondeur et de capacité à ne considérer que l’essentiel. Par contre, j’ai vite détesté l’institution qui s’en prévalait et s’occupait de mon éducation-endoctrinement (les deux en général). L’Église, car il s’agit d’elle, et ses abbés-curés, brouillaient en moi l’image pourtant claire de Jésus. Je l’ai très bien compris à seize ans, puis vérifié doctement longtemps après, en lisant le Christ philosophe de Frédéric Lenoir (sociologue des religions et philosophe).

 

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(les voies sont étroites)

C’est au cours de ce primo-enseignement que j’ai subi la dichotomie corps-esprit. Les abbés niaient mon corps (sauf quand certains mettaient la main dessus). Ils considéraient le corps comme un fardeau, une source de péchés ou encore un ennemi impur à ignorer, à punir, à mettre en quarantaine, à torturer, à purifier. J’ai aussitôt cherché à me libérer de cette idéologie en aimant mon corps. Je me sentais bien dedans. J’aimais beaucoup pratiquer le sport. Je me sentais plus animal qu’humain, à cause de ce cerveau mal éduqué qui pesait sur ma vie. J’adorais renifler la peau des autres, surtout celles des filles (pour celles et ceux qui ne l’auraient pas remarqué je suis du genre masculin – je le dis comme une simple information sans aucune connotation précise), et je reconnaissais les yeux fermés de chacune le parfum. Je précise que, chez les femmes, j’ai toujours adoré les endroits de sécrétions odorantes. Le premier animal-humain qui m’a enchanté (je lisais en cachette des abbés), c’est Alexis Zorba, héros du roman éponyme de Nikos Kazantzakis. Il représentait la vie même, ou la vraie vie, à mes yeux d’adolescent, c'est-à-dire le rejet du dogmatisme et l’amour des femmes.

 

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(regarder au dedans par la fenêtre)

Ensuite Nietzsche m’a enjoint à déposer mes fardeaux mentaux. Je compris en le lisant que j’étais chargé comme une mule. Je transpirais d’angoisse, mon corps renâclait de honte, mon esprit s’échauffait et hurlait la nuit. Je me vautrais dans le ressentiment. Je prétendis même, à une période de ma vie, transformer la réalité du monde, faire la révolution, changer la mentalité des gens en commençant par la mienne. J’étais mal. Je ne dormais jamais bien. Je me réunissais sans arrêt. Je considérais les autres comme une terre de mission. Je fus missionnaire prolétaire et fus en même temps martyr de ma propre idéologie. J’étais résistant. Je me voyais héros, j’étais zéro. J’enterrais mon corps qui était mort-vivant.

 

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 (lumière éteinte)

Bien plus tard, j’ai rencontré Robert Misrahi. Ce philosophe du bonheur m’a fait comprendre que je m’étais laissé abuser par l’idéologie, cette pensée tronquée. Il me l’a très clairement expliqué : l’idéologie, c’est ne retenir de la réalité que ce qui arrange mon dogme, tout en ignorant le reste de ce qui est. Formé dans l’idéologie chrétienne, que j’avais rejetée parce qu’elle niait mon corps, sans remettre en cause son option pensée tronquée, je m’étais lancé corps et âme (pour donner un « sens » à ma vie) dans une pensée tronquée relais, le communisme. Au bout de quelques années, quand le « sens » de toute une vie, s’est révélé être un non-sens, j’ai dû me rendre à cette évidence, mon cerveau ou plutôt cette partie que j’appelle mon mental (celle qui n’arrête pas de faire du bruit dans mon silence) me menait par le bout du nez, me faisant croire qu’il était moi. Ce faux-ego alla jusqu’à me construire une vie à la limite de la négativité. Je me sentais au bord du gouffre du manque, de l’insatisfaction, de la dépendance et de la souffrance.

 

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Ayant observé tout cela grâce à ce témoin envoyé au front, enrichi à chaque fois de plus de connaissances, j’allai beaucoup mieux. Mais mon mental ne s’était pas résolu à l’inaction. Il est obstiné, malin, et a très bien été formaté dans la toxicité. À la moindre faiblesse, il revient pointer sa morgue. On cède alors un peu. Il revient encore plus fort et reprend peu à peu possession de ce qu’il considère comme son royaume, se faire passer pour mon moi. Grâce à la philosophie de Robert Misrahi (la jouissance d’être), j’étais parvenu à le circonscrire, mais pas à l’éliminer, du moins son côté ego anxiogène, car le mental peut aussi être un bon outil de réflexion, à condition de ne pas se laisser mener par lui mais au contraire de s’en servir. Il y a quelques jours donc, devant les attaques réitérées de cet ego-mental toxique, je décidai d’aborder cette situation par le versant spirituel. C’est ainsi que je débutai ma réflexion sur « le pouvoir du moment présent » de Eckhart Tolle (édition j'ai lu).

Ce qui a inspiré cette présente chronique.

 

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